Des spécimens d'agrile du frêne récoltés dans un piège à Québec

Progression «fulgurante» de l’agrile du frêne à Québec [VIDÉO+PHOTOS]

L’agrile du frêne, cette espèce envahissante, «a progressé à une vitesse fulgurante, exceptionnelle en 2019», a annoncé la conseillère municipale Suzanne Verreau, jeudi matin. Pas moins de 32 des 35 quartiers de Québec sont maintenant touchés, alors qu’ils n’étaient que 17 l’année dernière

La Ville, qui avait déjà un plan pour gérer cette «invasion», entend maintenant augmenter la cadence. Elle procédera à 1000 abattages de frênes d’ici la fin de l’année, évaluera la possibilité d’en couper 1000 autres, et accélérera ses plantations de remplacement. La Ville continuera aussi de traiter une partie de ses frênes avec un insecticide, le TreeAzin.

«Ce combat contre l’agrile, on savait d’avance qu’il était perdu», a déploré Mme Verreault lors d’une conférence de presse. Petit insecte vert métallique de moins de 1 cm de long, l’agrile du frêne est originaire d’Asie et a été introduit en Amérique vers la fin des années 90. L’insecte pond ses œufs juste sous l’écorce, où ses larves se nourrissent du phloème, soit la partie de l’arbre où la sève circule. Éventuellement, la circulation devient impossible et l’arbre meurt — dans 100 % des cas et en seulement quelques années, puisque les frênes américains sont sans défense face à cet insecte. Des centaines de millions ont péri depuis son introduction sur le continent, et l’envahisseur a été détecté pour la première fois à Québec à l’été 2016, dans le quartier Montcalm.

Dans les secteurs centraux de Québec, l’infestation a atteint un stade dit «épidémique». Curieusement, il a aussi atteint ce stade à Cap-Rouge, signe que l’insecte a possiblement été introduit dans la région non pas une, mais deux fois. «C’est sûr que la détection de l’agrile du frêne, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais c’est clair que ça signifie qu’on a probablement eu deux points d’entrée séparés, sinon ça [les stades d’infestation] aurait été une continuité. Il y a fort à parier qu’on a affaire à deux arrivées différentes qui sont survenues à peu près en même temps», a indiqué le conseiller en environnement à la Ville de Québec Jérôme Picard.

Près de 11 000 frênes publics en bordure de rue sont présents dans les quartiers touchés. Ce sont les plus apparents, mais les dégâts à venir seront bien plus élevés : on compte environ 26 000 frênes sur des terrains privés à Québec, ainsi que 173 000 dans des boisés municipaux et privés.

À cet égard, Mme Verreault rappelle aux citoyens qu’il n’y a pas seulement des enjeux esthétiques et des coûts pour ceux qui ont des arbres infestés sur leurs terrains. «Il y a des enjeux de sécurité qui sont importants aussi, parce qu’un frêne fragilisé est un frêne qui peut être dangereux», dit-elle.

Il n’est pas question pour l’instant d’obliger les propriétaires de frênes infestés à abattre leurs arbres, comme c’est le cas avec la maladie hollandaise de l’orme. «Personne ne désire garder un arbre mort longtemps sur son terrain, alors je pense que les gens vont agir d’eux-mêmes, dit M. Picard. Ce qu’on tente de faire, c’est de souligner le fait que même s’il y a un décalage [entre l’infestation d’un arbre, l’apparition de signes visuels et sa mort, ndlr], les gens doivent tout de suite s’en préoccuper. Il faut le faire avant que l’arbre ne meurent et ne crée des dangers pour le propriétaire du terrain lui-même, mais aussi pour le professionnel qui va faire les travaux d’arboriculture dessus. Et qui dit «danger» dit aussi «coûts plus élevés à l’abattage», alors c’est pour ça qu’on dit aux gens de réfléchir tout de suite à ce qu’ils veulent faire avec leurs frênes.»

Notons que les traitements au TreeAzin consistent à injecter un insecticide dans l’arbre, afin de tuer le protéger contre l’agrile. Il faut cependant commencer ces traitements assez tôt et comprendre qu’ils devront être repris souvent (aux 1 ou 2 ans) pour toujours par la suite.

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COMMENT RECONNAÎTRE UN FRÊNE 

  • Les feuilles. Chez le frêne, elles ont deux caractéristiques faciles à observer. D’abord, il s’agit de feuilles dites «composées» : au lieu d’avoir une tige qui mène à une feuille unique, la tige se divise pour déboucher sur plusieurs «petites feuilles», nommées folioles (de 5 à 11 selon l’essence). Ensuite, ces folioles sont dites «opposées», ce qui signifie que les folioles poussent en paires opposées partant d’un même point de la tige. La plupart des autres arbres à feuilles composées ont des folioles «alternes», qui partent de la tige une à une.
  • L’écorce. Chez les frênes matures, elle est grise et forme des motifs ressemblant à des losanges.

Comment savoir qu’un frêne est attaqué par l’agrile

Signes généraux de stress :

  • apparition de «gourmands», soit des pousses minces qui sortent du tronc
  • feuillage clairsemé (surtout à la cime, puisque l’insecte «consomme» l’arbre du haut vers le bas)
  • ce sont là des signes génériques de stress qui peuvent être causés par d’autres choses que l’agrile

Signes plus particuliers à l’agrile

  • trous en forme de «D» que l’insecte laisse derrière lui quand il a fini de se développer et qu’il sort de l’arbre. Ces trous n’ont toutefois que 1 à 2 mm de diamètre.
  • galeries sinueuses qui serpentent sous l’écorce, et que les larves creusent en se nourrissant.
Un frêne condamné à l'abattage
Un piège suspendu dans un frêne
La conseillère municipale Suzanne Verreau