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Le Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels au CHU de Québec devant les journalistes, mardi
Le Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels au CHU de Québec devant les journalistes, mardi

Retour au délestage dans la grande région de Québec [VIDÉO]

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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Le scénario tant redouté se concrétise. Les patients atteints de la COVID-19 se font de plus en plus nombreux dans les hôpitaux de la grande région de Québec, qui se voient forcés de retourner au délestage. Chirurgies et rendez-vous par centaines se verront annulés ou reportés chaque semaine.

La troisième vague, bien que toujours à ses débuts, fait déjà des ravages. Les sommets de contamination jamais atteints ni même lors des vagues précédentes se répercutent dans les hôpitaux de la région.

Les patients hospitalisés, entre autres aux soins intensifs, se font de plus en plus nombreux tous les jours. Dès mercredi, le CHU de Québec mettra en branle un plan pour délester des activités moins urgentes.

«Comme on le craignait, la forte hausse de transmission [de la COVID-19] dans la communauté a des effets concrets dans nos hôpitaux […] Ces patients s’ajoutent à tous les autres patients qui n’ont pas la COVID, mais qui ont aussi besoin de soins, et de soins urgents», déplore le Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels au CHU de Québec.

À partir de mercredi, entre 20 et 35% des chirurgies et des rendez-vous en clinique externe seront reportés ou annulés. Chaque semaine, une centaine de patients qui attendaient une chirurgie et «plusieurs centaines» d’autres qui avaient un rendez-vous devront attendre.

Dès mercredi, le CHU de Québec mettra en branle un plan pour délester des activités moins urgentes, a annoncé le Dr Stéphane Bergeron. 

Seuls les secteurs de l’oncologie, de la pédiatrie et de l’obstétrique pourront être préservés du délestage, un scénario qu’espéraient éviter les décideurs de la santé.

«Cette situation nous attriste, on la trouve épouvantable, elle nous écoeure. Mais on n’a pas vraiment le choix, on en est rendu là», regrette le Dr Bergeron. Cette situation «évolutive» pourrait même l’obliger à passer à des «niveaux supérieurs» de délestage.

Seulement dans les deux derniers jours, une vingtaine de patients supplémentaires se sont retrouvés alités dans les hôpitaux du CHU de Québec en raison du virus. Les patients COVID se comptent au nombre de 63 au CHU de Québec, dont 14 aux soins intensifs et sept à l’urgence.


« Cette situation nous attriste, on la trouve épouvantable, elle nous écoeure. Mais on n’a pas vraiment le choix, on en est rendus là »
Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels au CHU de Québec

Au plus fort de la deuxième vague, à titre comparatif, entre 100 et 110 patients étaient accueillis en même temps au CHU. Mais la vitesse à laquelle progresse la hausse semble plus importante que celle de la vague précédente, craint le Dr Bergeron.

«Manque de bras»

Car même si le nombre de patients à soigner ne cesse d’augmenter, les travailleurs se font pour leur part moins nombreux à pouvoir participer à l’effort dans les cinq hôpitaux du CHU, s’inquiète le médecin. Actuellement, plus de 140 employés ne sont pas au travail, soit ils ont attrapé le virus, soit ils sont en isolement préventif.

«C’est 140 paires de bras sur lesquels on ne peut pas compter alors que nous sommes déjà en situation de manque», illustre-t-il.

D’autres unités de soins ont été ouvertes pour répondre aux besoins croissants. Des lits supplémentaires désignés aux patients souffrant de la COVID-19 ont été ajoutés à l’hôpital de l’Enfant-Jésus et une autre unité ouvrira dès mercredi à Saint-François-d’Assise. Le CHU prévoit aussi être en mesure d’ajouter une unité de soins intensifs à l’Hôtel-Dieu de Québec «au besoin», en surplus aux trois déjà disponibles.

Mais l’ajout de lits est impossible sans «bras», répète Dr Stéphane Bergeron. «On doit soigner beaucoup plus de gens qu’avant et on est moins nombreux à pouvoir le faire.»

Même scénario à l'IUCPQ

Du délestage a lieu aussi du côté de l’IUCPQ, où le bloc opératoire pour les chirurgies cardiaques fonctionne actuellement à 60% de ses capacités.

«On [les hôpitaux de la région] se parle beaucoup entre nous afin de préserver les missions critiques de chaque institution [traumatologie à l’Enfant-Jésus et cardiologie à l’IUCPQ par exemple]», signale en entrevue le Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs de l’IUCPQ.

Du délestage a lieu aussi du côté de l’IUCPQ, où le bloc opératoire pour les chirurgies cardiaques fonctionne actuellement à 60% de ses capacités.

