Le député caquiste sortant de La Peltrie, Éric Caire, admet avoir «peut-être» commis une erreur en acceptant un prêt du maire Émile Loranger.

Prêt du maire Loranger: Caire s’en remet au jugement des électeurs

Le député caquiste Éric Caire convient qu’il a «peut-être» commis une erreur en acceptant un prêt personnel de 55 000 $ de la part du maire de L’Ancienne-­Lorette pour acquérir une maison dans cette municipalité. Mais il assure que le dossier est clos et entend poursuivre sa carrière politique.

Le maire Émile Loranger a octroyé les fonds au député de La Peltrie et à son ex-conjointe, Marie-Ève Lemay, en 2017. Celle-ci était alors cheffe de cabinet pour le maire.

En conférence de presse, mercredi matin, Éric Caire s’est défendu d’avoir mal agi. «Est-ce que c’était une erreur, peut-être. [Mais] à ce moment, ma situation personnelle était très difficile.»

Le couple avait fait une offre d’achat sur une résidence de L’Ancienne-­Lorette. Sauf qu’ils se sont quittés avant la transaction finale. Se retrouvant avec deux maisons à financer, ils manquaient de fonds, affirme-t-il. 

«Le prêt de M. Loranger visait à aider mon ex-conjointe. Le patron de Marie-Ève a offert d’aider.»

«Tout cela s’est déroulé dans un contexte familial très particulier. Au moment où ça s’est passé, il n’y avait ni recul ni distance», poursuit-il. Émotif, le député dit avoir voulu assurer une transition la plus harmonieuse possible pour ses quatre enfants.

Position délicate

Le prêt plaçait néanmoins Éric Caire dans une position délicate. En avril, la Commissaire à l’éthique et à la déontologie du Québec, Ariane Mignolet, l’a d’ailleurs enjoint de rembourser rapidement. «Considérant que M. Loranger est représentant d’une municipalité qui fait partie de la circonscription de La Peltrie […] ce prêt à titre personnel vous place dans une situation de conflit d’intérêts potentiel. […] Je vous demande de mettre fin à cette situation.»

M. Caire assure avoir remis l’argent à Émile Loranger sans délai. Il évalue donc pouvoir poursuivre la campagne électorale.

«La Commissaire à l’éthique […] dit que c’est un dossier clos», plaide-t-il. «Il n’y a pas eu de facto de conflit d’intérêts; je n’ai pas été impliqué dans un dossier qui m’a placé en conflit d’intérêts. […] À partir de là, du moment que la Commissaire à l’éthique me dit que tout est beau et qu’il n’y a pas d’autres suites à donner, je pense, oui, que le dossier est clos.»

Il remet donc maintenant son avenir entre les mains des personnes qui se présenteront dans les bureaux de vote à l’issue de la campagne électorale. «Ce que je peux dire à mes électeurs, ce que je peux jurer à mes électeurs, c’est que je n’ai jamais été en conflit d’intérêts. Que cette situation est réglée. Et à partir de là, je m’en remets effectivement à leur jugement le 1er octobre pour savoir s’ils me jugent encore digne d’être leur député à l’Assemblée nationale ou non.»

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LE PARDON CONSENTI PAR LEGAULT CRITIQUÉ

SAINT-GEORGES-DE-BEAUCE — Comme chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a une «tolérance zéro» pour la corruption dans l’octroi de contrats. Il peut, en revanche, tolérer une «apparence de conflit d’intérêts» comme celle dans laquelle s’est retrouvé son député Éric Caire, qu’il garde dans ses rangs parce que l’«erreur» a été réparée.

Le chef a accordé mercredi son absolution inconditionnelle à l’élu de La Peltrie qui avait accepté, avec son ex-conjointe, un prêt personnel de 55 000 $ du maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger. Cette propension à passer l’éponge a été critiquée par le chef péquiste Jean-François Lisée et le ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Celui qui avait promis une politique de «tolérance zéro» en matière d’intégrité a offert sa définition du terme quand les journalistes lui ont demandé d’expliquer où il traçait la ligne. «L’intégrité, c’est de profiter d’un poste au gouvernement pour donner des contrats à des petits amis. [...] Je pense qu’on mélange pas mal les choses», a-t-il argué.

