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Le statut patrimonial du domaine Cataraqui a été reconnu par l’État en 1975.
Le statut patrimonial du domaine Cataraqui a été reconnu par l’État en 1975.

Pourquoi une route de gravier dans le gazon du domaine Cataraqui?

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
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Le patrimonial domaine Cataraqui du secteur Sillery est balafré. Une route de gravier a été aménagée sur le grand gazon surplombant la falaise et le fleuve. De la machinerie attend de se mettre au travail. Des clôtures ont été dressées. Des arbres, dont un géant, ont été terrassés. Que se passe-t-il?

VISITEUSE INTRIGUÉE

Une lectrice du Soleil nous a écrit : «Pourquoi ce chantier et surtout pourquoi fendre en deux ce magnifique terrain? Est-ce qu’on y prévoit un aménagement?» demande Yolande Chatillon.

Jointes à sa missive électronique, de nombreuses photos. Nous y voyons une immense souche et une pelle rétrocaveuse construisant le nouveau chemin de pierres concassées.

Avant de nous interpeller, Mme Chatillon avait fouiné sur le Web. Elle y avait notamment lu que la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) procède, ce printemps, au tronçonnage d’arbres jugés trop mal-en-point. Cela n’explique cependant pas tout. «Je comprends qu’il y a des travaux de coupe sélective d’arbres morts ou malades au domaine Cataraqui, mais pouvez-vous me dire ce qui se passe?»

La Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) procède, ce printemps, au tronçonnage d’arbres jugés trop mal-en-point. Cela n’explique cependant pas tout.

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EXPLICATION POUR CERTAINS ARBRES COUPÉS

En arrivant au domaine Cataraqui, les marcheurs sont accueillis par une affiche : «Un certain nombre d’arbres de ce boisé sont morts ou malades, ou encore représentent un danger en cas de forts vents. Dans un souci de sécurité et en cohérence avec la stratégie de gestion de cette forêt urbaine, la Commission de la capitale nationale doit procéder à une coupe sélective des arbres marqués par un point orange. […] Des plantations ont été effectuées dans ce parc préalablement à ces coupes.»

Voici donc pourquoi les bûches au sol et les souches tailladées.

Pendant le chantier, l’accès aux marcheurs sera interdit.

Mais qu’en est-il de la route tracée dans le grand terrain face à la Villa Cataraqui? Stéphane Desmeules, coordonnateur aux communications et à la promotion, note que «la CCNQ collabore à ce projet en rendant disponible l’accès au chantier via les terrains du domaine Cataraqui». Mais qu’il faudra cogner à une autre porte pour connaître le fin mot de l’histoire…

Une route de gravier a été aménagée sur le grand gazon surplombant la falaise et le fleuve.

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EXPLICATION POUR LE CHANTIER ET LES AUTRES ARBRES COUPÉS

C’est à l’Hôtel de Ville que nous avons trouvé matière à compléter notre réponse pour Mme Chatillon, la lectrice.

«Les travaux à proximité du domaine Cataraqui s’inscrivent dans le cadre du projet du sentier des Grands-Domaines-de-Sillery, doté d’un budget de 4,5 millions $ […] dont l’inauguration est prévue à l’été 2022», indique le chef d’équipe aux communications, David O’Brien.

«Le projet vise à relier le parc du Bois-de-Coulonge à la Maison des Jésuites-de-Sillery», rappelle-t-il. «Il s’agit d’un des projets majeurs d’aménagement urbain de la Ville.»

Phase 1

Le terrain de la villa, géré par la CCNQ, sert donc de porte d’accès aux constructeurs du premier tronçon du sentier. «Les travaux de la phase 1 ont débuté le 12 avril dernier et [dureront] jusqu’à l’été 2022. À terme, cette phase permettra de relier le domaine Cataraqui à l’Église de Saint-Michel-de-Sillery.»

«D’ici 2022, dans le cadre de la phase 1, seront implantés :

- un sentier piétonnier qui reliera l’Église de Saint-Michel-de-Sillery au domaine Cataraqui (de l’Est vers l’Ouest);

- un escalier permettant de rejoindre le chemin du Foulon, et ce, à partir du domaine Cataraqui;

- une partie de la piste multifonctionnelle que pourront emprunter autant les cyclistes que les piétons partant du rond-point de la rue du Cardinal-Persico au chemin Saint-Louis.»

Le statut patrimonial du domaine Cataraqui a été reconnu par l’État en 1975.

D’autres arbres coupés

Pour permettre ces aménagements d’une certaine ampleur, la Ville a élagué. «Tous les arbres devant être coupés pour la réalisation du projet l’ont été au cours de l’automne 2020, ce qui inclut les arbres situés dans la falaise où sera construit l’escalier vers le chemin du Foulon», nous apprend David O’Brien. «Au total, 63 arbres ont été coupés en lien avec le projet, dont 29 d’entre eux avaient entre 10 et 15 centimètres de diamètre. Sur ce nombre, 36 étaient des frênes soit 57 % des arbres abattus. Il est aussi possible que s’ajoutent 20 frênes additionnels à couper dans le bas de la falaise en raison de l’agrile du frêne.»

Au fait, pendant le chantier, l’accès aux marcheurs sera interdit. Une question de sécurité, dit-on.

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Pour permettre des aménagements d’une certaine ampleur, la Ville a élagué.

INSCRIT AU REGISTRE DU PATRIMOINE CULTUREL

«Le domaine Cataraqui [du chemin Saint-Louis] est une propriété de notable dont la construction s’est étalée des années 1850 jusqu’aux années 1930», lit-on dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Le domaine compte : une villa néoclassique, plusieurs dépendances (la maison du régisseur, les serres, la remise, le poulailler, le garage, le logement du fermier, l’écurie, la grange-caveau, la glacière et l’atelier) et un terrain, d’une superficie d’environ 11 hectares, aménagé en boisés, jardins, pelouses et pré.

Barons du bois

«[Cette propriété] témoigne de la prospérité économique qui a marqué la première moitié du XIXe siècle à Québec. Durant cette période, les marchands de bois, attirés par le pittoresque des panoramas, implantent de grands domaines sur le promontoire de Sillery, qui domine leurs anses à bois et leurs chantiers navals. Les deux premiers propriétaires de Cataraqui figurent parmi les barons du bois.»

«L’un d’eux est James Bell Forsyth (1802-1869), qui baptise son domaine Cataraqui, nom amérindien de Kingston (Ontario), son lieu de naissance. Il y fait construire une demeure, Cataraqui Cottage.»

«Le bâtiment disparaît en 1850 lorsque Henry Burstall, un autre marchand de bois de Québec, achète la propriété. Pour les plans de sa résidence de style néoclassique, Burstall retient les services de l’architecte Edward Staveley (1795-1872), qui a dessiné de nombreux bâtiments publics et religieux de Québec.»

«La villa est aussi liée à l’histoire politique canadienne. Entre 1860 et 1863, elle devient, en effet, la résidence d’été du gouverneur général du Canada-Uni et accueille des visiteurs illustres comme le prince de Galles.»

Le statut patrimonial du domaine Cataraqui a été reconnu par l’État en 1975. L’année suivante, le gouvernement l’a acquis. «Il est devenu “classé” à l’entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel en 2012.»

Vous en voulez plus? La Ville de Québec consacre cet historique au domaine.