Projet SIAM: meilleure prise en charge des enfants abusés et maltraités [VIDÉO]

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
Les enfants victimes de maltraitance ont droit à une meilleure prise en charge au centre de Services intégrés en abus et maltraitance (SIAM). «L’objectif numéro un qu’on voulait atteindre c’est de ne pas revictimiser l’enfant», explique Paule Vachon, coordonnatrice au SIAM. Pour ce faire, des professionnels de différents secteurs travaillent sous un même toit depuis août 2018.

Dans un édifice gouvernemental de Sainte-Foy, «des locaux ont été bâtis sur mesure pour accueillir des enfants dans un contexte difficile, suite à des abus ou de la maltraitance», explique Paule Vachon. Passé l’accueil, une salle d’attente ludique est mise à la disposition de l’enfant. Le but : qu’il ne soit pas traumatisé par le parcours de dénonciation et d’évaluation qu’il entreprend. Chaque intervenant est spécialement formé pour interagir avec l’enfant durant cette période difficile.

Avant d’amener l’enfant au SIAM, une équipe multidisciplinaire se penche sur les dossiers relayés par le service de réception et de traitement des signalements. Cette équipe est formée de cinq intervenants de milieux différents qui se rencontrent chaque matin de la semaine. Le comité est formé de Nancy Delisle, cheffe de service à la Direction de la protection de la jeunesse pour le CIUSSS de la Capitale-Nationale, un lieutenant-détective du service de police concerné, le procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales, une infirmière de la clinique de protection de l’enfance du CHU et l’agente de liaison du SIAM, Ingrid Pruneau. Les intervenants doivent alors décider de déclencher ou non l’entente multisectorielle, pierre angulaire du SIAM.

«L’entente multisectorielle régit le partenariat des intervenants dans un contexte d’abus et de maltraitance. Ça nous permet de travailler ensemble et de nous parler», résume Paule Vachon. Cette entente établit clairement les informations que les spécialistes peuvent ou non se partager pour faire avancer le dossier. L’entente multisectorielle existe depuis 2001, mais restait difficile à appliquer selon les intervenants sur le terrain. C’est en partie pour surmonter ces obstacles que le SIAM a vu le jour.

Quand l’entente multisectorielle est déclenchée, un travailleur social se rend à l’école de l’enfant afin de l’amener au SIAM. Dans la mesure du possible, on tente qu’un parent qui n’est pas suspecté d’être abuseur accompagne la présumée victime. 

«Pour bien aider l’enfant, il faut bien accompagner le parent», affirme Dominique Poirier, directrice clinique pour le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, qui a également son bureau au SIAM.

Plusieurs services

Les intervenants du CAVAC offrent plusieurs services aux enfants victimes d’abus et leurs parents. Ils donnent de l’information, offrent une aide technique pour remplir les documents nécessaires, accompagnent et préparent l’enfant pour son passage au palais de justice. Ils sont également formés en interventions post-traumatiques et psychosociales. «Avec les enfants et les parents, on va travailler les conséquences qui découlent des abus», ajoute Dominique Poirier.

Deux salles vidéo permettent aux enquêteurs d’enregistrer la déposition de l’enfant. Dans une salle adjacente, les spécialistes concernés peuvent assister à la déclaration. Tout est prévu pour que l’enfant n’ait pas à relater plusieurs fois son histoire, comme c’est encore le cas dans les autres régions de la province où aucun SIAM n’existe. La majorité des enfants victimes d’actes criminels doit encore rencontrer les différents intervenants dans différents lieux et raconter à chaque fois le récit d’une expérience potentiellement traumatisante. 

Il n’y a pas que les enfants qui aimeraient éviter de revivre leur traumatisme en le racontant à répétition lors de procédures judiciaires. «Présentement, le SIAM est en train d’analyser son offre de services pour la clientèle victime d’exploitation sexuelle», annonce Ingrid Pruneau, agente de liaison du SIAM. «À Québec, on est déjà en partenariat étroit avec l’ensemble des partenaires de la table régionale sur l’exploitation sexuelle», ajoute-t-elle. 

Pour l’instant, la clinique médicale du SIAM ne pourrait pas répondre adéquatement aux besoins de victimes d’agressions sexuelles. Elle n’est pas ouverte en tout temps pour faire les trousses médico-légales qui aideront les victimes dans les procédures légales.

Autrement, le local médical est tout pensé pour l’enfant victime d’abus ou de négligence. «Les murs sont faits en fonction qu’on puisse prendre une belle qualité de photo pour recueillir la preuve. Avant, l’enfant avait trois séries de photos à prendre. La DPJ, les policiers et les médecins prenaient des photos. Maintenant, autant que possible, une seule prise de photos se fait conjointement ici», explique Mélanie Simoneau, infirmière clinicienne en protection de l’enfance. «Le but est de faciliter l’accès à un médecin pour une clientèle vulnérable», conclut-elle.