Sans plan de sauvetage, l’église Saint-Jean-Baptiste, considérée comme l’un des «chefs-d’œuvre» de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy par le ministère de la Culture, a été verrouillée le 24 mai 2015.

Pas de sauvetage à l'horizon pour l'Église Saint-Jean-Baptiste

Mine de rien, voilà presque quatre ans que les portes de l’église Saint-Jean-Baptiste, dans le quartier éponyme de la capitale, sont closes. Cela même si les autorités s’entendent sur sa «valeur patrimoniale exceptionnelle». Et il n’y a pas de sauvetage à l’horizon.

«Pour l’instant, il ne se passe rien», remarque l’abbé Pierre Gingras, curé de la paroisse. «On est en attente.»

En fait, il y a eu des travaux urgents à la suite du «problème majeur de chauffage» de décembre 2017, quand la tuyauterie a gelé et éclaté. Au cours de la dernière année, les conduites ont été refaites et les gicleurs contre les incendies ont été installés grâce à une subvention de 180 000 $ de la Ville et du gouvernement. Mais, évalue le prêtre, il faudrait 14 millions $ seulement pour restaurer le bâtiment érigé de 1881 à 1886.

«Ça n’avance pas trop», constate également Louis Dumoulin, président du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste. Aucune des idées soumises par les citoyens n’a reçu d’appui des autorités, regrette-t-il.

Si bien que les comités bénévoles qui s’activaient pour l’église abandonnée ont mis leur ferveur sur la glace. «On a quand même travaillé 10 ans sans résultats», observe M. Dumoulin. «Il n’y a rien de mort, mais on ne sait pas du tout vers quoi on va.»

«Chef-d’œuvre»

Sans plan de sauvetage, le bâtiment considéré comme l’un des «chefs-d’œuvre» de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy par le ministère de la Culture a été verrouillé le 24 mai 2015.

La lueur d’espoir avait néanmoins repris de la vigueur en juin 2018. Le Groupe de travail pour la préservation du patrimoine culturel à caractère religieux piloté par John R. Porter avait invité à la préservation de huit églises à «valeur patrimoniale exceptionnelle», dont la Saint-Jean-Baptiste où il y avait «urgence» d’intervenir.

Ces monuments élus devaient bénéficier d’une enveloppe 30 millions $ sur 10 ans constituée de subsides de la Ville et de la Culture… Somme qui paraît bien maigre. «Le défi s’avère sérieux puisque les 30 millions $ annoncés ne suffiront pas, vu l’importance des besoins et l’état alarmant de certaines églises désignées», disait John R. Porter.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, avait justement invité le Diocèse, à faire sa part : «Pour garder les églises à niveau, ça prend de l’argent et pas seulement des prières.»

L’abbé Pierre Gingras repousse la critique. Le Diocèse de Québec a dépensé des millions pour préserver ses églises, affirme-t-il. Seulement à Saint-Jean-Baptiste, les comptes s’accumuleraient : «Elle est fermée et elle nous coûte 110 000 $ par année.»

Toujours l’argent

«C’est une question d’argent, il n’y a rien d’autre. Quand il n’y a pas de volonté politique, c’est difficile», constate Louis Dumoulin, du Conseil de quartier. «[L’église Saint-Jean-Baptiste] a un potentiel énorme. Ne pas utiliser ce potentiel, c’est déplorable.»

Pas complètement découragés, quelques citoyens tentent une nouvelle fois de relancer le débat. «Ça fait longtemps que les églises ferment. Et il va y en avoir encore pendant un petit bout de temps», fait valoir M. Dumoulin. Le Conseil de quartier a donc récemment octroyé une contribution de 500 $ au sociologue Pierre Fraser qui prépare un documentaire.

Celui-ci s’appuiera sur l’exemple de Saint-Jean-Baptiste pour construire un outil de mobilisation et de sensibilisation, nous raconte-t-il. Il espère réussir à donner des idées aux amateurs de patrimoine sur les façons de sauvegarder les bâtiments significatifs.

Si le plan fonctionne, le Conseil de quartier organisera un colloque l’automne prochain où sera présenté le film. Une énième réunion citoyenne pour tenter de trouver une vocation à l’église… et les fonds nécessaires au sauvetage.