Déneiger votre entrée ou la ruelle coûtera, en moyenne, entre 5 % et 10 % de plus l’hiver prochain.

Sortez vos pelles ou payez plus cher

Déneiger votre entrée ou la ruelle coûtera, en moyenne, entre 5 % et 10 % de plus cet hiver. Les entreprises de déneigement ajustent leur prix vers le haut pour compenser l’augmentation des coûts de main-d’oeuvre et d’entretien. Et ce n’est pas fini.

«On n’a plus le choix. On est rendu là.» David Gosselin est depuis six ans propriétaire de Déneigement des Tropiques à Beauport. Chaque hiver, il déneige les stationnements résidentiels commerciaux d’environ 700 à 800 clients. Il ne veut pas revivre le même hiver que la saison dernière. 

«On a travaillé pour rien l’an passé, laisse-t-il tomber. Une entrée pour deux véhicules qui était à 325 $ grimpe à 340 $ cette année. L’hiver dernier, j’aurais pu appliquer la clause pour charger un extra lorsque les précipitations dépassent 350 centimètres. J’ai commencé à en parler à des clients résidentiels qui étaient mécontents. Finalement, je n’ai pas voulu taponner et perdre du temps avec ça», explique-t-il.

Cependant, il n’a eu d’autre choix que de facturer le surplus à ses clients commerciaux parce qu’il donne à forfait le transport de la neige, un poste budgétaire important. «L’hiver dernier, on a sorti 170 voyages de neige comparativement à une centaine les années précédentes. C’est moi qui ai assumé ces coûts supplémentaires», indique-t-il.

En fin de compte, le client résidentiel paiera quand même plus cher. «Je n’ai pas voulu faire une augmentation sur un an par ce que les clients auraient capoté. Je le fais sur deux ans», ajoute le jeune entrepreneur.

«La pénurie de main-d’oeuvre a fait bondir les salaires de 30% depuis deux ans, évoque pour sa part François Coulombe, propriétaire de Déneigement Coulombe, qui mène ses opérations dans Limoilou et à Charlesbourg. «On demande à des gens s’ils veulent travailler à toute heure du jour ou de la nuit, tout en restant sur un pied d’alerte pour entrer au travail à la dernière minute», illustre-t-il, pour expliquer la forte pression sur les salaires.

L’hiver dernier, il a appliqué pour la seconde fois en 26 ans la clause qui lui permet de facturer un extra en raison du dépassement des précipitations prévues au contrat. «L’autre fois, c’était en 2008. Je n’aurais pas fait d’argent, sinon, avoue-t-il. C’est certain que le client finit par payer plus cher, mais le service est là», donne-t-il en garantie.

Même son de cloche pour M. Gosselin. «Toute mon équipe d’opérateurs de l’an passé revient cette année. Ça consolide mon équipe qui connaît les particularités de chaque entrée. Oui, je suis plus cher, mais j’offre un bon service.» 

Trop de joueurs

Il fait référence, comme tous les entrepreneurs contactés par Le Soleil, à ceux qui essaient de prendre des parts de marché, en réduisant les prix. «Le gars arrive sans machine de remplacement. S’il subit un bris, il est cuit. Il n’est plus capable de continuer ses opérations et il abandonne après un an», raconte M. Gosselin.

«Ils tirent le marché vers le bas. Ils sont nombreux un peu partout sur le territoire et empêchent l’augmentation normale du coût de la neige», renchérit M. Coulombe, qui croit que les prix ont trop long stagné dans le temps.

Gétro Fontaine, propriétaire de Déneigement Fontaine à Val-Bélair, va plus loin. «Y’en a qui tuent le marché. Je connais quelqu’un qui fait ça comme un à côté. Il n’a clairement pas les mêmes frais que moi», s’indigne celui qui déblaie les stationnements d’un millier de clients résidentiels et commerciaux.

Lui aussi a utilisé l’hiver passé la clause lui permettant de facturer un montant en extra. Et cette année, ses clients subiront une hausse entre 5% et 10%. «On a eu un hiver de fou. À part travailler, je n’ai pas fait grand-chose. Si je n’ai pas ma clause, je ne fais pas d’argent. Tout augmente : le coût de la machinerie, des pièces, les salaires parce que c’est difficile d’avoir du personnel», énumère-t-il, sans compter que le mélange de précipitations et les changements de températures ont, selon lui, aussi un impact sur la machinerie.

Vendredi, la Ville de Québec a annoncé le démarrage d’une étude économique et financière sur l’évolution de l’industrie du déneigement. Une étude rendue nécessaire après avoir constaté une hausse de 19 % du prix des soumissions pour 11 des 45 zones déneigées par des entrepreneurs.