Les opposants à la construction de 70 condominiums sur une partie du cimetière Saint-Patrick dans Sillery soutiennent que l'ampleur du projet immobilier en question empêche la conservation du boisé.

Projet de condos Woodfield dans Sillery: les opposants se disent trahis

En dépit des promesses de protection du boisé, les opposants au projet de condos Woodfield sur les terres patrimoniales de Sillery se sentent trahis par le feu vert du ministre Maka Kotto.
Le ministre québécois de la Culture a donné l'autorisation au promoteur Bilodeau Immobilier de construire 70 condominiums sur une partie du cimetière Saint-Patrick dans Sillery. Cette permission découle d'un engagement envers la protection du boisé, a fait valoir Maka Kotto.
«Il y a un vraiment un sentiment de trahison», lance néanmoins la présidente d'Héritage Québec, Johanne Elsener. «Les documents directeurs qu'on nous a présentés allaient tous dans le sens de la préservation de ce boisé-là», déplore-t-elle.
Le ministre de la Culture dit avoir obtenu l'assurance que le boisé sera maintenu. Sauf que les opposants au projet ne le croient pas. Depuis des semaines, ils ont exigé du ministère d'avoir une copie du certificat d'implantation du promoteur. En vain. Les partisans de la conservation patrimoniale des terres à Sillery ont donc imaginé le gabarit d'un complexe résidentiel de 70 condos, en se basant sur des édifices environnants.
Arbres centenaires
Le fruit de cette hypothèse de réflexion a été présenté vendredi aux médias. Selon Johanne Elsener, il apparaît évident que le projet de condos empiétera sur le boisé du cimetière Saint-Patrick. «On aimerait bien être rassurés, mais quand on fait une extrapolation à partir de l'information qu'on a, on ne voit pas comment les deux sont compatibles», avance la présidente d'Héritage Québec. «À partir des données qu'on a et des extrapolations auxquelles on arrive, vous voyez bien qu'il est impossible de préserver ce boisé-là comme écran visuel.»
Le professeur en sciences forestières de l'Université Laval Jean Bousquet dénonce pour sa part le traitement réservé aux arbres centenaires du boisé. «Le nouveau vocabulaire du promoteur Bilodeau, c'est : il va falloir en déplacer quelques-uns. Ça veut dire quoi maintenant? Le mot abattre des arbres est rendu le mot déplacer des arbres», plaide-t-il. «Les quatre érables qui sont là, ce sont parmi les érables les plus imposants qu'on a au Québec.»
L'ampleur du projet empêche la conservation du boisé, dénonce aussi le professeur de l'Université Laval. «On va enclaver un cimetière jardin dans un site patrimonial unique en Amérique du Nord», dit Jean Bousquet.
Le conseiller municipal de Saint-Louis-Sillery, Paul Shoiry, s'est rangé derrière le groupe de contestataires. «Je comprends très bien les citoyens. C'est très décevant. Ça envoie un message contraire à ce qui a été annoncé en décembre», a fait valoir le chef de l'opposition à l'hôtel de ville.
Paul Shoiry ne comprend pas la décision du ministre Kotto d'autoriser un tel projet dans un site historique. «Le premier geste posé est un geste qui vise la destruction d'une partie d'un boisé important, qui vise à amputer le site patrimonial à protéger.»
La Société d'histoire de Sillery, la Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery et le conseil de quartier ont tous déploré le verdict ministériel. Selon le ministère de la Culture, le promoteur aurait répondu à toutes les exigences, dont celle de préserver le boisé. Le développement immobilier se ferait également sous une supervision stricte du ministère.
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Soutien de militants péquistes
L'exécutif du Parti québécois dans Jean-Talon demande au ministre de la Culture, Maka Kotto, de refaire ses devoirs. Une résolution adoptée dans les derniers jours par les militants péquistes demande aux autorités concernées de considérer la possibilité de déménager le projet Woodfield ou de dénicher des solutions de rechange qui permettraient de protéger le boisé du cimetière Saint-Patrick. Le président de l'exécutif, Clément Laberge, n'a pas voulu se prononcer dimanche sur la valeur du projet de condos de Bilodeau Immobilier. «On pense qu'il faut considérer des solutions de relocalisation», a-t-il dit simplement.