«Les piliers du post-postmodernisme» du collectif LEGAGA, au parc de la Défense nationale, à l’angle de Dalhousie et du corridor du Littoral

Passages insolites: passé étonnant et futur ludique

Depuis cinq ans qu’ils colorent le secteur du Vieux-Port, les Passages insolites ont certainement fait leur marque pour leur côté étonnant. Cette année, le côté ludique est plus que jamais présent, entre des œuvres qui remontent le temps et d’autres qui sont des odes au futur. Sans compter certaines œuvres chouchou des dernières années qui sont disséminées à travers la ville.

«Cette année, c’est la cinquième édition, j’ai été le premier surpris de le constater. Ce n’est pas une grosse machine commerciale, c’est un projet qui a tranquillement pris sa place dans la ville, auprès des citoyens et des touristes, et qui, je pense, va prendre de plus en plus de place dans l’avenir», a lancé Vincent Roy, directeur général chez EXMURO et directeur artistique du projet. «C’est devenu une signature particulière de la ville de Québec, et c’est ce qui me touche. Les gens et les touristes ont changé, ils sont avides de nouveautés et de choses qui sortent de l’ordinaire, et les Passages insolites, c’est ça.»

Vrai qu’il est étonnant de sortir de la gare du Palais et de tomber face à face avec un arbre tournant (TTTourner, du Torontois Robert Hengeveld, la seule œuvre de retour depuis l’an dernier). Ou d’observer cette mystérieuse île flottante, dans le bassin Louise, peuplée d’une faune surréelle et éclectique (Les heureux naufragés, du duo de Québec Demers-Ménard). Ou encore de passer près de cette voiture, garée rue Saint-Paul, où s’est écrasée une réplique du premier satellite canadien, Alouette, lancé en 1962 (Alouette, de l’Ontarien Brandon Vickerd).

À n’en point douter, le concept de LEGAGA, le collectif qui a gagné le concours organisé chaque année avec l’Association des étudiants en architecture de l’Université Laval, fera aussi tourner les têtes, ou plutôt cliquer les appareils-photo, à l’image de Delirious Frites, une des œuvres marquantes de la toute première édition.

«Les heureux naufragés» du duo de Québec Demers-Ménard, au bassin Louise

Si on repense à cette œuvre, c’est probablement à cause du rose pimpant qui maquille les colonnes et l’herbe découpée en damier au parc de la Défense nationale, à l’angle de Dalhousie et du corridor du Littoral. Intitulée Les piliers du post-postmodernisme, la création se veut une réflexion sur le beau et le laid. 

En terme d’œuvre participative, les promeneurs pourront s’amuser avec une manivelle coin Saint-Pierre et Saint-Antoine, avec La tête ailleurs, de Fannie Giguère (Québec), qui a réalisé un jeu optique et sonore en hommage à l’ombro-cinéma. 

À la batterie Royale, Jean-Yves Vigneau, de Gatineau, a créé quelque chose de plus contemplatif avec Les fleurs d’eau, nénuphars réinventés (et illuminés le soir), qui bougent au gré des marées.

«Alouette», de l’Ontarien Brandon Vickerd, rue Saint-Paul

Des nouveautés

Au chapitre des nouveautés, notons le premier partenariat avec un commerce du coin, le Laurie Raphaël, qui a décidé de prêter sa terrasse pour accueillir l’œuvre du Collectif 5, Les entrailles du futur. On peut y jouer à cache-cache entre des grands pans de murs noirs parcourus de filaments blancs, qu’on dirait près du point de rupture. C’est le restaurant lui-même qui a approché l’organisme EXMURO pour participer, a-t-on pu apprendre lors de la conférence de presse qui s’y tenait jeudi. 

La Ville de Québec, qui finance à hauteur de 315 000 $, a aussi lancé un défi d’intégration du patrimoine à l’équipe artistique. Question de rester dans l’esprit ludique et étonnant, EXMURO s’est associé avec un historien, José Doré, pour déterrer dans le passé du Petit Champlain et de place Royale des faits méconnus. 

C’est ainsi que l’histoire d’une esclave amérindienne qui s’est échappée du joug de son propriétaire, aubergiste à place Royale, a inspiré à Jean-Robert Drouillard un énorme buste en bois qui s’impose face à celui de Louis XIV. Du côté du parc Petit-­Champlain, on peut remonter le temps dans une sculpture vidéo du duo Samson-Breton, qui évoque un gang de dangereux qui sévissait dans le coin au XIXe siècle, les crimps, et le grand éboulement mortel de 1889. 

Les Passages insolites sont présentés jusqu’au 14 octobre 2018. 

«Les entrailles du futur» du Collectif 5, sur la terrasse du restaurant Laurie Raphaël

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HORS DES SENTIERS BATTUS

Après quatre ans de présentation, l’entrepôt des Passages insolites est maintenant rempli d’œuvres durables, prêtes à affronter les rigueurs de l’extérieur. Il a donc été décidé de redéployer certaines de ces créations à divers endroits de la ville, selon l’intérêt démontré par les arrondissements. Voici ces favoris que nous pourrons redécouvrir d’un autre œil, dans des environnements plus résidentiels. 

  • L’Odyssée, de Cooke-Sasseville, au parc de la Pointe-aux-Lièvres, dans Limoilou
  • Passage migratoire, de Giorgia Volpe, au parc de la Pointe-aux-Lièvres, dans Limoilou
  • Quand les avions en papier ne partent plus au vent, à l’angle du chemin Napoléon-Grondin et de la rue Chabot, dans Vanier
  • Zoothéologie, de Charles Fleury, sur le site de la Maison O’Neil, dans Les Rivières
  • Cube spatial, de Marie-Ève Martel, à l’angle des rues Racine et Wilfrid-Caron, à Loretteville
  • 10 à l’échelle de Beaufort, de Carole Baillargeon, au parc nautique de Cap-Rouge