Dans le projet de plaine de débordement de la Ville de L'Ancienne-Lorette, quatre maisons devront être démolies, dont celle de Joelyn Lake et Jean Trottier. 

Réaménagement de la rivière Lorette: le désespoir des expropriés

Le début des audiences du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) sur le réaménagement de la rivière Lorette a amené mardi soir des résidents qui seront expropriées par le projet à exprimer leur désespoir et leurs craintes.
La résidence de Joelyn Lake et de son époux Jean Trottier fait partie des quatre qui doivent être expropriées par le projet. Le couple de retraités de la rue Blier à L'Ancienne-Lorette se désole à l'idée de perdre sa résidence de 12 pièces évaluée à 325 000 $ sur laquelle des rénovations ont été réalisées presque à chaque année. 
Alors qu'il demandait pourquoi on n'avait pas bâti des murs anticrue plus hauts plutôt qu'une plaine de débordement qui forcerait la destruction de sa maison, M. Trottier s'est fait répondre par François Groux, chef de service en génie des eaux à la firme WSP, que l'impact serait de beaucoup atténué grâce à cette initiative. 
«Nous avons appris le 15 mars qu'on serait expropriés suite aux nouveaux changements dans le projet. Pourquoi on paierait pour tout le monde? Je ne peux pas croire qu'on ne peut pas faire une plaine de débordement ailleurs que sur notre terrain», a déclaré Joelyn Lake au Soleil.
«On a travaillé 30 ans pour avoir une résidence à notre goût pour notre retraite et pour se bâtir un capital pour quand on devra aller en résidence de personnes âgées. Si on nous exproprie, il sera disparu dans 15 ans, ce capital qui était aussi notre sécurité!», poursuit-elle.
Déménager à 70 ans
«Notre maison est payée, elle est à notre goût et c'est notre passion. On en est fiers: c'est la plus belle maison du coin! Mon mari a 70 ans... Est-ce qu'on va s'acheter une autre maison?»
Le couple est allé récemment visiter des appartements en prévision de son éventuelle expropriation. «On ne se voit pas dans moins que cinq pièces et demie. Et bien, un cinq et demie, ça nous coûterait quatre fois plus qu'il nous en coûte actuellement pour vivre dans notre maison!», déplore-t-elle.
Mme Lake trouve que le prix est gros à payer, d'autant plus que sa maison n'a jamais été inondée. «De l'autre bord de la rue, il y a deux commerces à trois pieds de la rive. Pourquoi ils n'exproprient pas de l'autre bord?»
Trois générations déplacées
Claude Lefebvre, de la rue Saint-Eugène, également exproprié, s'est lui aussi fait dire que le scénario choisi était la meilleure solution. «Mais j'en doute. J'ai l'impression que la Ville a plutôt choisi la solution la moins coûteuse au détriment des expropriés», a-t-il déclaré aux médias.
M. Lefebvre habite une maison bigénérationnelle avec sa fille, son gendre et ses petits-enfants sur un terrain de 20 000 pieds carrés. «Ma fille et mon gendre travaillent ici, à L'Ancienne-Lorette. On avait bâti comme cela pour habiter ici longtemps mais maintenant, ce sont tous nos projets qui s'envolent. Et on s'inquiète quant au montant qu'on recevra de la Ville. On aimerait garder notre maison, mais on sait qu'on se bat contre une grosse machine», a-t-il ajouté. 
Mélissa Bouchard, responsable du volet acquisition à la Ville de Québec, a indiqué que l'administration municipale en était rendue à l'étape de l'évaluation du montant forfaitaire à verser aux expropriés dans le cadre de négociations de gré à gré.