Le futur terminal de conteneurs, tel que présenté par le port de Québec.
Le futur terminal de conteneurs, tel que présenté par le port de Québec.

Projet Laurentia: «des effets négatifs importants», dit l’agence environnementale du Canada

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
L’Agence d’évaluation d’impact du Canada estime que le projet Laurentia du port de Québec, un terminal de conteneurs de 775 millions $, aura des «effets environnementaux négatifs importants». Il appartient maintenant au gouvernement fédéral de juger si ceux-ci sont «justifiables».

Dans la version provisoire du rapport d’évaluation diffusé lundi, «l’Agence estime que le projet est susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants [directs et cumulatifs], notamment :  

• «Sur le poisson et son habitat compte tenu de la destruction et de la modification permanente d’habitats» ;  

• «Sur la qualité de l’air et la santé humaine compte tenu de l’augmentation des émissions de particules dans l’air et de contaminants issues de la combustion de combustibles fossiles autant en phase de construction que d’exploitation du terminal dans un milieu préalablement saturé en contaminants atmosphériques»;  

• «Sur l’usage courant des terres et des ressources à des fins traditionnelles et plus particulièrement sur les activités de pêches» ;  

• «Sur les conditions socioéconomiques en raison des effets sur la pêche sportive et commerciale».  

L’Agence conclut donc notamment que le transport routier et ferroviaire influera sur la qualité de vie des résidents de Québec, principalement ceux installés sur les trajets des conteneurs dans Limoilou et Beauport. «Les enjeux concernent principalement les activités prévues durant les phases de construction et d’exploitation en lien avec la gestion de la qualité de l’air, du bruit et de la luminosité.»

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Pour les poissons, l’Agence souligne notamment que «le projet détruirait l’un des deux seuls habitats de reproduction identifiés à ce jour du bar rayé, population du fleuve Saint-Laurent.»

Il appartient maintenant au gouvernement de jauger si ces impacts sur l’environnement «sont justifiables» et, si oui, de dicter les conditions qui devront être respectées par le port de Québec afin de réaliser le projet, note l’Agence.

Atténuation

Les auteurs font remarquer que «le promoteur s’est engagé à intégrer dans la réalisation du projet des mesures d’atténuation qui permettraient d’éviter ou de minimiser ses effets négatifs. Des mesures de compensation sont également proposées pour contrebalancer les effets négatifs résiduels, le cas échéant».

Voilà qui permet à l'Agence de conclure que «le projet n'est pas susceptible d'entraîner des effets environnementaux négatifs importants sur les autres composantes de l'environnement qui relèvent de compétences fédérales compte tenu de la mise en oeuvre des mesures d'atténuation».

Celles-ci ne suffiront toutefois pas à éliminer les nuisances. «L’Agence a déterminé les mesures d’atténuation clés et les mesures de suivi nécessaires afin d’éviter les effets environnementaux négatifs et importants en tenant compte des mesures proposées par le promoteur, de l’avis des autorités gouvernementales ainsi que des commentaires reçus des Premières Nations et du public. Cependant, l’ensemble de ces mesures ne permettraient pas d’atténuer suffisamment les effets potentiels du projet pour rendre les effets résiduels non importants.»

Soulignons que le ministère de l’Environnement du Québec collabore aux travaux de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. 

610 mètres

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada résume ainsi le projet du port de Québec :  «L’Administration portuaire de Québec [le promoteur] propose de prolonger la ligne du quai actuel vers l’est de 610 mètres de manière à exploiter un terminal en eau profonde dédié à la marchandise générale conteneurisée. Le projet d'une superficie de 31,7 hectares comprendrait la construction d’un nouveau poste à quai et d’une digue de retenue qui permettrait l’aménagement d’un espace additionnel de 17 hectares en arrière-quai. Le projet prévoit aussi la construction de voies ferrées et d’accès routiers, la reconfiguration de deux émissaires et du boulevard Henri-Bourassa avec l’ajout d’un viaduc ainsi que le réaménagement d’une partie des terrains actuels du port de Québec pour le chargement des camions et la relocalisation d’une partie de la zone récréotouristique pour l’aménagement de la zone de soutien aux opérations et de l’entreposage des conteneurs vides.» 

L’Agence invite maintenant la population à commenter son rapport préliminaire, d’ici au 16 décembre, en visitant ce site Web : https://iaac-aeic.gc.ca/050/evaluations/proj/80107?culture=fr-CA

Le site Internet mis en ligne par le port de Québec : https://www.laurentia.ca/

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LE PORT TOUJOURS CONVAINCU

L’Administration portuaire de Québec ne «partage pas plusieurs des observations» de l’Agence d’impact du Canada et entend faire la démonstration que le terminal de conteneurs Laurentia «peut être réalisé de manière respectueuse pour l’environnement».

Dans une déclaration écrite, le port soutient que le rapport provisoire de l’Agence est fondé sur des données datant de septembre et d’avant. Mais que le projet a parcouru beaucoup de chemin au cours des deux mois suivants.

«Depuis septembre, le port de Québec a poursuivi son travail en collaboration avec Pêches et Océans Canada et le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, afin de trouver des solutions aux impacts du projet dans le respect du cadre légal, et compte poursuivre en ce sens dans les semaines et mois qui viennent», apprend-on dans la note transmise aux journalistes.

«Le rapport ne semble pas tenir compte en sus des nombreuses propositions de projets et de mesures soumises par le port de Québec afin de limiter ou compenser certains impacts du projet Laurentia sur l’environnement.»

Le port entend faire la démonstration de ses assertions au cours des consultations qui précéderont la publication du rapport final de l’Agence.

«D'IMPORTANTES QUESTIONS QUI DEVRONT TROUVER RÉPONSE» — Duclos

«Le rapport préliminaire soulève d’importantes questions qui devront trouver réponse», lit-on dans une déclaration écrite transmise par le cabinet du président du Conseil du Trésor et député fédéral de Québec, Jean-Yves Duclos. «Nous le disons depuis le jour 1, en 2020, l’environnement, ce n’est pas un détail ou une distraction et ce projet, comme tous les autres de cette nature, doit passer le test de l’évaluation environnementale.»

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«AUCUNE AUTORISATION GOUVERNEMENTALE NI ARGENT PUBLIC» — SOS Port de Québec

Une coalition de groupes de citoyens, d’environnementalistes, réunis sous l’étendard SOS Port de Québec demande au gouvernement fédéral de bloquer le projet expansionniste de terminal de conteneurs.

«Aucune autorisation gouvernementale ni argent public ne doit avaliser le projet Laurentia», décochent-ils dans un communiqué publié lundi. «Le rapport provisoire de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada a exposé les nombreuses failles sociales, environnementales et économiques du projet Laurentia. Si le projet voit le jour, il entraînerait des impacts négatifs importants sur les résident-es et l’environnement de Québec.»

«Les groupes membres de la coalition indiquent qu’ils vont faire pression auprès des gouvernements provincial et fédéral dans les prochaines semaines.»

La coalition SOS Port de Québec unit Nature Québec, l’Initiation citoyenne de vigilance du Port de Québec, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), Eau Secours, Accès Saint-Laurent Beauport, Équiterre et Transition Capitale-Nationale.