La conférence sur le manuscrit de Champlain tenue dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire a attiré plus d’une centaine de personnes à la Maison de la littérature.

Samuel de Champlain, un explorateur bien préparé

Samuel de Champlain n’a pas mis le pied en Amérique du Nord sur un coup de tête. Il était fin prêt. Un manuscrit dont il serait l’auteur, et qui explique la préparation de son premier voyage, a été présenté vendredi à la Maison de la littérature.

La salle était pleine. Plus d’une centaine de personnes était rassemblée dans la pénombre pour voir des photos du manuscrit. Et surtout, pour écouter les explications de l’historien français Éric Thierry, spécialiste de la Nouvelle-France. L’homme est arrivé à Québec jeudi pour parler de sa découverte faite dans les archives de la Bibliothèque nationale de France et dont Le Soleil a déjà publié des détails lundi.

«La réelle valeur de ce document de 32 pages est qu’il nous renseigne sur la formation du jeune Samuel de Champlain. On voit le travail de documentation qu’il a réalisé avant sa venue. Il a été rédigé en 1602-1603, juste avant son premier voyage», a relaté l’historien en entrevue au Soleil, peu avant sa conférence.

Après avoir été introduit à la cour du roi Henri IV par le gouvernement de Dieppe, Champlain se voit confier la mission de documenter la possibilité d’établir une colonie française en Amérique du Nord. À l’aide de cartes disponibles de précédents voyages d’autres explorateurs et de récits de voyage, le futur fondateur de la Ville de Québec se met à l’oeuvre.

Au départ, il n’envisageait pas de coloniser le Saint-Laurent. Il propose plutôt quatre sites côtiers pour établir une colonie: la baie de Chesapeake, en Virginie, l’embouchure de la rivière Kennebec, celle de la rivière Penobscot, toutes deux dans le Maine, et finalement la baie de Fundy.

Le plan initial était de pouvoir attaquer des colonies espagnoles en Amérique à l’endroit même ou l’Espagne puisait sa richesse en or et en argent.

L’idée de voguer sur le Saint-Laurent vient de sa «certitude», souligne M. Thierry, que la voie navigable lui permettrait d’atteindre la Chine. «C’était son grand projet.» On connaît la suite.

Pour l’historien, le document revêt une importance capitale dans la compréhension de l’établissement d’une première colonie en Nouvelle-France. Mais aussi du fait que c’est le seul document connu aussi complet écrit de la main de Champlain.

Le manuscrit avait déjà été attribué à Champlain en 1904, puis oublié.

«En 2008, je connaissais ce document pour l’écriture de mon livre La France d’Henri IV en Amérique du Nord. Mais je n’avais pas fait le rapprochement avec Champlain», raconte M. Thierry. 

Il a finalement attribué la paternité du document à Champlain après avoir recoupé des informations du manuscrit avec d’autres renseignements contenus dans des livres imprimés et un seul autre document fait de la main de l’explorateur: une carte de la Nouvelle-France de 1607 conservée à la bibliothèque du Congrès, à Washington.

Après avoir présenté les photos du manuscrit, Éric Thierry souhaite maintenant pouvoir exposer l’original dans la capitale. «Ça serait bien de pouvoir le faire venir à Québec. Le Traité de Paris a fait le voyage il y a quelques années», précise-t-il. 

Après ce manuscrit, que reste-t-il à trouver sur le célèbre explorateur? «Il y a un portrait de Champlain et son tombeau, évidemment», conclut-il.