Alexandre Turgeon accorde aussi un «A» à Gilles Lehouillier (photo) pour la livraison de nouveaux espaces publics et le développement du réseau cyclable. «Mais développement immobilier, ça craint à Lévis, il n’y a rien d’inspirant là.»

Prix d’urbanisme à Gilles Lehouillier: «pathétique», dénonce un environnementaliste

Un développement immobilier débridé et une «densification cheap» devraient priver le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, du prix d’urbanisme Jean-Paul-L’Allier, croit le directeur général du Conseil régional de l’environnement (CRE) de la Capitale-Nationale.

Alexandre Turgeon est reconnu pour dire tout haut ce qu’il pense. Il n’a pas fait exception après la remise du prix Jean-Paul-L’Allier par l’Ordre des urbanistes du Québec. M. Turgeon a contacté Le Soleil pour s’indigner de la récompense accordée au maire de Lévis trois jours après les élections municipales.

«Je trouve ça pathétique. S’ils ne sont plus capables de trouver des candidats de qualité, ben arrêtez de remettre ce prix-là ou trouvez des bonnes raisons de le remettre. Tu ne peux pas féliciter des villes qui sont des exemples patents d’étalement urbain, de ségrégation des fonctions et de développement autour du réseau autoroutier ou des routes à numéro du ministère des Transports», a exposé le dg du CRE. 

«Lehouillier, non seulement il pousse pour que son développement se fasse sur le dos des gouvernements supérieurs, mais en plus il fait des crisettes depuis six mois parce que le MTQ (ministère des Transports du Québec) et le fédéral n’acceptent pas de financer ses folies», a-t-il poursuivi, en référence notamment au viaduc de Saint-Rédempteur que Lévis paiera elle-même. 

M. Turgeon raconte que la Ville de Lévis le fournit en mauvais exemples urbanistiques. Dans ses présentations, il parle et montre notamment des condos en forme de «faux mini châteaux» sur la rue Gaston-Miron. «Des bâtiments de trois étages, tous pareils, entourés de stationnements. Sur le plan architectural, c’est super laid», décrit le formateur. «C’est de la mauvaise densité, de la densité cheap, de la densité sans avantage. Quand tu fais de la densité et que tu es quand même dépendant de ton automobile, que tu n’as pas d’espace libre intéressant à partager avec les autres copropriétaires, à quoi ça sert?» demande-t-il. 

L’Ordre des urbanistes du Québec a plutôt appuyé sa décision sur de grands aménagements publics : l’accessibilité au fleuve Saint-Laurent, les grands parcs urbains dont le parc de la rivière Etchemin et le parc régional de la Pointe-De la Martinière, l’interconnexion des réseaux cyclables entre les différents quartiers de la ville ainsi que la reconstruction du Quai Paquet avec l’ajout de la plus puissante fontaine d’eau au Canada. 

M. Turgeon accorde aussi un «A» à Gilles Lehouillier pour la livraison de nouveaux espaces publics et le développement du réseau cyclable. «Mais développement immobilier, ça craint à Lévis, il n’y a rien d’inspirant là.»

Parti pris apprécié

Au Conseil régional de l’environnement de Chaudière-Appalaches, le directeur général Martin Vaillancourt apprécie le parti pris de l’administration Lehouillier pour les transports actifs alors que des pistes cyclables et des trottoirs sont ajoutés et même déneigés de plus en plus. «Il y a un souci de rendre la ville agréable pour d’autres clientèles que les automobilistes», croit-il. 

Cela dit, «comme plusieurs citoyens, on a un désir de voir une amélioration de l’offre de transport en commun», ajoute M. Vaillancourt. Ce dernier espère aussi le développement d’une «vision globale» pour une ville qu’il considère relativement jeune. Mais selon lui, «plusieurs dossiers ont bien progressé dans les dernières années». 

La directrice générale de l’Ordre des urbanistes du Québec, Karina Verdon, refuse quant à elle de commenter un dossier précis et se contente d’expliquer qu’un jury composé de trois urbanistes examine les candidatures soumises et fait une recommandation au conseil d’administration. «Ce n’est pas exclusivement des réalisations qu’ils regardent, mais un leadership, une démarche», fait-elle valoir.