Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le recyclage est implanté depuis près de 30 ans dans la province.
Le recyclage est implanté depuis près de 30 ans dans la province.

Recyclage dans les logements: bientôt la fin de la méthode douce

Érika Bisaillon
Érika Bisaillon
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Alors que le recyclage est implanté depuis près de 30 ans dans la province et qu’il est obligatoire dans la majorité des grandes municipalités, la Ville de Québec en est encore à la méthode douce pour les édifices à logement… mais plus pour longtemps.

De nombreux résidents ne peuvent pas recycler, car aucun propriétaire des quelque 250 040 logements de la ville n’est tenu par la loi d’offrir cette possibilité à ses locataires.

Notre journaliste a voulu s’informer des démarches à entreprendre pour recycler dans son immeuble. En joignant le Centre de relation avec les citoyens de la Ville de Québec par l’entremise du 311, une préposée avait de bonnes nouvelles. «Éventuellement, en 2022, les propriétaires d’édifices à logements seront tenus d’effectuer le recyclage. Ils devront donc se procurer un conteneur ou un bac». Pour l’heure, même un locataire se procurant son bac personnel n’aurait pas droit au service de collecte. Sa seule solution est donc d’aller porter son sac de recyclage dans le conteneur le plus proche…

Rémi*, concierge d’un immeuble de 16 logements dans Sainte-Foy, est bien placé pour voir le problème. «Les bacs étaient tout le temps plein et les voisins venaient mettre leur recyclage dedans quand les leurs étaient remplis. On a donc décidé de ne plus offrir le service. Les locataires peuvent aller porter leur recyclage ailleurs.» Quelques minutes ont suffi pour voir des locataires jeter des boîtes de carton aux ordures.

Un locataire confie avoir su uniquement après la signature du bail que le recyclage était inexistant dans l’immeuble. «C’est quelque chose qui serait entré en ligne de compte lors de ma sélection d’appartement. Depuis les deux dernières années, je vais tout simplement porter mon recyclage chez le voisin», admet-il.

Mireille Plamondon, porte-parole de la Ville de Québec, précise que c’est à la bonne volonté des propriétaires de mettre à disposition les équipements pour leurs locataires. «La collecte est effectuée sur l’ensemble du territoire et les bacs de recyclage sont offerts gratuitement aux résidants et aux propriétaires d’immeubles résidentiels. La Ville n’utilise pas de mesures coercitives, mais mise plutôt sur la sensibilisation», insiste-t-elle par courriel. Pas un mot donc, sur un changement de règlement en 2022, comme l’évoquait la préposée du 311.

Les problèmes relatés par les propriétaires récalcitrants à implanter le recyclage sans leurs immeubles sont plus d’ordre technique, notamment la question de la propreté ou de l’espace insuffisant.

Toutefois la conseillère municipale de Limoilou et responsable de la gestion des matières résiduelles et de l’environnement, Suzanne Verreault, affirme que la Ville travaille à rendre l’offre obligatoire depuis 2018 et confirme son entrée en vigueur d’ici la fin de l’année 2021.

Quand on se compare, on se désole

En 2015, une enquête du Journal de Québec révélait que 42 % des immeubles de 30 logements ou plus n’avaient pas l’équipement nécessaire... En 2021, aucune statistique ne permet de dire que le résultat est meilleur.

À Gatineau, tout propriétaire d’un bâtiment résidentiel ou à logements multiples doit obligatoirement mettre à disposition des contenants d’un volume suffisant pour l’entreposage des matières recyclables et compostables entre les collectes, ainsi que les outils appropriés.

Le service de l’environnement a une équipe d’inspecteurs qui est responsable de l’application de ce règlement. Quiconque contrevient à l’une des dispositions commet une infraction et est passible d’une amende minimale de 300 $ pour une première infraction. En cas de récidive, les amendes minimales sont doublées.

Toujours à Gatineau, la compagnie responsable de la collecte des matières résiduelles, Derichebourg, laisse un avis de courtoisie aux résidents et ne collecte pas le bac si elle constate que la matière présente ne respecte pas le règlement. La Ville tient un registre de toutes les adresses où des avis de courtoisie sont laissés et intervient si une requête est enregistrée au 311. Si la Ville a des preuves (photo ou vidéo) et qu’il est possible d’identifier les contrevenants, des constats d’infraction peuvent être donnés.

Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), condamne les méthodes coercitives. Selon lui, les propriétaires ne devraient pas gérer l’adhésion des locataires. «Pour nous, il est hors de question de rendre obligatoire la collecte résiduelle, au sens que si ça devient obligatoire, des constats d’infraction seront remis aux propriétaires et non aux locataires.» Pour la CORPIQ, la contrainte est inacceptable. «D’aucune façon un propriétaire de logements ne doit être mis à l’amende ou pénalisé pour des infractions commises par d’autres citoyens, sous le prétexte que ceux-ci sont locataires dans un immeuble qui lui appartient.»

Hans Brouillette estime qu’il faut davantage responsabiliser les locataires et y aller au cas par cas, selon la configuration de l’immeuble.

Les problèmes relatés par les propriétaires récalcitrants sont plus d’ordre technique, notamment la question de la propreté ou de l’espace insuffisant. Le manque de volontaires pour mettre le bac à la rue est aussi mis de l’avant. «Il n’y a pas nécessairement un concierge sur place dans les petits immeubles. Là, on entre dans une gestion un peu plus compliquée. Le propriétaire ne veut pas avoir à partir d’un quartier pour aller dans l’autre, donc ça prend une personne responsable. Sauf que tout le monde veut faire du recyclage, mais personne ne veut avoir la responsabilité du bac», résume le porte-parole de la CORPIQ.

