Le Service de police de la Ville de Québec a fait le plein de grenades lacrymogènes et autres munitions de dispersion de foule lors des dernières semaines. Elle en a acheté pour plus de 150 000 $.

Sommet du G7: le SPVQ fait le plein de grenades lacrymogènes

Ce printemps, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a fait le plein de grenades lacrymogènes et autres munitions de dispersion de foule. Un arsenal accumulé au moment où les forces de l’ordre se préparent pour le Sommet du G7 de juin.

C’est un document produit par le comité exécutif de la Ville de Québec qui a révélé l’achat effectué sans appel d’offres : des milliers de projectiles de divers formats ont été commandés. 

Seulement pour le plus récent achat «d’agents chimiques», effectué début mars, plus de 1350 produits figurent sur la liste publiée jeudi. Certains affublés de noms anglophones évocateurs : Maximum Smoke, Instantaneous Blast Grenade, Triple Chaser

Ces nouvelles emplettes ont coûté environ 60 000 $ une fois la TVQ retranchée [la Ville est exemptée de cette taxe]. Et il y a eu un achat plus important en février. Le SPVQ avait alors dépensé plus de 90 000 $. Total «à ce jour» selon le document : 150 542,73 $.

La Ville soutient que le fournisseur auprès duquel l’acquisition a été effectuée, Summit Canada Distributors, est l’unique vendeur canadien autorisé à écouler la marchandise qu’elle recherchait. Voilà pourquoi le contrat a été conclu de gré à gré.

Un coup d’œil aux catalogues publiés en ligne nous permet de constater que le matériel vendu ici n’est pas destiné au grand public. Le Muzzle Blast, par exemple, est projeté avec une arme et enveloppe la personne visée d’un nuage chimique lacrymogène. L’Instantaneous Blast Grenade est plutôt lancée à la main et «est adapté pour une utilisation avec de nombreux sujets dans une zone confinée». 

Quoi d’autre dans le panier des courses printanières du SPVQ? Le Triple Chaser, grenade qui contient elle-même trois charges irritantes, ce qui permet de couvrir plus large, plus longtemps. Ou le SAF-Smoke, un modèle d’inspiration militaire projetant la fumée par quatre ouvertures durant plus de 30 secondes. Il y a aussi le Spede-Heat, destiné à la «gestion» de grande foule. Et le Maximum Smoke qui disperse un grand nuage de fumée pendant près de deux minutes.

La mairie n’a pas voulu commenter jeudi. On nous a dirigés vers les relationnistes du SPVQ. 

Pas de lien confirmé

Cyndi Paré, agente aux communications de la police locale, ne confirme pas de lien direct entre ces emplettes et l’approche du Sommet du G7 au cours duquel des manifestations altermondialistes sont annoncées. «Qu’il y ait un événement ou non comme le G7 […] nous couvrons beaucoup de manifestations au courant de l’année; de 250 à 300 manifestations. Et on se doit de conserver un inventaire raisonnable d’outils pour protéger adéquatement les citoyens de la ville de Québec.»

Mme Paré convient néanmoins que les 8 et 9 juin sont surlignés sur le calendrier policier : «Il y a effectivement un événement qui est le G7 qui approche. […] C’est un événement d’envergure; ce n’est pas impossible qu’il y ait des manifestations sur notre territoire. Donc nous, comme corps de police, on se doit de conserver un inventaire qui est raisonnable.»

Il est de notoriété publique que les forces de l’ordre se préparent pour l’événement international qui réunira, à Québec et La Malbaie, les délégations des pays membres : Canada, France, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon et Italie. Plus de 8000 participants ainsi que des milliers de fonctionnaires, policiers, militaires, agents de sécurité, journalistes et cie sont attendus. Ottawa a même réquisitionné des campings.

Vacances interdites

Le Soleil soulignait d’ailleurs récemment que le SPVQ exige que l’ensemble des policiers de la capitale soit au travail avant et pendant le Sommet du G7. Interdiction de prendre des vacances. Autant les cadres que leurs subalternes seront en service : «Le SPVQ comptera plus de 850 policiers lors du G7 dans ses rangs», nous écrivait l’agent Étienne Doyon, porte-parole. 

Jusqu’à la prison de Québec qui appréhende un afflux de manifestants arrêtés, avait également souligné Le Soleil. Tellement que des détenus «d’Orsainville» devront être transférés vers plusieurs autres centres de détention pour libérer des cellules. «Une partie des places disponibles à l’EDQ [l’Établissement de détention de Québec] seront libérées en prévision du G7», nous avaient écrit Louise Quintin et Olivier Cantin, les deux voix du ministère de la Sécurité publique.