«On est en train de faire de la place aux soins intensifs. À l’IUCPQ, on fait des procédures de soins intensifs en-dehors des unités. On a six ou sept patients qui sont sur un étage régulier qui devraient techniquement être aux soins intensifs, mais que nos équipes de soins intermédiaires sont capables de soigner sur les étages. C’est ce qui nous permet de ne pas déborder actuellement, mais on étire un peu la ressource», témoigne le Dr Simon.

L’IUCPQ compte normalement 42 lits de soins intensifs, dont 10 sont réservés aux patients atteints de la COVID-19. En fin de journée, mardi, sept de ces 10 lits étaient occupés. L’IUCPQ prévoit ouvrir «quelques lits» supplémentaires d’ici la fin de semaine «pour suivre le rythme», précise le Dr Mathieu Simon.

«Nos 32 lits de soins intensifs pour les patients qui ont eu des chirurgies cardiaques, par exemple, sont à peu près pleins présentement. […] Et nous, si on descend en bas de 60% d’activités en chirurgie cardiaque, bien il y a des chirurgies urgentes qui ne peuvent pas être faites. Pas urgentes au sens où les patients risquent de mourir sur le champ, mais dans le sens où ils ne pourront pas retourner à la maison [en attendant leur chirurgie]. Et ça, ça vient congestionner un peu plus l’hôpital », explique l’intensiviste.


« Nos 32 lits de soins intensifs pour les patients qui ont eu des chirurgies cardiaques, par exemple, sont à peu près pleins présentement. […] Et nous, si on descend en bas de 60% d’activités en chirurgie cardiaque, bien il y a des chirurgies urgentes qui ne peuvent pas être faites. »
Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs de l’IUCPQ

Le Dr Mathieu Simon souligne que chaque patient COVID occupe généralement un lit de soins intensifs pendant 15 jours, contre cinq à six jours pour un patient atteint d’une «grosse pneumonie» et une journée pour un autre qui a subi un pontage coronarien. «Donc un patient COVID va nous bloquer probablement 14 ou 15 chirurgies cardiaques, et 12 ou 13 chirurgies pulmonaires. C’est immense», calcule le médecin.

Nouvelle «zone rouge» et délestage à l’Hôtel-Dieu de Lévis

À l’Hôtel-Dieu de Lévis, on se prépare au pire, alors qu’une nouvelle «zone rouge» dans le couvent Saint-Louis sera disponible «selon les besoins» des patients hospitalisés en raison de la COVID-19, avec une capacité de 20 lits de plus. L’endroit a servi de «zone jaune» lors des deux précédentes vagues de la pandémie.

À l’Hôtel-Dieu de Lévis, une nouvelle «zone rouge» dans le couvent Saint-Louis sera disponible «selon les besoins», avec une capacité de 20 lits de plus.

Notons que pendant la fin de semaine, la Direction régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches n’a eu d’autre choix que d’ouvrir une deuxième unité d’hospitalisation, à l’Hôpital de Saint-Georges. Un premier patient y a été admis, lundi.

Douze lits supplémentaires permettent d’accueillir des patients atteints de la COVID-19 et portent la capacité hospitalière de la région à 42 places dans les unités régulières et aux soins intensifs.

Dans ces deux hôpitaux, le délestage d’activités de soins et de services recommence «afin de rapatrier du personnel à l’unité COVID». Du personnel notamment dans les services des cliniques externes et dans les GMF sont réaffectés «en essayant d’éviter les annulations de chirurgies» pour lesquelles du retard s’est accumulé dans les deux premières vagues.

Des patients jeunes sans comorbidité

Ce qui frappe avec la troisième vague, c’est la présence dans les unités d’hospitalisation et de soins intensifs de patients jeunes et sans comorbidité notable, observe le Dr Mathieu Simon. «On en a admis deux dans la quarantaine qui sont très mal en point et qui n’ont pourtant pas de problèmes qui les distinguent d’une personne de 40 ans normale. Ce sont juste des gens qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment», résume le Dr Simon.

Ce qui frappe avec la troisième vague, c’est la présence dans les unités d’hospitalisation et de soins intensifs de patients jeunes et sans comorbidité notable.

Lors de la première vague, les patients COVID qui se retrouvaient à l’IUCPQ arrivaient soit d’un CHSLD, soit d’un voyage, rappelle le médecin. Pendant la seconde vague, ce sont surtout des patients qui avaient fait «toutes sortes d’activités qui sont maintenant à peu près interdites». Actuellement, le portrait-type du patient COVID hospitalisé à l’IUCPQ «n’a pas fait de grand écart de conduite», constate le Dr Simon.

«Ça se produit souvent à l’intérieur de la bulle familiale. Le virus est tellement devenu contagieux que si un enfant ramène ça de l’école, par exemple, c’est toute la maisonnée qui y passe», illustre le médecin.