Et dans le cas du député Caire, «il n’y a pas eu de corruption», mais le cas d’«un ami qui lui a fait un prêt», une «erreur» corrigée par l’élu caquiste qui a «remboursé le prêt», a soutenu François Legault. «Il n’y a pas eu de corruption, là. [...] Quand on reçoit du financement politique et qu’en échange, on donne des contrats du gouvernement, ça, c’est de la corruption», a-t-il tranché.

Réputé pour ses attaques frontales sur les questions d’éthique contre les autres partis, le député de La Peltrie n’a pas demandé l’avis de la commissaire à l’éthique et à la déontologie avant d’encaisser l’argent du maire de la municipalité qui fait partie de la circonscription qu’il représente à l’Assemblée nationale.

Il a cependant été prévenu par la commissaire en avril dernier que le prêt le plaçait dans une situation de conflit d’intérêts potentiel. Le chef caquiste en a été informé par son député et il a choisi de ne pas rendre cette information publique «parce que c’était réglé» et que l’«erreur, là, dans le fond, n’est pas une question de corruption ou une question d’éthique».

Le leader a offert ces arguments à Montmagny, après avoir vu cette nouvelle tuile s’abattre sur lui moins de 24 heures après la surprenante défection du président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec. 

L’arroseur arrosé

Péquistes et libéraux ont fait leurs choux gras de cette affaire.

Des deux pardons du chef caquiste, celui consenti au député sortant de La Peltrie est «un peu plus grave» que celui auquel a eu droit Stéphane Le Bouyonnec, a avancé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

«M. Legault avait dit que ce serait, sur l’éthique, tolérance zéro. [...] Alors je demande à M. Legault : qu’est-ce que ça veut dire, zéro tolérance sur la question de l’intégrité à la CAQ? Parce ce que pour l’instant, ça ne veut rien dire», a-t-il tranché.

Surtout qu’Éric Caire, «c’est celui qu’on a nommé le shérif de l’éthique de la CAQ; c’est celui qui donnait des leçons à tout le monde», a tenu à souligner le leader du PQ en mêlée de presse à Bécancour.

Le ministre sortant de la Santé, Gaétan Barrette, ne s’est toutefois pas fait prier pour y réagir. Il s’est dit sensible au contexte entourant le prêt contracté — une rupture dans le couple du député caquiste — mais il est d’avis que cela ne justifie pas que le chef caquiste passe l’éponge pour autant.

En entrevue téléphonique mercredi après-midi, il a accusé François Legault d’avoir une tolérance zéro «élastique». Il l’a appelé à prendre ses responsabilités, sans préciser s’il entendait par là qu’Éric Caire devrait être évincé.

À Québec

Le candidat libéral dans Jean-Talon, Sébastien Proulx, qui connaît personnellement M. Caire depuis de nombreuses années, soutient que son parti n’a pas l’intention de faire campagne contre lui. «Il fait face à la musique. Les gens jugeront de cela.»

M. Proulx croit toutefois que cette histoire de prêt d’argent doit servir d’exemple à tous ceux qui se lancent en politique. «Il y a des leçons à tirer de tout ça. On a tous l’objectif de s’engager, mais il faut avoir la capacité de réaliser ce qu’on veut faire et se retrouver dans un environnement où on est capable de faire nos représentations, surtout quand de temps à autre, on reproche aux autres, des choses similaires.»

Un adversaire d’Éric Caire dans La Peltrie, le libéral Stéphane Lacasse, croit que cette situation «soulève une question d’éthique», mais il n’a pas l’intention d’utiliser cet argument dans sa campagne. «Je veux pas faire un acharnement là-dessus […] On veut faire de la politique positive.»  La Presse canadienne  (Avec Patricia Cloutier)