Port de Québec: plus de vrac en 2016, plus de croisières en 2017

Après avoir renoué avec la croissance dans le vrac en 2016, le Port de Québec met le cap sur les croisières pour l'année qui vient et s'attend à défoncer le plafond des 200 000 croisiéristes et membres d'équipage.
Vingt-quatre millions de tonnes de marchandises ont été transbordées l'an dernier sur les quais de la capitale. C'est une hausse de 15 % sur l'année précédente et la fin d'un cycle baissier de trois ans. Mais on est encore loin du record de 33 millions de tonnes de 2012.
Le président-directeur général de l'Administration portuaire de Québec (APQ), Mario Girard, a qualifié de «remarquable» la hausse du tonnage puisque le prix des matières premières tarde à remonter. La croissance est venue principalement du carburant d'avion (jet fuel) et des boulettes de minerai de fer exportées vers l'Asie. Les entreprises IMTT-Québec et Arrimage du Saint-Laurent en ont profité.
L'objectif de transborder 400 000 tonnes de granules de bois à partir de l'anse au Foulon est toutefois loin d'être atteint. Les difficultés rencontrées à l'usine ontarienne du producteur Rentech ont réduit de moitié ses ambitions. M. Girard pense que «les choses devraient commencer à se rétablir» cette année. 
Quant au terminal de carburant d'avion projeté au port de Montréal, son effet ne devrait pas se faire sentir avant plusieurs années. Selon le pdg du Port de Québec, Air Canada, principal client du terminal de vrac liquide du secteur Beauport, a déjà fait savoir qu'il voulait conserver deux sources d'approvisionnement. 
Le pdg, qui faisait le point mardi sur les activités portuaires en marge de la cérémonie soulignant la remise de la canne au pommeau d'or, n'a pas osé prédire la tendance du vrac pour 2017. Il était toutefois en mesure de dire que 200 000 croisiéristes et membres d'équipage sont attendus cette année à Québec. L'ancien record est de 180 000 visiteurs. L'an dernier, il y en a eu un peu plus de 150 000. 
Le pdg ne cache pas que ce sera un défi logistique considérant la capacité limitée des installations actuelles. Avec la venue des Grands voiliers pour le 150e anniversaire du Canada, il n'était toutefois pas question de se lancer dans des travaux majeurs. 
De toute façon, les deux projets de terminaux ne sont pas financés encore. Pour augmenter ses chances de réunir l'argent nécessaire, le Port a décidé de découper le plan de 90 millions $ en trois. Une première phase d'investissement vise des améliorations à court terme pour maintenir la satisfaction des croisiéristes. La deuxième permettrait d'installer un terminal démontable au quai 30, près de la Bungee, pendant la belle saison. Enfin, la troisième phase s'attaquerait au doublement de la superficie du terminal Ross-Gaudreault, qui doit être réaménagé comme un aéroport avec une section pour les arrivées et une autre pour les départs. 
Il n'y a pas d'échéancier associé, mais Mario Girard veut que ce soit complété d'ici 2025, année à laquelle il s'attend à recevoir 400 000 visiteurs par la voie des eaux. 
Dans le dossier du réaménagement du bassin Louise, l'heure est à raffiner les plans des projets d'hôtel et d'édifices de bureaux en attendant un changement aux lettres patentes de l'APQ pour se lancer dans le résidentiel. Il est peu probable qu'un chantier démarre cette année, a reconnu M. Girard. 
Les prochains mois seront plutôt consacrés aux consultations publiques sur l'évaluation environnementale du projet d'agrandissement de 190 millions $ dans le secteur de Beauport. Le grand patron du Port a invité les citoyens à formuler questions et commentaires. 
En attendant, le futur quai multifonctionnel est présenté à des opérateurs potentiels, mais rien de concret n'a encore été discuté. «Il est assez difficile de faire la prospection quand un projet n'a pas encore obtenu un go officiellement. Par contre, l'intérêt pour un port en eau profonde de 16 mètres est indéniable», a indiqué M. Girard. 
Il a par ailleurs souligné à plusieurs reprises que l'APQ a reçu en 2016 deux reconnaissances environnementales, soit le niveau «excellence et leadership» de l'Alliance verte, le programme environnemental de l'industrie maritime canadienne, ainsi que le prix pour les ports de 2016 remis par l'organisation North American Marine Environment Protection Association.
Sols contaminés: l'innovation à la rescousse du Port
Le grand patron du Port de Québec compte sur le développement de nouvelles technologies pour trouver une vocation aux 40 000 mètres cubes de sols contaminés qui continueront de traîner dans le secteur de Beauport malgré l'intégration d'une quantité équivalente de sédiments contaminés à la structure de chaussée du futur quai 54. «L'innovation avance très rapidement dans ce secteur-là. Ce n'est pas un problème unique au port de Québec», a fait remarquer Mario Girard, mardi, en réaction aux articles du Soleil. Même si cela fait des années que les sols contaminés attendent d'être traités ou déplacés, ce dernier s'est félicité de ne pas avoir «shippé ça rapidement en camion un peu partout dans les sites réservés parce que ça veut dire beaucoup de camions, beaucoup de gaz à effet de serre, etc.» «On cherche des solutions comme celle de la solidification et stabilisation [intégration au ciment] qui sont beaucoup plus responsables en termes environnemental», a-t-il fait valoir.
Des hypothèses pour le vrac liquide
Le pdg de l'Administration portuaire de Québec (APQ) ne pense pas que le vrac liquide soit incompatible avec la plage de la baie de Beauport dans le contexte du prolongement de la ligne de quai vers l'est. Mario Girard a répété mardi que le scénario rassemblant des réservoirs de matières dangereuses, du vrac solide et des conteneurs sur le quai multifonctionnel projeté est «hypothétique». De la même façon, «on a choisi les pires scénarios [d'accidents] pour être sûrs que les gens ne mettent pas en doute notre étude d'impact» environnemental, a-t-il insisté. Dans une étude de risques, l'ingénieur expert Jean-Paul Lacoursière recommande qu'il ne se fasse pas de transbordement d'essence et de méthanol, des substances inflammables, quand la plage de la baie de Beauport est occupée en raison des risques d'explosion et de formation de nuages toxiques sur 1,2 kilomètre. «C'est très tôt pour dire si on pourra pas en faire. Si le réservoir était un peu plus petit, si c'était pas le même type de liquide, le taux de transfert plus faible, ce serait un tout autre projet», a insisté M. Girard.