Le Dr Mathieu Simon prévoit qu'avec le nombre de nouvelles infections recensées au cours des derniers jours, les hôpitaux de la région seront débordés de patients COVID pour encore au moins un mois. «Et ça, c’est à condition que les gens respectent les mesures sanitaires, que la vaccination s’accélère et qu’il n’y ait pas un autre pic à cette troisième vague», dit-il.

Le constat est similaire de l'autre côté du fleuve. Parmi les quelque 25 patients hospitalisés en Chaudière-Appalaches, près de 20% sont âgés entre 10 et 39 ans, chiffre la Dre Liliana Romero, directrice régionale de santé publique. Avec Élisabeth Fleury

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LES CAS EN HAUSSE DANS LA CAPITALE-NATIONALE

La région de Québec ne sera restée qu’une journée sous la barre des 300 nouveaux cas rapportés. La COVID-19 continue de se propager et le bilan montre 341 infections, mardi. En Chaudière-Appalaches, la baisse se poursuit, mais les mesures d’urgence en vigueur dans ces deux régions seront prolongées au moins jusqu’au 25 avril.

À LIRE AUSSI: COVID-19: les mesures d'urgence prolongées jusqu'au 25 avril

La séquence de trois journées consécutives à dresser des bilans en baisse a pris fin, mardi dans la région de Québec. Pour la première fois depuis le record de 449 cas de COVID-19 confirmés vendredi, les infections sur 24 heures sont en hausse.

À Québec comme en Chaudière-Appalaches, les mesures d’urgence en vigueur seront prolongées au moins jusqu’au 25 avril.

Les 341 plus récents cas portent à 28 223 le nombre total de personnes qui ont contracté le virus sur le territoire.

Malgré la diminution observée au cours des derniers jours – on ne comptait «que» 282 cas lundi – les dernières heures ont été marquées par six nouveaux décès. La COVID-19 a désormais fait 1039 victimes dans la Capitale-Nationale depuis le début de la pandémie.

Chaudière-Appalaches

En Chaudière-Appalaches, les records fracassés la semaine dernière semblent s’éloigner peu à peu. Après avoir atteint dimanche 244 nouvelles infections quotidiennes, du jamais vu jusque-là, le nombre de cas déclarés tend à descendre depuis. Mais le taux de positivité demeure «très élevé», avoisinant les 10%.

Mardi, le bilan montrait 149 nouveaux cas s’ajoutant au cumul désormais de 14 258 personnes infectées par la COVID-19 en un peu plus d’un an.

Les entreprises restent les plus touchés par des éclosions, elles représentent près de 60% du lot. Par contre, l’éclosion en cours au CHSLD L’Assomption à Saint-Georges est la plus importante parmi les milieux de vie, alors qu’on dénombre 56 cas actifs du virus au sein des usagers et du personnel.

Deux décès, dont un dans cet établissement privé conventionné de la Beauce, sont survenus depuis la veille dans la région, où l’on déplore la mort de 295 citoyens en raison du virus.

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LES VACCINS ASTRAZENECA S’ENVOLENT À QUÉBEC

L’engouement pour le vaccin AstraZeneca ne ralenti pas dans la Capitale-Nationale. Mardi, 1000 places en sans rendez-vous demeuraient disponibles au Centre de foires d’ExpoCité, pour la clientèle de 55 ans et plus.

D’ici le 17 avril, le vaccin AstraZeneca sera offert sur rendez-vous dans les cliniques de vaccination CERVO, celle de L’Ancienne-Lorette et celle de l’Université Laval, car les disponibilités offertes ont presque déjà toutes trouvé preneur.

Il n’est donc pas prévu que des vaccins soient donnés sans rendez-vous jusqu’à samedi.

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EN BREF

Capitale-Nationale

  • 341 nouveaux cas confirmés, pour un total de 28 223 depuis le début de la pandémie
  • 1039 (+6) décès
  • 84 personnes hospitalisées (+7), dont 20 aux soins intensifs
  • 24 091 personnes rétablies
  • 3093 cas actifs
  • 199 éclosions actives
  • 168 450 doses de vaccin administrées (+7420)
  • 3971 cas de variants détectés (+82) 

Chaudière-Appalaches

  • 149 nouveaux cas confirmés, pour un total de 14 258 depuis le début de la pandémie
  • 295 décès (+2)
  • 25 personnes hospitalisées (+1), dont sept aux soins intensifs
  • 12 465 personnes rétablies
  • 1538 cas actifs
  • 95 éclosions actives
  • 91 575 doses de vaccin administrées (+3822)
  • 980 cas de variants détectés (+3)