À la demande de Véronique Lalande (photo) et de son conjoint Louis Duchesne, le couple à l’origine du recours, la cour ordonne au pdg du Port de Québec. Mario Girard, qu’il soit présent pour témoigner.

Poussière rouge: le pdg du Port de Québec sera interrogé

Le pdg du Port de Québec Mario Girard pourra être interrogé par les avocats des citoyens lors du procès sur les dommages liés à la poussière rouge.

Après avoir passé cinq ans à nier toute faute, la Compagnie Arrimage Québec a admis en mars dernier être responsable de l’épisode de poussière rouge qui a recouvert le quartier Vieux-Limoilou dans la nuit du 25 au 26 octobre 2012. Le nuage de poussière d’oxyde de fer émanait de ses installations, dans le secteur Beauport du Port de Québec. Cette nuit-là, l’entreprise faisait le déchargement de minerais de fer du navire Mare Tracer.

Un procès civil en recours collectif se tiendra tout de même à partir du 15 octobre au palais de justice de Québec pour déterminer l’ampleur des dommages et qui doit être indemnisé.

Les avocats représentant le couple à l’origine du recours, Véronique Lalande et Louis Duchesne, veulent amener à la barre des témoins le pdg du port Mario Girard, en poste depuis janvier 2011.

Ils veulent notamment le questionner sur des courriels et une lettre écrits par Girard quelques jours après l’événement, en pleine gestion de crise.

Le pdg du Port précise aux membres de son conseil d’administration qu’il n’y aurait pas de danger pour la santé, à l’heure actuelle, mais évoque les «forts désagréments» causés par le nuage de poussière qui s’est répandu sur un «assez grand périmètre dans Limoilou».

Dans une lettre au dirigeant de la Compagnie Arrimage Québec, Mario Girard précise que la poussière s’est répandue sur «plusieurs kilomètres dans l’une des zones résidentielles du quartier Limoilou».

L’avocat du Port de Québec, Me Vincent Rochette, s’opposait à cette demande de témoignage, plaidant que Mario Girard n’aurait absolument rien de pertinent à dire sur le sujet. Le pdg n’a pas lui-même constaté l’ampleur du territoire couvert par la poussière, dit-il.

L’avocat proposait que les citoyens soumettent des questions écrites à Mario Girard. L’agenda automnal très chargé du pdg ne serait ainsi pas bouleversé, ajoute Me Rochette.

La règle, c’est le témoignage à la cour, a répliqué Me François Pinard-Thériault, un des avocats des citoyens. «Les citoyens vont venir témoigner ici, vont prendre leur courage à deux mains, vont justifier leur absence à leur employeur», insiste-t-il. «Et M. Girard, payé à temps plein, [salaire annuel de 407 000 $, NDLR] pourquoi il ne veut pas venir?»

Le juge Pierre Ouellet de la Cour supérieure a ordonné que Mario Girard soit présent pour témoigner, à une date déterminée à l’avance. Il ne sera interrogé que sur le contenu des courriels évoqués.

«On ne transformera pas le procès en commission d’enquête», a prévenu le juge Ouellet. «Ça n’ouvre pas une brèche où on pourrait interroger Mario Girard sur toutes les opérations du bord dans les années antérieures et postérieures.»

Des citoyens, des vidéos

Après un long débat, les parties ont convenu qu’elles auraient chacune le droit de faire entendre un maximum de 25 citoyens du Vieux-Limoilou qui viendront expliquer les dommages subis lors de l’épisode de poussière rouge.

Les avocats représentant Arrimage Québec et le Port ont laissé entendre que lors des interrogatoires au préalable, certains citoyens ont dit n’avoir jamais vu de poussière rouge.

Les avocats du recours collectif ont l’intention de faire visionner en salle d’audience des extraits de vidéos montrant les opérations de déchargement au Port de Québec.

Plusieurs experts seront entendus lors de ce procès, qui durera au minimum quatre semaines.

En parallèle à ce premier recours chemine un second recours collectif qui couvre une période allant d’octobre 2010 à aujourd’hui. Avec ce second recours, le couple Lalande-Duchesne veut démontrer que les activités de transbordement de la Compagnie d’arrimage de Québec génèrent des quantités importantes de poussières et de contaminants, comme le nickel, et que les citoyens des alentours, exposés, méritent d’être indemnisés.