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Sur place, force est de constater que beaucoup de piétons franchissent néanmoins le boulevard Laurier en suivant l’avenue Joseph-Rousseau, tel qu’en témoigne le large sentier tapé dans la neige. D’ailleurs, aucune signalisation n’interdit cette traversée.
Sur place, force est de constater que beaucoup de piétons franchissent néanmoins le boulevard Laurier en suivant l’avenue Joseph-Rousseau, tel qu’en témoigne le large sentier tapé dans la neige. D’ailleurs, aucune signalisation n’interdit cette traversée.

Sillery: bloquer les autos… et les piétons

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
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La limite de vitesse est déjà fixée à 30 km/h. En plus, la rue est traversée par une «mesure de modération de la circulation», soit un dos d’âne sur lequel il est recommandé de circuler à 15 km/h. Mais les résidents veulent freiner davantage les autos…

Situons l’intrigue. Dans l’ancienne Sillery, une avenue résidentielle est nommée Joseph-Rousseau — vous découvrirez plus bas qui est ce personnage. Il y a donc cette voie routière qui croise l’achalandé boulevard Laurier. 

Les riverains de cette avenue cossue semblent apprécier leur quiétude qui serait cependant troublée par de trop nombreuses voitures; cela malgré la basse limite de vitesse en place. Aussi, pour répondre à leurs doléances, la mairie a bloqué un peu plus l’accès aux automobiles. 

Comment? Depuis l’automne, dans le cadre d’un projet pilote, le terre-plein central du boulevard Laurier a été allongé. Cela coupe en deux l’avenue Joseph-Rousseau et empêche la traversée en bagnole.

Sauf qu’il n’y a eu aucun aménagement pour les nombreux piétons qui passent par là afin d’atteindre, notamment, les arrêts du métrobus situés un peu plus au nord sur le boulevard René-Lévesque.

Pourquoi ne pas avoir prévu un passage pour les piétons? La réponse est surprenante.

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PLAINTE

C’est l’avocat François Leduc qui a attiré l’attention du Soleil sur la dangerosité de la traversée du boulevard Laurier par les piétons, à l’intersection de l’avenue Joseph-Rousseau. Il dit craindre un terrible accident.

M. Leduc réclame une ouverture dans l’installation temporaire pour les passants. Et une signalisation conséquente afin de sécuriser la traversée.

Sur place, force est de constater que beaucoup de piétons franchissent néanmoins le boulevard Laurier en suivant l’avenue Joseph-Rousseau, tel qu’en témoigne le large sentier tapé dans la neige. D’ailleurs, aucune signalisation n’interdit cette traversée.

Il a interpellé la mairie : «Une étonnante technique : aggraver la sécurité de la traverse en compliquant son accès et en exposant plus les usagers du RTC et les piétons à plus de danger», déplore-t-il dans un échange de courriels avec les autorités municipales. «Vous devriez améliorer temporairement la traverse, pas la fermer, car les usagers de tout âge et de toute catégorie ont besoin de l’utiliser. […] À repenser de manière urgente avant qu’un grave accident ne se produise et que cela décourage les usagers du RTC.»

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À CAUSE DES NORMES DU MTQ

La Ville de Québec sait que la traversée au carrefour Joseph-Rousseau/Laurier est périlleuse. 

«Avant la fermeture du terre-plein dans le cadre du projet pilote, les piétons traversaient le boulevard Laurier à leurs propres risques», observe le technicien en circulation Frédérick Fortin, dans l’échange de courriels avec François Leduc, résident mécontent de Sillery. Selon l’employé municipal, puisqu’il n’y avait pas de signalisation à ce croisement, les marcheurs acceptaient le danger : «Les piétons assumaient la responsabilité de traverser à cet endroit, car aucun aménagement sécuritaire fait par la Ville n’indiquait la présence d’une traverse pour piétons.»

Néanmoins, quand l’administration a décidé de bloquer le centre du boulevard Laurier à cette intersection, les fonctionnaires ont pensé qu’il serait opportun de laisser un passage libre aux piétons. Mais ils ont abandonné l’idée après avoir vérifié les normes du MTQ.

«Considérant les normes de signalisation du ministère des Transports du Québec, des feux de circulation devaient être mis en place pour gérer la traversée des piétons», expose Frédérick Lavoie. «Comme aucun feu de circulation n’était prévu dans le projet pilote, en cas d’accident impliquant un piéton, la Ville de Québec pouvait être tenue responsable. Pour cette raison, aucune ouverture dans le terre-plein n’a été pratiquée.»

La limite de vitesse de l’avenue Joseph-Rousseau est déjà fixée à 30 km/h.

On suggère donc aux piétons de faire un détour de 400 mètres, vers les feux de circulation situés plus loin sur Laurier, à l’est et à l’ouest.

Sur place, force est de constater que beaucoup de piétons franchissent néanmoins le boulevard Laurier en suivant l’avenue Joseph-Rousseau, tel qu’en témoigne le large sentier tapé dans la neige. D’ailleurs, aucune signalisation n’interdit cette traversée.

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À SUIVRE, À LA FIN DE L’ANNÉE

La Ville de Québec ne ferme pas la porte à l’aménagement d’une traverse sécuritaire pour les piétons de l’avenue Joseph-Rousseau. Mais elle en décidera après la conclusion du projet pilote qui s’étirera jusqu’en novembre. 

«Le projet pilote a été mis en œuvre à la mi-novembre 2020 et s’échelonnera sur une période de 12 mois», explique le chef d’équipe aux communications, David O’Brien. «Selon les observations qui seront effectuées à l’issue du projet, la Ville pourrait envisager de reconduire le projet de façon permanente et, au besoin, d’intégrer un aménagement pour la traverse sécuritaire des piétons.»

Il rappelle que le prolongement du terre-plein répond aux doléances des habitants du quartier. «La Ville a implanté des aménagements temporaires à cette intersection pour répondre spécifiquement aux préoccupations émises par les résidants dans ce secteur, à savoir réduire la circulation de transit et accroître la sécurité routière.»

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JOSEPH ROUSSEAU

L’avenue de Québec popularisée par l’article que vous venez de lire (!) a été nommée Joseph-Rousseau en 2002 à la suite des fusions municipales. «[Ce toponyme] perpétue la mémoire d’un des premiers propriétaires résidants […] dont la maison se dressait au croisement de la rue Sheppard et de l’avenue Joseph-Rousseau», dixit une fiche de la Ville de Québec. «Rousseau était chargé des approvisionnements sur les navires de croisière de la Canada Steamships Line.»

En 1930, la rue avait plutôt été baptisée Alleyn. «Cette dénomination rappelait le souvenir de Miriam Alleyn, fille de l’honorable Richard Alleyn et épouse de Charles Taillebois de Preston, à qui appartenaient les terrains de ce secteur. La rue Alleyn a pris ensuite le nom d’avenue Rousseau, adopté vers 1940, attribué en l’honneur de Joseph Rousseau.»