Patate boudée, oignon prisé en Nouvelle-France

Contrairement à la croyance populaire, les colons de la Nouvelle-France avaient peu d'appétit pour la pomme de terre... Plus, ils n'osaient pas consommer la tomate parce qu'elle s'apparentait à une plante toxique qui poussait en France. C'est l'oignon qui avait la cote, on le mangeait parfois cru comme une pomme.
Le curé du Batiscan Gervais Lefebvre et la «seigneuresse» de Sainte-Anne-de-la-Pérade Madeleine de Verchères tiennent le potager d'époque près de la place Royale. Devant eux, quelques pousses plantées dans des bacs à légumes en bois. Des passants s'arrêtent pour goûter une salade de concombre et crème ou une tranche de pain et oignon rouge. 
«L'oignon fait partie des légumes les plus cultivés à l'époque», précise François Antaya, alias «Monsieur le curé» pour le week-end des festivités. «Le chou, les légumes racines, la carotte, le navet et les betteraves, tous des légumes qui se conservent très bien, sont entre autres cultivés parce que c'était ça le grand enjeu à l'époque», explique-t-il. 
La récolte s'étendait jusqu'à la mi-octobre et il fallait conserver les fruits de cueillette tout l'hiver. Le meilleur endroit pour éviter le gel, c'était la cave ou le caveau. Pour le reste, les colons se nourrissaient surtout de pain et de soupe aux pois. Il y a avait aussi la viande et le poisson, mais «il y avait plein de jours maigres à respecter». 
«Il y a avait un peu plus de 150 jours maigres dans le calendrier liturgique, pendant lesquels on ne pouvait manger de viande», souligne M. Antaya. À leur arrivée en Nouvelle-France, les colons ont adopté plusieurs plantes que cultivaient les Hurons, dont le maïs, le haricot et les courges aussi appelés «les trois soeurs». 
«Mais rapidement, on a importé des semences de la France, alors nous sommes revenus à nos anciennes habitudes alimentaires», résume-t-il. C'est le céleri qui donnait le plus de fil à retordre aux cultivateurs parce qu'il prend six mois à pousser. Aussi, les carottes orange n'étaient pas très populaires parce qu'elles «salissaient» les bouillons. 
L'ancêtre du popcorn 
Il n'a pas fallu longtemps avant de découvrir «le blé fleuri» en chauffant le maïs du blé d'Inde. Le «blé fleuri» est en fait l'ancêtre du popcorn que l'on connaît aujourd'hui. Les communautés religieuses de la Nouvelle-France en préparaient d'ailleurs avec des produits d'érable pour en faire une délicieuse sucrerie. 
Il est possible de déguster du «blé fleuri» et autres légumes cultivés à l'époque en vous rendant au potager de la Batterie royale, près de la place Royale dans le Petit Champlain jusqu'à dimanche 16h. Pour la programmation complète : nouvellefrance.qc.ca
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Des herbes aux multiples vertus
Au parc de la Cetière, le kiosque de Rose-Aimée attire le regard. Des bouquets d'herbes séchées s'accumulent sur le petit comptoir. Elle connaît d'ailleurs tous leurs secrets et vertus. 
Ici, la «Matricaire» nommée pour la matrice féminine, qui permettait de soulager les «maux de femmes». Les petites fleurs jaunes et blanches sont en fait l'ancêtre de la camomille, qui aidait aussi à calmer. Comme le millepertuis «qui chassait les idées noires», explique Rose-Aimée, accueillante et charmante. 
«Nous sommes arrivés avec notre propre savoir, mais nous avons aussi appris des Amérindiens qui avaient aussi leur expertise pour les plantes médicinales», dit-elle. Une onction de «bardane» mieux connue comme «toque» pouvait soulager les rhumatismes et «l'herbe à dinde» ou «l'achillée millefeuille» permettait d'arrêter le sang, entre autres. 
«Il y a des plantes qui avaient tellement de vertus qu'on a dû les protéger pour qu'elles puissent se reproduire. C'est entre autres le cas du ginseng de l'Amérique qui était consommé comme un tonic par les Amérindiens. Les colons l'arrachaient en masse pour en ramener en France.»