La maquette du premier projet de tramway, présenté par la Ville de Québec en 2010.

Quatre questions en suspens sur le tramway

La nouvelle carte du transport en commun de la Ville de Québec sera dévoilée vendredi. On sait déjà qu’un tramway de 23 kilomètres constituera l’épine dorsale du réseau structurant, qu’il desservira Charlesbourg et la haute ville et circulera en souterrain sous la colline Parlementaire avant de filer du côté de Cap-Rouge. Il est aussi prévu d’y raccorder des «trambus», des «bus électriques à grande capacité», d’ajouter des voies réservées, ainsi que de nouveaux Métrobus pour mieux desservir les banlieues et gagner de la vitesse. À quelques heures de la grande annonce, Le Soleil vous soumet quatre questions en suspens qui devraient trouver réponse dans les prochaines heures.

1. INTERCONNEXION

Un tramway ne peut couvrir l’ensemble du territoire. 

Selon les premières informations qui ont été livrées au Soleil, le rail partirait du boulevard Louis-XIV, dans Charlesbourg, passerait par Limoilou et le site d’ExpoCité, traverserait Saint-Roch pour ensuite entrer sous terre et prendre des airs de métro sous la colline Parlementaire. Le tramway ressortirait sur le boulevard René-Lévesque à la hauteur de l’avenue Des Érables, roulerait jusqu’à l’Université Laval pour ensuite gagner le boulevard Laurier. C’est essentiellement le trajet du très fréquenté Métrobus 801. Le tramway continuerait ensuite vers l’ouest jusqu’au boulevard Le Gendre, près du futur magasin IKEA.

Cette ligne de tramway passerait sous la future tour baptisée Le Phare, à l’ouest des centres commerciaux du boulevard Laurier. Le coût de ce deuxième tunnel serait assumé par le Groupe Dallaire. 

Une partie du boulevard Charest serait desservie par un «trambus» électrique de grande capacité. Il rejoindrait aussi l’Université Laval. De nouveaux Métrobus relieraient le centre-ville de Québec à des secteurs plus au nord comme Val-Bélair. 

Il reste à savoir si le service se fera en trambus pour le secteur de Beauport, qui compte actuellement sur le Métrobus 800, et celui de Lebourgneuf, d’où partent plusieurs express qui utilisent la voie réservée de l’autoroute Robert-Bourassa. 

Peu importe, il a toujours été question de pouvoir sauter facilement d’un mode de transport à l’autre dans des pôles d’échanges avec des aires d’attente confortables. 

Depuis l’abandon du projet de SRB, le maire Labeaume a refusé catégoriquement de considérer un arrimage avec le réseau de transport collectif de Lévis, qui privilégie désormais l’autobus. 

Deux scénarios d’interconnexion restés sur la table pourraient toutefois être remis de l’avant: un rabattement des parcours de la Société de transport de Lévis vers un pôle d’échange à la sortie nord des ponts ou encore une antenne du tramway dans le secteur de Saint-Romuald. 

Cette solution de type «Longueuil», en référence à la percée du métro sur la rive sud de Montréal, permettrait à tout le moins aux Lévisiens de traverser rapidement et en grand nombre le fleuve Saint-Laurent et ainsi soulager les heures de pointe aux deux ponts. 

2. ÉLECTRIFICATION

Le gouvernement du Québec travaille à l’électrification des transports. En choisissant le tramway, la Ville de Québec fait un bon pas dans cette direction. Dans une ville patrimoniale comme Québec, l’alimentation par le rail ou grâce à batteries rechargeables est beaucoup plus probable que les vieux caténaires (fils) qui encombrent les airs et gâchent le paysage. 

Il faudra voir si le reste du réseau structurant, qui fera appel à des autobus, misera sur le tout électrique. Le RTC n’achète plus que des autobus hybrides, mais ne compte pas de véhicules entièrement électriques depuis la disparition des Écolobus. 

Chose certaine, il y a des apôtres de l’électricité dans l’entourage de l’administration Labeaume. Aux temps pas si lointains du SRB Québec-Lévis, Richard Drouin, ancien président du conseil et chef de la direction d’Hydro-­Québec, a été choisi comme président du comité directeur du bureau d’étude. Il continue d’ailleurs de graviter autour du projet de réseau structurant. 

Le directeur de la coordination des travaux de conception du projet de réseau structurant de transport en commun, André Caron, ex-sous-­ministre aux Transports, est aussi bien au fait des orientations gouvernementales. 

3. FINANCEMENT

Régis Labeaume a toujours voulu que les gouvernements du Québec et du Canada assument la totalité des coûts de construction du prochain réseau de transport en commun structurant, quel qu’il soit. 

Dans son budget de 2017, le gouvernement fédéral lui a compliqué la tâche en limitant à 40% sa participation dans les projets de transport collectif qui seront réalisés au cours de la prochaine décennie. 

Un effort supplémentaire a donc été demandé au gouvernement provincial, qui d’office se disait prêt à assumer la moitié de la facture. Selon nos informations, Québec a tenté jusqu’à la dernière minute d’en arracher davantage à Ottawa. Nous saurons vendredi si le partage est final. Le coût total du projet frôle les 3 milliards $. Si les 10% orphelins étaient imposés à la Ville de Québec, elle devrait donc débourser presque 300 millions $. C’est presque deux fois son investissement dans le Centre Vidéotron. 

Pour le gouvernement Couillard, le programme fédéral d’infrastructures destiné au transport en commun est tout de même salutaire puisque le Québec a payé la totalité des coûts de construction du métro de Montréal. Régis Labeaume se fait d’ailleurs un plaisir d’y comparer son projet de tramway. 

4. CONSULTATIONS

Après l’échec du SRB Québec-Lévis, le maire de Québec a lancé une grande consultation publique pour repenser l’avenir du transport collectif à Québec. Il s’est lui-même présenté aux rencontres, tenues au début de l’été dernier, pour entendre les idées et commentaires. Il a aussi formé un comité consultatif sur la mobilité formé de spécialistes partisans du transport en commun, qui ont travaillé avec lui le projet de réseau structurant avec les commentaires des citoyens en tête. 

Mais ce n’est pas tout. Une autre ronde de consultations est promise et doit avoir lieu une fois les grandes lignes du projet connues. L’administration Labeaume a toujours dit qu’il y aurait de l’espace pour raffiner le projet élaboré par son équipe. Les citoyens intéressés à donner leur opinion vont s’assurer vendredi que le rendez-vous sera respecté. Dates et lieux à confirmer.