«Les HLM devraient montrer l’exemple»

L’Office municipal d’habitation de Québec (OMHQ) est responsable des quelques 11 000 logements du parc locatif HLM. Sébastien Olivier, directeur du développement organisationnel, affirme que l’organisme a un plan pour verdir les pratiques de gestion immobilière. «On veut améliorer et offrir plus de possibilités à nos locataires pour qu’ils puissent recycler davantage, là où c’est plus difficile de le faire présentement», assure M. Olivier.

L’OMHQ n’a cependant pas de position quant aux mesures coercitives et dit «appliquer les règles convenues par le conseil municipal».

Jonathan Carmichael, du Bureau d’animation et information logement (BAIL), croit que les logements sociaux comme les HLM devraient avoir une pratique exemplaire. 


« Pour le privé, c’est sûr que ça va prendre des mesures d’obligation avec des amendes »
Jonathan Carmichael


Le porte-parole du BAIL ne pénaliserait pas les citoyens. «J’ai confiance que les gens vont développer des bonnes pratiques, assure M. Carmichael. Le problème, en ce moment, c’est que l’infrastructure qui permet de recycler est absente, et un minime pourcentage sera réfractaire à sa mise en place.»

RECYC-QUÉBEC, organisme chargé d’analyser la conformité des plans de gestion des matières résiduelles des municipalités, n’avait pas de position sur le recyclage obligatoire. Brigitte Geoffroy, responsable des communications, répond qu’il n’y a pas de réglementation provinciale à cet effet. «Il y a des mesures d’incitation pour les municipalités, tel que le programme sur la redistribution aux municipalités des redevances pour l’élimination de matières résiduelles.» Aucune disposition n’est donc envisagée par la société québécoise de récupération et de recyclage pour rendre plus accessible le recyclage aux citoyens.

*Prénom fictif

+

Les positions des candidats à la mairie

Nous avons demandé aux candidats aux prochaines élections municipales leur vision de la collecte et de la gestion des matières recyclables. Propos recueillis par Érika Bisaillon

Jean-François Gosselin — Québec 21

Jean-François Gosselin — Québec 21

«C’est totalement une aberration que dans certains immeubles il n’y ait même pas de possibilité de recycler ou que le tri à la source est trop compliqué à faire. La Ville doit faire un meilleur travail autant pour la collecte du recyclage que des matières organiques. On parle de fournir un service municipal de base. On ferait les choses différemment et les citoyens méritent un service A1, mais je ne pense pas qu’il faut aller jusqu’à donner des amendes aux récalcitrants, ça passe davantage par la sensibilisation.»

Bruno Marchand — Québec Forte et Fière

Bruno Marchand — Québec Forte et Fière

«Pour l’instant, on n’est pas à rendre obligatoire le recyclage pour les citoyens, mais on veut faire en sorte que les propriétaires aient une forme de pression pour s’assurer que le recyclage soit accessible à tout le monde dans Québec. Quand les citoyens font des efforts et qu’ils voient qu’il y a certaines matières qui sont mal recyclées ou ne le sont pas, c’est sûr que ça diminue nos capacités à faire comprendre aux gens que le recyclage c’est important. Les gens ont besoin d’une démonstration de résultats. Après ça, si les gens ne sont pas capables de réaliser les conséquences de leurs gestes, on tapera sur les bons clous sans problème.»

Jean Rousseau — Démocratie Québec

Jean Rousseau — Démocratie Québec

«Il va y avoir une période de grâce d’un an où les propriétaires vont pouvoir se procurer l’équipement nécessaire sur une base volontaire et par la suite, il faudra voir quelles seront les mesures nécessaires. C’est beau l’incitatif, mais quand de façon systématique certains grands logements ne mettent pas en place de recyclage, on a un problème. C’est faux de dire que les locataires ne sont pas intéressés; c’est qu’il n’y a pas les équipements et l’organisation qui permettent de recueillir les matières recyclables. On veut aussi réintroduire les cloches pour la récupération du verre pour un meilleur tri à la source.»

Jackie Smith — Transition Québec

Jackie Smith — Transition Québec

«On a un retard comparé à d’autres villes comme Lévis. C’est inacceptable que des immeubles n’aient pas de bacs de recyclage. Si on ne donne même pas l’occasion aux jeunes d’apprendre à recycler, on se tire dans le pied. Ce n’est pas la faute aux individus si le système lui-même est fautif; ce sont des choix politiques et non des choix individuels. Il faut mettre plus d’attention sur le tri et encourager la consigne des bouteilles de vin. Les efforts des citoyens de tri à la source et de Zéro Déchet sont complètement gaspillés par des manquements politiques.»

Marie-Josée Savard — Équipe Savard

Marie-Josée Savard  Équipe Savard

«On vient de franchir la barre des 50 % des gens qui font un bon tri à la source. Le plan de gestion des matières résiduelles 2018-2023 est axé sur la sensibilisation et se fait sur une base volontaire. Les gens manquent parfois d’informations sur le sujet, mais grâce à la campagne Ça va là! nous remarquons une augmentation réelle des matières au centre de tri. D’ici la fin de l’année, la Ville va contacter directement les propriétaires pour les encourager à se munir d’équipements de recyclage et on va faire l’accompagnement nécessaire.»