La coopérative de solidarité SABSA prodigue des soins infirmiers et psychosociaux à des clientèles vulnérables des quartiers centraux de Québec.

Plaidoyer de Labeaume en faveur de SABSA et du communautaire

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a livré jeudi un plaidoyer en faveur de la coopérative de solidarité SABSA et des organismes communautaires, qu’il voudrait voir mieux financés par les gouvernements.

Le maire Labeaume a accepté d’être le président d’honneur d’un spectacle-bénéfice qui permettra à SABSA, qui prodigue des soins infirmiers et psychosociaux à des clientèles vulnérables des quartiers centraux de Québec, de poursuivre ses activités. Le spectacle mettant en vedette l’auteure-compositrice-interprète Pascale Picard et les Violons du Roy aura lieu le 12 mai à l’église Saint-Roch. 

Pour rappel, SABSA a une entente avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale qui lui permet de payer les fournitures médicales et le salaire de l’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Isabelle Têtu, et qui lui fournit un travailleur social une journée par semaine. Ce soutien ne correspond toutefois qu’à 20% ou 22% des besoins de financement de la coopérative. 

«Il faut donc aller chercher le reste encore cette année. On est bien parti, on a plus de 234 000 $ d’amassés sur 350 000 $, mais il faut aller chercher les 115 000 $ qui manquent. Cette activité-là va nous permettre de continuer nos activités auprès de près de 2600 patients», a expliqué Isabelle Têtu en conférence de presse, précisant que la coopérative offrait quelque 3600 consultations par année, «une moyenne de 300 par mois». 

Les trois quarts des patients de SABSA ont une situation et un état de santé précaires: «hépatite C, VIH, toxicomanie, problèmes de santé mentale, souvent pas de carte d’assurance maladie, sans médecin de famille dans 64% des cas», a énuméré l’IPS. 

«On pensait que le fait qu’il y ait plus de gens avec un médecin de famille allait avoir un impact sur notre nombre de visites, mais au contraire, ça a augmenté. On a de plus en plus de gens vulnérables qui n’ont pas de médecin de famille», a-t-elle mentionné. 

«Des trous dans le système» 

Le maire Régis Labeaume a dit avoir «adoré SABSA dès le départ». «S’il y avait plus de SABSA dans le monde, on s’en porterait tous et toutes beaucoup mieux», a-t-il opiné. Selon lui «le système devrait en principe tout couvrir, mais ce n’est pas tout à fait le cas». Il y a «comme des trous» qui font en sorte que des patients vulnérables ne sont pas pris en charge, s’est-il désolé.

«C’est pour ça que je m’implique. Il y a des patients qui ne veulent pas se présenter dans le réseau, dans ce qui est institutionnalisé, […] ils ont peur de ça. Pour ces gens-là qui ont besoin de soins, il y a des SABSA, et il faut faire en sorte que cette organisation-là vive, et pour qu’elle vive, ça prend de l’argent», a plaidé le maire de Québec, qui a promis d’être «toujours là» pour la coopérative. 

Tant Régis Labeaume qu’Isabelle Têtu ont souligné que le modèle de SABSA ne «rentrait dans aucune case» pour obtenir du financement public. «On n’est pas superclinique, on n’est pas CLSC, on n’est pas GMF, on n’est pas hôpital, donc il faut travailler à la développer cette case-là», a exposé Isabelle Têtu, précisant que SABSA n’était pas non plus un organisme communautaire. «C’est un choix qu’on a fait parce qu’on ne voulait pas piger dans les petites enveloppes qu’il y a pour le communautaire. Et on est un service de santé, donc on doit être financé comme service de santé.»

«Créer une nouvelle case»

Le maire de Québec a renchéri: «On a fait le tour, et il n’y a pas de fit institutionnel [pour du financement]. […] J’en ai parlé à qui de droit, j’en ai parlé au ministre [de la Santé, Gaétan Barrette], j’ai fait des démarches, mais vous savez, le système, c’est pas très véloce, c’est pas si agile que ça», a laissé tomber M. Labeaume, qui a promis d’aider SABSA «à faire en sorte qu’on crée une nouvelle case». 

Selon lui, «en faisant un peu de bruit, en faisant connaître SABSA, à un moment donné, il y en a qui vont se réveiller et qui vont réaliser qu’il y a une clientèle pour laquelle il n’y a pas de fit» dans le système. 

Le maire Labeaume a du reste lancé un message aux partis en campagne électorale en rappelant l’importance du rôle des organismes communautaires dans sa ville. Si Québec est sécuritaire, c’est non seulement parce qu’elle a un bon service de police, mais aussi parce qu’elle peut compter sur des organismes communautaires «qui s’occupent des gens qui ont un potentiel plus explosif», a-t-il dit. «C’est le communautaire qui fait cette job-là, et il le fait avec des bouts de fil, il étire les sous, il fait beaucoup avec pas beaucoup d’argent», a souligné le maire.

«Le drame là-dedans, c’est que les organismes communautaires ne sont pas nécessairement reconnus par les gouvernements. Ils sont ben fins, ils disent “oui, oui, on aime le communautaire”, ils l’aiment quand c’est le temps, mais il faudrait que les organismes aient de l’argent pour fonctionner», a-t-il décoché. 

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UNE FORMULE ORCHESTRALE INÉDITE

Le spectacle du 12 mai sera un premier retour sur scène pour l’auteure-compositrice-interprète Pascale Picard depuis son congé de maternité. Pour l’artiste originaire de Québec, c’est un «cadeau» d’avoir l’occasion de chanter en spectacle avec les Violons du Roy. 

«C’est le rêve de pas mal d’artistes de voir ses chansons réarrangées et de pouvoir les jouer avec un ensemble de cordes», a commenté Pascale Picard, qui s’est également réjouie de s’impliquer pour SABSA. 

«Fier» lui aussi de participer au concert-bénéfice, le directeur-général des Violons du Roy, Hugo Sanschagrin, a souligné qu’il s’agissait pour l’orchestre à cordes de Québec d’une «rare incursion dans la musique populaire», d’un «projet différent mais très porteur».

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SITE D'INJECTION SUPERVISÉE: NÉGOS POUR «ACHETER UN LIEU»

Si le site d’injection supervisée (SIS) tarde à voir le jour à Québec, c’est parce que la Ville et le CIUSSS de la Capitale-Nationale négocient actuellement un terrain et un bâtiment, a fait savoir jeudi le maire Régis Labeaume. «Là où on veut aller [dans le centre-ville, sous les bretelles de l’autoroute Dufferin], on tente d’acheter un lieu», a dit le maire, sans donner d’adresse. «Il y a une petite périphérie où il faut que ça se passe», a-t-il donné pour seul indice. 

Dans le secteur où la Ville et le CIUSSS projettent de développer le SIS se trouvent notamment un stationnement étagé appartenant à Immeubles Régime VIII, un bâtiment appartenant à Camaco (Jean Campeau et Geneviève Marcon) de même qu’un entrepôt appartenant à JB Laliberté. Ces propriétés sont bordées par les rues de Xi’an, où s’érigera le nouvel immeuble de Lauberivière, du Pont, Sainte-Marguerite et Monseigneur-Gauvreau. «On ne veut pas manquer notre coup. Si on ouvre [le SIS] pis qu’il n’y a personne qui vient, on aurait l’air fou. Il faut que le terrain soit très bien situé», a dit le maire Labeaume.