Près d’un résident de la Ville de Québec sur deux a perçu une dégradation de la sécurité routière au cours des trois dernières années malgré une diminution du nombre de décès et de blessés graves.

Sécurité routière: entre la perception et la réalité

Près d’un résident de la Ville de Québec sur deux a perçu une dégradation de la sécurité routière au cours des trois dernières années malgré une diminution du nombre de décès et de blessés graves. Un décalage qui en dit long sur les trop nombreux comportements dangereux observés.

C’est l’une des données tirées d’un sondage mis en ligne l’hiver dernier par la Ville de Québec en prévision d’un Colloque sur la sécurité routière qui se déroule vendredi et samedi au Centre de foires. Du 26 février au 18 mars, 3720 répondants ont donné leur perception de la sécurité routière sur le territoire de la Ville. 

Plus précisément, 44 % des répondants soutiennent qu’il y a une dégradation de la sécurité routière en ville. Ce pourcentage descend à 35 % lorsqu’il est question de leur quartier et à 28 %, de leur rue. La perception d’être en sécurité augmente en s’approchant de son lieu de résidence.

À l’inverse, seulement 11 % des répondants croient que la sécurité s’est améliorée dans la ville. Ce pourcentage reste sensiblement le même qu’il s’agisse du quartier ou de la rue du répondant. 

Enfin, près de la moitié d’entre eux croient que le niveau de sécurité est stable.

Pourtant, le bilan routier s’est nettement amélioré au cours des 10 dernières années, même s’il a tendance à stagner. Le nombre de décès est passé de 9 en 2006 à 3 décès en 2016. Le nombre de blessés graves a fondu de 126 à 43 pour la même période.

Des explications

Alors, comment expliquer cette distorsion de la réalité?

«Il y a des comportements délinquants qui ne se traduisent pas nécessairement par des accidents, tente d’expliquer Marc des Rivières, directeur du service des transports. Lorsque je traverse l’intersection Charest-Dorchester pour me rendre au travail, je ne mets pas le pied dans la rue au début du décompte du feu piéton», illustre-t-il, comme quoi de nombreux automobilistes accélèrent à l’approche d’un feu jaune et brûlent le feu rouge.

André Turcotte, inspecteur-commandant à la police de Québec partage cet avis. «On est dans une phase où la distraction au volant est un phénomène qui préoccupe et les gens en voient beaucoup. C’est un élément qui vient dire que c’est dangereux», soutient-il. Sans surprise, les répondants au sondage pointent du doigt la distraction au volant (texto, cellulaire) et la vitesse comme causent d’accidents. Pour le conseiller Patrick Voyer, responsable de la sécurité publique, il n’y a qu’un moyen pour changer la perception : «se regarder soi-même plutôt que les autres».

«C’est la personne qui doit se gérer. On est rendu là. On a beau mettre toutes les mesures du monde. Tous les usagers de la route doivent contribuer. C’est le pas de plus qu’on doit faire.»

Le mot de la fin revient à M. des Rivières avec une savoureuse anecdote qui en dit long sur le «faite ce que je dis mais pas ce que je fais». Il relate que des citoyens avaient demandé plus de surveillance policière pour faire réduire la vitesse dans leur quartier. Au bout de quelque temps, ils ont demandé de cesser parce que «ce sont eux» qui recevaient des contraventions.

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PLAIDOYER POUR MIEUX DOCUMENTER LES ACCIDENTS

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, souhaite que la Ville documente mieux les accidents qui se produisent sur son territoire, en incluant même les chutes sur les trottoirs.

M. Rousseau soutient qu’une véritable amélioration du bilan routier passe par une meilleure collecte d’information. «On ne sait pas jusqu’à quel point les mesures mises en place par la Ville sont efficaces puisque le bilan est basé uniquement sur les statistiques de la Société d’assurance automobile (SAAQ). Et ce bilan stagne depuis quelques années», explique-t-il.

Selon lui, la sécurité routière doit être perçue plus largement que seulement les accidents avec les automobiles. Il pourrait aussi s’agir de chutes sur les trottoirs ou de collision entre un piéton et un cycliste. 

Au-delà du bilan annuel dressé par la SAAQ, M. Rousseau vend l’idée de recueillir des informations d’autres bases de données comme celle du service des plaintes de la Ville et dans les hôpitaux. Il donne l’exemple de sa propre belle-mère qui a subi une commotion cérébrale après avoir chuté sur un trottoir glacé.

À ce chapitre, il insiste sur le fait que l’appréciation de la sécurité routière ne se mesure pas seulement au nombre d’accidents. «Est-ce que tous les parents sont prêts à laisser leurs enfants aller à l’école à pied? Est-ce que les personnes âgées et les personnes handicapées osent sortir l’hiver?» questionne-t-il.

Sa suggestion de créer un observatoire sur la sécurité routière requiert, selon lui, peu de moyens et servirait d’outil d’analyse pertinent. «Tu engages une personne qui peut colliger toutes ces données et tu les rends publiques une fois l’an. Ça serait grandement utile», conclut-il.