Avec le départ de Raymond Dion, Équipe Labeaume a encaissé une deuxième défection pour le parti du maire de Québec en deux mois.

Raymond Dion quitte Équipe Labeaume: «je veux m’exprimer comme je le veux»

Conseiller municipal du district Loretteville-Les Châtels depuis 13 ans, Raymond Dion a annoncé vendredi qu’il quittait Équipe Labeaume, à qui il était associé depuis 2009, et qu’il siégerait dorénavant comme indépendant.

«Je veux m’exprimer quand et comme je le veux, autant dans mon district que sur les enjeux de la Ville», a-t-il déclaré en conférence de presse. «Je veux voter librement sur tous les dossiers sans respecter une ligne de parti et la nécessaire solidarité entre membres d’une équipe.»

Rappelant qu’il était politologue de formation, M. Dion a dit croire à la diversité des points de vue. «La plupart des conseils municipaux sont composés d’indépendants et les véritables partis politiques sont plutôt l’exception», a-t-il poursuivi, avouant que voir son collègue Jonatan Julien quitter Équipe Labeaume avait nourri sa réflexion.

«Le fait qu’il soit devenu indépendant dans des circonstances différentes a contribué à ma décision en le voyant exercer son nouveau rôle», a-t-il déclaré, précisant toutefois qu’il n’était pas en relation étroite avec M. Julien et que, contrairement à son collègue, ce n’était pas un conflit avec le maire Régis Labeaume qui avait motivé son choix.

«Ça faisait 10 ans que j’étais avec M. Labeaume et j’ai trouvé ça correct. Là, je suis rendu à un endroit où je veux m’exprimer librement», a-t-il poursuivi, énumérant toutefois certains dossiers dans lesquels son point de vue différait de la «ligne de parti» d’Équipe Labeaume.

Divergences

«Dans le dossier du réseau de transport structurant, ce n’est pas une cachette que je n’étais pas d’accord avec le Service rapide par bus ni avec le trajet choisi sur le boulevard Charest. J’ai toujours préconisé un tramway qui relie le centre-ville et la colline Parlementaire avec la cité universitaire. Un tramway, ça ne fait pas pousser des blocs, ça transporte des gens!» a-t-il lancé.

De plus, même s’il est favorable au projet actuel de tramway, M. Dion a plaidé que le secteur nord et La Haute Saint-Charles y étaient selon lui mal représentés. «On nous a dit qu’il y aurait des ajouts en décembre. On verra et on posera des questions.»

Celui qui a été président du Réseau de transport de la Capitale de 2009 à 2013 précise que cette position ne l’a pas aidé à faire valoir ses points de vue au sein d’Équipe Labeaume. «J’ai été président du RTC et je n’ai pas eu de facilité à faire valoir mon opinion sur le tracé et j’en ai eu beaucoup de peine. J’aurais aimé participer à l’élaboration de scénarios. Je veux maintenant ramener le débat d’idées», poursuit-il.

Le conseiller a aussi mentionné le projet avorté du parc industriel Espace innovation Chauveau, qui devait au départ accueillir un projet immobilier en collaboration avec le Groupe Dallaire ainsi qu’un développement industriel léger. 

«Le projet a été mis de côté et là, il y aura zéro maison dans ce secteur. Je n’ai rien contre le développement Simons, mais je pense qu’il y a aussi de la place pour le développement immobilier. Surtout qu’il manque 4000 habitations en ville», a-t-il analysé.

Du côté d’Équipe Labeaume, c’est le porte-parole du maire, Paul-Christian Nolin, qui a transmis la réaction du parti à cette deuxième défection en quelques semaines. «Nous respectons la décision de Raymond Dion et nous lui souhaitons bonne continuation de son mandat. Nous le remercions pour sa contribution à Équipe Labeaume. Enfin, tout le monde peut s’exprimer librement au sein d’Équipe Labeaume.»

Vétéran

Raymond Dion s’était lancé en politique municipale en devenant conseiller de l’ancienne Ville de Loretteville de 1997 à 2001 pour ensuite occuper le même poste à la Ville de Québec depuis 2005. Il a été membre du comité exécutif de 2007 à 2009 et agit depuis novembre 2013 comme président de l’arrondissement de La Haute-Saint-Charles.

Le conseiller a assuré qu’il terminerait son mandat obtenu en novembre, mais n’a pas voulu s’avancer à savoir s’il avait l’intention d’en solliciter un autre comme indépendant. Il a toutefois tenu à rappeler que c’était lui qui avait obtenu le plus de votes parmi tous les conseillers municipaux lors du dernier scrutin avec 6020 voix. 

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UNE «CRISE DE LEADERSHIP SANS PRÉCÉDENT», DIT GOSSELIN

L’opposition officielle à l’hôtel de ville, formée du chef de Québec 21 Jean-François Gosselin et de l’élu Stevens Mélançon, a dénoncé vendredi une «crise de leadership sans précédent» pour Régis Labeaume. La missive a été lancée quelques heures après que le président de l’arrondissement de La Haute-Saint-Charles, Raymond Dion, ait quitté les rangs du parti au pouvoir pour siéger en tant qu’indépendant.

«On parle quand même d’un deuxième départ en moins de deux mois, tranche d’emblée le chef Jean-François Gosselin. Pour ceux qui ne le croyaient pas encore, c’est clairement une crise de leadership que vit présentement Régis Labeaume.» Le plus inquiétant, selon lui, est que le maire de Québec ne peut consacrer toute son énergie au public, trop dépassé par les événements. «Pendant ce temps-là, c’est clair qu’il ne peut pas occuper ses fonctions qui sont de s’occuper des citoyens, parce qu’il doit gérer cette crise à l’interne», ajoute le leader de l’opposition, en point de presse.

Ce dernier indique toutefois féliciter le geste «courageux» de M. Dion. «Il va retrouver sa liberté d’expression pour pouvoir travailler pour les citoyens, on le salue, poursuit-il. Mais ça en dit long, selon nous, sur les manières de fonctionner. Régis Labeaume traite ses conseillers comme des plantes vertes, ils n’ont pas le droit de parole.» 

D’autres départs à prévoir, selon le chef de l’opposition? «On verra ce que l’avenir nous réserve, répond-il prudemment. Chose certaine, si vous m’aviez demandé hier s’il y aurait un départ aujourd’hui, je ne l’aurais pas su. C’est une surprise pour tout le monde.» Henri Ouellette-Vézina