Un message a récemment été livré par courriel aux parents qui voulaient inscrire leurs enfants à un cours de natation à la piscine Lucien-Borne, en Haute-Ville indiquant que «les préinscriptions pour tous les cours du secteur aquatique “jeunesse”, pour l’hiver 2020» étaient retardées.

Pénurie de sauveteurs: la FADOQ et Cuba appelés en renfort

Le manque de jeunes intéressés à offrir des cours aquatiques aux enfants et aînés s’accentue, ce qui cause bien des maux des têtes aux organismes de loisirs. À Québec, on songe même à un partenariat avec la Fédération de l’âge d’or (FADOQ) pour former des sauveteurs. Et au recrutement à l’étranger.

Un message a récemment été livré par courriel aux parents qui voulaient inscrire leurs enfants à un cours de natation à la piscine Lucien-Borne, en Haute-Ville : «Nous sommes désolés de vous annoncer que nous devons retarder les préinscriptions pour tous les cours du secteur aquatique “jeunesse”, pour l’hiver 2020.» La direction des Loisirs Montcalm ne dispose pas d’assez de sauveteurs. Elle ajoutait d’ailleurs : «Si vous connaissez des gens dans votre entourage qui détiennent leur brevet de moniteur en sécurité aquatique de la Croix-Rouge canadienne, merci de leur demander de nous contacter.»

Au téléphone pour nous expliquer le défi à surmonter : Denys Hamel, pdg. «La pénurie, moi, ça fait au-delà de cinq ans que j’en parle. Ce que je disais il y a cinq ans c’est : “Il faut qu’on se prépare parce que sinon on va frapper un mur”. […] On est en train de le frapper le mur.»

M. Hamel prédit l’aggravation : «On trouve ça difficile aujourd’hui, imaginez dans deux ans.»

Pas juste la paye

Les jeunes ont l’embarras pour dénicher un emploi, poursuit-il. Et ils ont une vision différente des générations précédentes : “L’emploi cadre-t-il dans mon horaire, me permet-il d’avoir des temps libres?”, évalueraient les candidats avant d’embarquer. Même avec un salaire tournant autour de 20 $ l’heure.

«Ce n’est pas juste l’argent qui les allume. C’est quoi les conditions, c’est quand, c’est à quelle heure? Et est-ce que ça correspond à un temps où, moi, j’ai de la disponibilité et je veux bien la mettre là», relate Denys Hamel.

Pour la session d’hiver, malgré les efforts de recrutement, les Loisirs Montcalm ont dû se résoudre à limiter l’offre. Pour les enfants, M. Hamel juge répondre aux besoins. C’est chez les adultes, les aînés, qu’il a dû biffer des cours. «Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de demande. Malheureusement, on n’a pas été capable de trouver assez de personnel.»

«On a même fait affaire avec une firme spécialisée», ajoute-t-il. Celle-ci a pu lui envoyer quelques moniteurs, mais n’a pas été en mesure de combler tous les horaires.

Denys Hamel fait cependant remarquer qu’il y a un coût à recourir aux entreprises de placement pour répondre aux besoins de main-d’œuvre. Et que la pénurie forcera sans doute les organismes de loisirs à gonfler le taux horaire offert afin d’attirer les recrues. «Au lieu de payer les gens 20 $, 22 $, 23 $ de l’heure, ça va être 25 $, 30 $. Ça n’aura plus de sens.»

Voilà qui rendra difficile l’offre de cours à prix modique, prévient-il. «On veut garder les prix raisonnables pour que les gens puissent s’inscrire.»

Les retraités à la rescousse

À la recherche de solutions, Denys Hamel veut établir dès janvier un partenariat avec la Fédération de l’âge d’or du Québec. «Est-ce que ça pourrait intéresser certains membres de la FADOQ qui sont de bons nageurs?»

Il aimerait repêcher des retraités en bonne condition physique à la recherche d’un nouveau défi. Pas question de baisser les critères de sélection, toutefois. Eux aussi devront réussir la formation de sauveteur/moniteur.

+

RECRUTER À CUBA!

L’entreprise Service de sauveteurs tente une nouvelle approche pour combler ses besoins en main-d’œuvre : l’embauche à Cuba.  

«Ce qu’on a fait aussi cette année, c’est qu’on a fait venir de la main-d’œuvre étrangère», explique Richard Bernier, le président de l’entreprise. «Ce sont des Cubains. Ils ont déjà leur formation, ils ont juste à faire une formation supplémentaire ici.»

Les trois recrues sont certaines d’avoir du boulot : «Ils sont déjà réservés pour aller dans différents points de service.» Un ira à La Malbaie, cite-t-il en exemple. «Ils sont déjà affectés à des lieux de travail où il y a pénurie de main-d’œuvre.»

Le désir de bosser

M. Bernier souligne que son manque de sauveteurs colle parfaitement au désir des Cubains de bosser : «Quelqu’un qui est prêt à travailler 40 heures et que ça ne lui dérange pas de travailler la journée de Noël et la journée du Jour de l’an et le 1er juillet comme le 24 juin… Cet employé-là, il est ici pour faire du blé.»

C’est un sauveteur d’origine cubaine déjà à l’emploi de Service de sauveteurs qui a fait le lien. L’aventure internationale est cependant plus complexe qu’espérée. «Ils devaient arriver pour juin, mais avec les délais, les délais, les délais, ils n’arrivent pas», remarque Richard Bernier. «Ils devraient arriver dans le temps des Fêtes.»

Trois travailleurs étrangers ne combleront cependant pas tous les besoins de main-d’œuvre dans le secteur aquatique, poursuit M. Bernier. Durant l’hiver, il évalue avoir une centaine de sauveteurs/moniteurs à son embauche pour répondre aux demandes des hôtels, écoles, centres jeunesses, établissements de réadaptation... En période de pointe, l’été, il peut atteindre 500 employés, dit-il. 

Hausse de salaire

Pour demeurer attractif auprès des jeunes, Richard Bernier a haussé le salaire de 20 % cet automne. Mais ce n’est pas une solution à long terme, convient-il. «Dans un environnement clos comme l’aquatique, s’il y a 100 moniteurs disponibles et qu’il y a 150 postes, si tu augmentes tes salaires plus que les autres, ça veut juste dire que toi tu vas combler tes postes, mais que quelqu’un va faire des coupures de services ailleurs.»