À au moins deux reprises, la Ville de Québec est intervenue auprès de Groupe Dallaire afin qu’il fasse le ménage sur le site du futur Phare, jonché des débris de l’Auberge des Gouverneurs démolie en 2014.

Projet le Phare: un terrain vague qui dérange

Le terrain destiné au Phare, à l’intersection du boulevard Laurier et de l’avenue Lavigerie, à l’entrée de Québec, donne à voir des débris de construction, des trous d’eau stagnante et une clôture qui ne paie pas de mine. Des citoyens s’en sont plaints au fil des ans. La Ville de Québec a demandé des correctifs. Le promoteur Groupe Dallaire, lui, garde toujours l’espoir de démarrer rapidement la construction pour faire disparaître les gravats.

Marjorie Potvin, porte-parole de la Ville de Québec, confirme la réception de requêtes à quatre reprises concernant «terrain malpropre, nuisance, excavation non remblayée, débris et foin long, affichage malpropre sur clôture» depuis deux ans. La dernière fois, le 11 septembre 2017, il y a eu six plaintes le même jour.

À au moins deux reprises, l’administration municipale est intervenue auprès de Groupe Dallaire afin qu’il fasse le ménage sur le site, jonché des débris de l’Auberge des Gouverneurs démolie en 2014. 

Il a d’abord été demandé, en 2015, d’abaisser les monticules et d’installer une clôture opaque pour «limiter la vue sur le chantier et retenir les poussières». À l’été 2017, une nouvelle intervention était faite pour retirer de la ferraille et des gros morceaux de béton, couper les herbes hautes à l’intérieur comme à l’extérieur des clôtures. Dans le courriel dont nous avons obtenu copie, la présence de vermine était aussi évoquée. Dans sa réponse, le Groupe Dallaire en doutait, mais promettait de mandater un exterminateur. 

Alors que les citoyens ayant alerté Le Soleil réfèrent au Règlement sur les nuisances pour exiger que le terrain soit gazonné, Mme Potvin a répondu que «ne prévoit pas l’obligation de gazonner, mais d’éliminer les accumulations non nivelées de terre, sable et autres». 

Elle ajoute : «Plusieurs matériaux ont été conservés sur place, car le promoteur souhaite réutiliser ceux-ci sur place comme demandé par les classifications LEED» attestant une construction écologique. 

Interrogé lors d’une entrevue au Soleil, le président et chef de la direction de Groupe Dallaire, Michel Dallaire, a fait remarquer qu’il a déjà gazonné des terrains en attente d’un développement. C’est le cas pour le site du bar-restaurant L’Ozone un peu plus loin sur le boulevard Laurier. 

Pour le Phare, par contre, M. Dallaire affirme n’avoir pas jugé cela nécessaire, car il souhaitait s’attaquer rapidement à la construction du plus haut gratte-ciel à l’est de Toronto. «On espérait commencer à construire il y a deux ans, il y a un an…» dit-il.

Questionné sur le sujet, le maire de Québec, Régis Labeaume, s’est dit «bien d’accord» avec les doléances des voisins : «Le problème c’est que c’est un spot extraordinaire à l’entrée de la Ville.»

Même s’il est conscient du désagrément visuel causé par l’état des lieux, la Ville de Québec ne peut prendre action, selon M. Labeaume. «Il veut construire. On ne peut pas lui demander d’aménager en attendant. Je suis désolé», laisse-t-il tomber.  Avec Jean-Michel Genois-Gagnon et Jean-François Néron

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BIZARRERIE À LA COUR MUNICIPALE

Un dossier de la Cour municipale sans numéro, entendu et jugé à huis clos, sans possibilité pour quiconque de connaître la décision.

Voilà le sort réservé à une plainte privée de l’ancien conseiller municipal Henry Jenkins concernant le désordre sur le terrain du Phare. Le Soleil a été mis au courant de l’existence de cette demande d’autorisation à intenter une poursuite déposée en mars 2017. 

Par cette démarche, le demandeur sollicite l’autorisation d’un juge pour intenter une poursuite et sanctionner des infractions à la place des autorités. Dans ce cas-ci, le document légal réfère abondamment au Règlement sur les nuisances et à celui sur l’urbanisme. Des photographies accompagnaient la requête. 

Curieusement, le dossier ne s’est jamais vu attribuer de numéro. Et lors de l’audition tenue en juin après plusieurs remises, un huis clos a été décrété non seulement sur les discussions, mais sur le jugement. Seul le demandeur a pu assister aux délibérations et il est tenu de n’en rien dire à défaut de quoi il pourrait être accusé d’outrage au tribunal. 

Jacques Villeneuve, citoyen de Sainte-Foy qui a aidé à la préparation de la requête du conseiller Jenkins, n’en revient pas de ce dénouement pour le moins inhabituel. «C’est un déni de justice», dénonce-t-il.  

Le Soleil a demandé des précisions à la Ville. Sans grand succès. «Ce n’est pas fréquent le huis clos et une plainte privée est aussi très rare à la cour municipale. Je ne peux vous donner de détails particuliers pour ce dossier. Je ne peux donc pas valider les motifs du huis clos, ils ont dû être expliqués lors de l’audition, mais nous ne pouvons pas y accéder», a répondu Me Anne-Laure Pelletier, greffière à la Cour municipale et directrice de la division des procédures introductives et des auditions, après des semaines de flottement.  Annie Morin