Jean-Pierre Raynaud espère que la renaissance de son oeuvre lui donne un autre visage dans les yeux du public.

Son oeuvre ressuscitée, Raynaud ne remerciera pas le maire [VIDÉO]

L’artiste français Jean-Pierre Raynaud semblait vivre une journée douce-amère vendredi quand son oeuvre «Autoportrait», version plus grand format de son «Dialogue avec l’histoire» démoli en 2015 à Place de Paris, a été inaugurée au Parc de l’Amérique française. Il s’est même permis une pointe à l’endroit du maire Régis Labeaume, dont le conseil avait cautionné la démolition de son oeuvre, même si celui-ci n’était pas présent sur les lieux.

«Merci de tout ce qui a pu se passer depuis la destruction de l’oeuvre. Vous m’avez fait vivre un moment d’exception. Depuis 55 ans de travail artistique dans le monde entier, c’est peut-être la situation la plus originale dans laquelle je me suis trouvé. Je n’irai pas jusqu’à dire merci au maire!», a-t-il déclaré pour lancer son allocution.

«Si la destruction fait partie de mon projet, c’est moi qui le détruis, pas quelqu’un d’autre. Par exemple, si je vois un enfant détruire un château de sable qu’il vient de faire, c’est normal. C’est anormal si c’est quelqu’un d’autre qui le détruit!» a-t-il illustré.

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Nouveaux matériaux

«Certaines oeuvres détruites n’ont pas eu cette chance d’avoir une nouvelle vie, mais parfois il peut se passer de l’inattendu», a-t-il ajouté à propos de son oeuvre de 7,5 m de haut (1 m de plus que l’originale) représentant un prisme rectangulaire formé de 54 cubes blancs surmontés d’un cube formé de huit cubes blancs. Alors que Dialogue avec l’histoire était fait de marbre blanc grec et de granit noir sud-africain, Autoportrait est plutôt fait de plaques de Corian, un matériau composite constitué de charges minérales et de résine acrylique sur une charpente d’aluminium. Ces matériaux devraient lui donner une durée de vie plus longue que son prédécesseur, détruit 28 ans après avoir été donné à Québec par la Ville de Paris.

«Je ne tenais pas à réaliser l’oeuvre de la même façon et après la destruction, on devait tenir compte de ça (la détérioration des matériaux de l’originale). Le Corian est un matériau qui sert dans l’aérospatiale, alors ça a aussi une autre connotation que le marbre qui nous renvoie à l’Antiquité», résume-t-il.

Grâce à Bellemare

Réalisée par le sculpteur de Québec Ludovic Bonney selon les directives de l’artiste, l’oeuvre appartient à l’avocat Marc Bellemare, qui a investi de sa poche les 225 000 $ nécessaires à sa recréation, une somme dont 100 000 $ représentent le coût des plaques de Corian. «Les collectionneurs d’art comme moi ont une responsabilité sociale en art public et on a réussi à faire fonctionner une formule assez originale où l’artiste accepte que son oeuvre soit construite ou reconstruite, le collectionneur accepte de financer le projet, un sculpteur accepte de réaliser l’oeuvre et une organisation publique ou privée, dans ce cas la Commission de la capitale nationale, accepte de l’héberger. Plusieurs devraient s’en inspirer, car les pouvoirs publics ont peu de moyens», a fait remarquer l’avocat.

En tant que propriétaire, Me Bellemare aura également la responsabilité de l’entretien de l’oeuvre. «Et croyez-moi, ce sera bien fait. Nous avons fait des tests pour nous assurer que l’oeuvre résisterait au froid jusqu’à -60 °C, aux intempéries et au vandalisme.» 

Tant Me Bellemare que M. Raynaud croient que le public pourra davantage apprécier l’oeuvre, qui était plutôt mal aimée à l’époque où elle se dressait à Place de Paris. «C’est sûr qu’il y a de la pédagogie à faire, mais le but n’est pas que tout le monde aime l’oeuvre. L’important est que Québec ait un parc important de sculptures d’art public», a résumé l’avocat. 

Quant à M. Raynaud, il semblait espérer que la renaissance de son oeuvre lui donne un autre visage dans les yeux du public. «Je sais que le public sera toujours plus sensible au côté honorifique, alors peut-être que, maintenant, les gens se diront que cette oeuvre en valait peut-être la peine... mais ça ne m’intéresse pas vraiment! Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle ait survécu, qu’elle ait eu une renaissance», termine-t-il.