Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, estime que le maire Régis Labeaume a profité de la hausse de la valeur foncière des propriétés pour récolter plus de taxes résidentielles.

Partie de ping pong sur la «taxe Labeaume»

Première partie de ping pong de la campagne électorale, mardi. Après que Québec 21 eut accusé le parti du maire de surtaxer les citoyens de Québec à hauteur de 100 millions $, Équipe Labeaume a rompu avec son habituelle indifférence et réagi point par point.
Au moment de dévoiler son premier engagement électoral, le chef de Québec 21 a soutenu que le maire Régis Labeaume a profité de la hausse de la valeur foncière des propriétés pour récolter plus de taxes résidentielles. Jean-François Gosselin a même créé l'expression «taxe Labeaume» pour désigner ces sommes, perçues en trop selon lui.
Armé d'un tableau présentant les variations du compte de taxes par secteur entre 2009 et 2016, M. Gosselin a martelé mardi que les hausses dépassaient l'inflation - plafond fixé par le maire sortant - six années sur huit. Il a plus particulièrement souligné deux valeurs : 35 % d'augmentation à Vanier et 34 % à Sillery. 
Quand les journalistes ont fait remarquer que le taux de taxation par 100 $ d'évaluation a été ajusté ces dernières années pour tenir compte de l'augmentation de la valeur foncière, M. Gosselin a balayé l'argument du revers de la main. «Peut-être, sauf qu'en absolu on paie plus cher de taxes en bout de ligne», a-t-il maintenu.
Même indifférence au fait que l'harmonisation après fusion et les dettes des anciennes villes expliquent en partie les augmentations que Québec 21 dénonce. 
Pour générer des économies de 100 millions $ et baisser les taxes en conséquence, M. Gosselin a ciblé d'abord les salaires de la direction générale. Selon lui, 25 millions $ peuvent être récupérés rapidement en proposant de nouveaux contrats de travail au directeur général et à ses adjoints. «Je l'ai dit et je le répète, il n'y en a pas de problème de compétences à la Ville de Québec. Il y a amplement de fonctionnaires municipaux qui sont compétents et qui pourraient faire ce travail-là avec des salaires respectables autour de 125 000, 150 000 dollars par année», dit-il. 
L'aspirant maire calcule qu'il peut aussi récupérer 25 millions $ à même ce qu'il appelle les dépenses «ponctuelles mais récurrentes» commandées par Régis Labeaume. Il inclut dans cette catégorie le récent Sommet sur la mobilité, le Grand prix cycliste, le concours d'idées sur les rivières et l'inauguration de la place Jean-Béliveau. 
«C'est juste ce qu'on sait, imaginez tout ce qu'on sait pas», a lancé M. Gosselin, qui propose de faire défiler les fonctionnaires en plénière pour leur poser des questions et trouver des façons de «faire mieux à moindre coût». Économies anticipées : 50 millions $. 
Le résultat de cette vague de compressions profiterait aux contribuables. Québec 21 ne peut dire exactement quand les taxes baisseront, ni dans quel pourcentage, mais ce devrait être chose faite à la fin d'un premier mandat. Si on considère le budget global de la Ville de Québec projeté pour 2021, une diminution des revenus et des dépenses de 100 millions $ équivaut à 6,66 %.
«Méconnaissance ahurissante»
Appelé à commenter les propos de son adversaire, le maire sortant s'est d'abord fait tirer l'oreille, avant de se féliciter du travail accompli. «Les augmentations de taxes depuis 10 ans à Québec ont été 54% inférieures à la moyenne des autres villes. On a taxé à l'inflation. Je vais vous dire une affaire, on a fait toute une job», a-t-il laissé tomber. 
En fin de journée, à 15 minutes de préavis, Équipe Labeaume a finalement délégué son responsable des finances, Jonatan Julien, pour répéter que «la Ville ne tire aucun revenu supplémentaire lié à la hausse de la valeur de la maison des citoyens». «C'est une opération totalement blanche», a insisté le vice-président du comité exécutif. 
Celui-ci se demande aussi comment Québec 21 pourrait réduire de plus de la moitié les salaires des hauts fonctionnaires de la Ville, qui sont 400 à se partager 45 millions $. M. Julien a fait valoir que leur rémunération est fixée en fonction de la médiane du secteur public. 
Quant aux grands événements, si c'est là un irritant pour Québec 21, il y en a pour 10 millions $ par année et l'administration Labeaume affirme que les retombées économiques sont bien supérieures à l'investissement. 
Au final, Jonatan Julien conclut à une «méconnaissance ahurissante des finances et du fonctionnement de la Ville de Québec» de la part de Québec 21.  Avec Jean-François Néron 
Excuses d'Équipe Labeaume pour «une erreur de bonne foi»
Équipe Labeaume a dû s'excuser mardi d'avoir utilisé une salle de conférence de l'hôtel de ville de Québec pour répliquer à Québec 21 sur la question des taxes. Les journalistes étaient les premiers surpris d'être convoqués à l'intérieur de la maison du peuple où il n'y a habituellement pas d'activité partisane en cours de campagne électorale. Invités à s'expliquer, les représentants d'Équipe Labeaume sur place ont d'abord fait valoir qu'ils étaient dans leur bon droit puisque ce sont les quartiers des élus. Après vérification, le directeur des communications d'Équipe Labeaume, Michel Desmeules, a cependant indiqué au Soleil que c'était «une erreur de bonne foi» et s'en est excusé à plusieurs reprises. «Jonatan Julien ne voulait pas aller dehors à cause de la chaleur et du fait qu'il devait tenir plusieurs documents dans ses mains, alors on a dit oui, mais c'était une erreur», a-t-il expliqué, promettant qu'il n'y aurait pas de récidive. Annie Morin