Selon Rémy Normand (à gauche), président du Réseau de transport de la Capitale, le projet sera financé à 100 %, mais le problème concerne 800 millions $ sur les 1,2 milliard $ que le fédéral doit octroyer au projet.

Tramway: la Ville presse les deux paliers de gouvernement

Au centre d’une chicane entre le provincial et le fédéral pour le financement de son réseau de transport structurant de 3 milliards $, la Ville de Québec demande aux deux paliers gouvernementaux de s’entendre avant le printemps.

«On doit avoir un go rapidement parce qu’il y a deux objectifs qu’on poursuit : la préparation de l’appel de proposition et de qualification et les éventuelles expropriations et acquisition de terrains. On a donc besoin de savoir que le financement est au rendez-vous», a insisté le président du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Rémy Normand, mardi en point de presse. 

Selon M. Normand, le projet sera financé à 100 %, mais le problème concerne 800 millions $ sur les 1,2 milliard $ que le fédéral doit octroyer au projet. «Le fédéral dit que ce n’est pas grave que le Québec prenne dans le fonds vert des infrastructures que le fédéral a mis à la disposition du Québec», a-t-il expliqué. Or, ce fonds doit toutefois profiter à l’ensemble des municipalités du Québec et la Coalition avenir Québec refuse de faire une telle ponction. 

Cette mésentente pourrait retarder le début des travaux et ça pour la Ville de Québec, il n’en est pas question. «Les deux nous disent qu’ils sont favorables au projet, que l’argent est au rendez-vous, mais que la formule de partage n’est peut-être pas la bonne. Nous, on dit à partir de ce moment-là, il faut faire avancer les choses», a expliqué M. Normand, qui fait valoir qu’un tramway pour Québec est aussi important qu’un métro pour Montréal. 

La façon d’aller chercher les 800 millions $ appartient aux deux gouvernements, «mais ça doit se régler maintenant, a-t-il martelé. Il y a des exemples ailleurs au Canada où il y a des aménagements sur des projets de transports qui ont été financés au-delà de la proportion que le fédéral s’engage à mettre», a-t-il justifié.

Pôles d’échange et Parc-O-Bus

M. Normand a également fait le point sur les pôles d’échanges et les Parc-O-Bus, lors du second rendez-vous mensuel entre la Ville et les médias sur son méga projet. 

En ce qui concerne les quatre pôles d’échanges, D’Estimauville, Saint-Roch, Université Laval et Sainte-Foy Ouest, ils seront construits avec un partenariat privé-public. «Ces infrastructures seront innovantes, offriront un espace physique attrayant, seront confortables et plusieurs modes de transports y convergeront», a-t-il promis. Les pôles contribueront à l’efficacité globale du Réseau. Les sites des quatre pôles d’échanges ont été choisis en fonction des principales destinations de la clientèle actuelle et future..

Pour les Parc-O-Bus, la Ville va ajouter 5000 places et sept Parc-O-Bus d’ici l’arrivée du tramway. Actuellement, Québec possède 21 Parc-O-Bus et 1000 cases de stationnements incitatifs. Les travaux devraient commencer d’ici cet été pour les futurs Parc-O-Bus de la Faune et de Saint-Anne pour une mise en service fin 2019.

Fouilles archéologiques 

Le RTC mènera des fouilles archéologiques cet été sur le site d’un futur pôle d’échanges de Saint-Roch qui a notamment abrité des établissements agricoles, un hôpital de la marine, et des cimetières catholiques et protestants.

«On est en train de développer un programme de fouilles pour l’été 2019. Il comprend tous les volets du site, c’est à dire autant les sépultures, les ouvrages militaires du régime français ou de potentiels vestiges paléohistoriques», a souligné, Mario Savard, consultant en archéologie pour le RTC.

La Ville assure que les recherches ne retarderont pas la mise en service du pôle d’échange, prévue en 2024.

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QUÉBEC NE PAIERA PAS LA FACTURE SEUL

Il n’est pas question pour le gouvernement Legault d’éponger la facture du tramway de Québec si le gouvernement fédéral n’assume pas sa part.

«On est en discussions avec eux, mais pour nous, c’est bien clair que ce n’est pas au gouvernement provincial de financer la balance et de compenser le désengagement financier du gouvernement fédéral dans ce projet très important pour la Ville de Québec», a soutenu mardi la ministre responsable de la Capitale-Nationale Geneviève Guilbault. 

À moins d’un mois du dépôt de leurs budgets respectifs, les deux paliers de gouvernement ne s’entendent toujours pas sur la façon de financer le projet de transport structurant de Québec, qui coûte 3 milliards $. 

Le gouvernement caquiste s’est engagé à payer 1,8 milliard $, alors que le gouvernement libéral fédéral doit assumer 1,2 milliard $. Mais la mésentente persiste quant à la provenance de ces fonds. 

Pour boucler le financement du tramway, le gouvernement fédéral demande à Québec de puiser 800 millions $ dans l’enveloppe de 1,8 milliard $ du Fonds fédéral pour l’infrastructure verte. Ce fonds doit toutefois profiter à l’ensemble des municipalités du Québec, pour des projets de biométhanisation et de bornes de recharge pour voitures électriques par exemple. La CAQ refuse de faire une telle ponction. 

«Ce serait déshabiller Saint-Pierre pour habiller Saint-Paul. On ne peut pas retirer des argents d’un autre fonds pour des infrastructures vertes, qui va servir à financer autre chose», expose Mme Guilbault. 

Selon elle, le gouvernement fédéral doit tenir parole en faveur de ce «projet crucial» pour la Ville de Québec et arrêter de «jouer sur les mots». 

Faisant écho aux inquiétudes du maire de Québec Régis Labeaume, la ministre presse le fédéral de «garantir qu’on va pouvoir aller de l’avant une fois pour toutes avec ce projet-là, qui en est à ses balbutiements, mais qui doit progresser rapidement si on veut que les échéanciers soient respectés.»

Bel et bien du trafic à Québec

Même si des données de Statistique Canada démontrent qu’à peine 2,3 % des automobilistes de la grande région de Québec passent plus de 60 minutes dans leur voiture pour se rendre au travail, la ministre Guilbault demeure convaincue que la région est aux prises avec des problèmes de congestion. 

«Oui, il y a du trafic à Québec. Les gens sont tannés d’être dans leur voiture, les gens trouvent que ça leur prend du temps. Les ponts sont engorgés, il y a toutes sortes de problèmes sur les réseaux routiers», énumère-t-elle. 

Son gouvernement a toujours l’intention de commencer à construire un troisième lien entre Québec et Lévis en 2022, afin de réduire les temps de déplacement, mais aussi pour favoriser l’économie. «Le troisième lien, c’est un projet de développement économique carrément, pour tout l’est de la province», indique Mme Guilbault.  Patricia Cloutier