Malgré le travail réalisé 24 heures sur 24 depuis cinq jours, le bouchon que représente l’embâcle était encore trop important pour permettre aux sinistrés de regagner leurs domiciles.

Progrès à pas de tortue sur la Saint-Charles

La pelle-grenouille avance à pas de tortue et les quelques 70 sinistrés du quartier Duberger sont toujours contraints de vivre à l’extérieur de leurs maisons. Priorité sécurité, plaide la Ville de Québec, qui ne peut écarter la possibilité d’une nouvelle inondation à ce stade-ci.

L’embâcle de 800 mètres de long qui s’est formé samedi sur la rivière Saint-Charles, à la hauteur du pont du boulevard Père-Lelièvre, en fait encore plus de 500. À 15h jeudi, environ 240 mètres de glaces avaient été démantelés grâce au travail combiné de la «pelle-araignée» et de cette fameuse «pelle grenouille», qui a pris la relève mercredi.  

Malgré le travail réalisé 24 heures sur 24 depuis cinq jours, le bouchon que représente l’embâcle était encore trop important pour permettre aux sinistrés de regagner leurs domiciles. Seules des visites ont été autorisées jeudi pour les citoyens et les travailleurs dûment accrédités. Les autorités ont démontré de l’empathie, mais ont martelé que c’est la santé des résidents qui doit primer.

«Pour moi, ça va être une zone sécurisée quand je vais être certain qu’on ne revivra pas ce qu’on vit présentement», a tranché d’un ton catégorique Michel Therrien, coordonnateur de la Sécurité publique à la Ville de Québec, jeudi, lors d’un point de presse.

Et il faudra du temps, à en croire les chiffres avancés par la Ville. Entre 11h et 15h, ce n’est qu’une vingtaine de mètres de glaces qui ont été retirées. 

Le fait que l’inondation se soit produite en ville complique les choses, a soulevé M. Therrien. «La grenouille pourrait aller beaucoup plus vite. Il faut surtout qu’elle n’envoie pas trop de glaces en même temps. […] Dans le contexte urbain qu’on est présentement, avec le pont, elle ne peut pas aller plus vite que les équipements qui récupèrent les glaces.» Le but est toujours d’éviter de causer un problème en aval du présent embâcle.

À savoir si la pelle-grenouille, une pelle flottante qui permet de s’attaquer directement aux glaces depuis l’eau, aurait pu être utilisée dès le début des travaux, M. Therrien a assuré que non. «Le débit de la rivière» était trop fort, a-t-il insisté, se défendant d’avoir attendu au troisième jour de la catastrophe, soit lundi, avant d’en faire la commande.  

L’interrogation soulevée dans Le Soleil de jeudi matin s’est rendue jusqu’au maire de Québec, Régis Labeaume. «On l’a demandée aussitôt qu’on a eu de besoin. Il n’y en a pas de problème», a-t-il déclaré. Il a assimilé à un «vice d’interprétation» l’impression que l’équipement a été demandé en renfort tardivement. 

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«Ça va coûter cher»

Le maire a profité de son intervention sur les inondations pour s’adresser directement aux sinistrés. «On comprend les gens de vouloir rentrer dans leurs maisons. Je les comprends. On les accompagne. […] Ils ne comprennent pas qu’ils ne peuvent pas se rendre [dans leurs maisons]. Notre travail c’est d’assurer la sécurité.» Il a aussi admis que le sinistre coûterait cher. «On est à 300 000 $ d’engagés», a-t-il mentionné.

En ce qui concerne les dégâts pour les résidents, il était encore trop tôt pour faire un bilan, jeudi. Un expert en sinistre rencontré par Le Soleil a expliqué que les dégâts variaient selon les maisons. Il avait jusqu’ici observé de deux à six pieds d’eau dans les sous-sols, du mobilier déplacé, de la boue et des murs imbibés.

Labeaume manque de leadership, dit Gosselin

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Jean-François Gosselin, accuse le maire Régis Labeaume de manquer de leadership dans le dossier des inondations du quartier Duberger. «Il aurait dû être sur le terrain dimanche matin.» M. Gosselin était sur les lieux du débordement, jeudi après-midi, afin d’écorcher le maire directement, croyant qu’il serait présent au point de presse tenu à 15h par les différents services d’urgence. 

Malheureusement pour lui, M. Labeaume n’avait pas prévu une telle visite, étant notamment en compagnie du premier ministre Justin Trudeau en avant-midi. Le chef de Québec 21 s’est tout de même adressé aux médias, taxant le maire d’avoir tardé à mettre ses bottes de terrain. 

«Ce que je reproche à Régis Labeaume, c’est son manque de leadership depuis le début. […] Dimanche matin, M. Labeaume aurait dû être ici.» M. Gosselin a dit ne pas s’être présenté lui-même dimanche matin car il attendait de voir la réaction du maire. Il a aussi affirmé que son collègue Stevens Mélançon s’était rendu à Beauport dimanche, où des riverains de la rivière Montmorency avaient été inondés vendredi. 

M. Gosselin s’est rendu dans Duberger lundi matin. M. Labeaume s’est quant à lui présenté lundi, en compagnie du ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux, et mercredi.  

L’inondation en chiffres…

700

Voyages de glaces par camion, à 15h jeudi

10

Tonnes de glace par voyage 

47 

Résidences évacuées

300 000 $ 

Sommes engagées jusqu’à présent par la Ville de Québec, à 11h jeudi

800 mètres

Longueur estimée de l’embâcle qui s’est formé samedi