Les terres des Sœurs de la Charité à Beauport
Les terres des Sœurs de la Charité à Beauport

Parfois, la Ville de Québec mange le territoire agricole par petites bouchées!

La Ville de Québec ne mange pas son territoire agricole seulement par gavage, comme lorsqu’elle voulait avaler d’une traite les terres des Sœurs de la Charité de Beauport. Elle se contente parfois de petites bouchées par-ci par-là…

Attention toutefois avant de pousser les hauts cris contre le dézonage de sols nourriciers; l’empiètement n’est pas toujours critiquable!

Prenons des exemples récents pour illustrer. Il y a peu, donc, les élus municipaux se sont prononcés en faveur des requêtes de deux citoyens : la mairie demande ainsi à la Commission de protection du territoire agricole de faire preuve de lâcher-prise.

Développement immobilier à Bourg-Royal

Transportons-nous d’abord dans le secteur de l’avenue Bourg-Royal. Sur la rue Carré de Tracy Est. «Cela fait déjà plusieurs années que la Ville planifie la réalisation d’un développement domiciliaire dans le secteur», apprend-on dans un document de la mairie.

L’administration municipale avait d’ailleurs évoqué l’expansion du quartier en 2013-2014. Elle avait alors mis la main sur le Camp Bourg-Royal avec l’intention avouée de faire pousser des maisons.

Les années ont passé sans que les travaux débutent. Mais le projet n’est pas mort. Le promoteur immobilier propriétaire de quelques lots du secteur poursuit ses démarches. 

Sauf que deux terrains convoités ont un zonage agricole; ils sont donc protégés. «Aujourd’hui, le propriétaire demande à la Ville d’effectuer une demande d’exclusion de la zone agricole à la Commission de protection du territoire agricole du Québec», nous explique la conseillère en communication Audrey Perreault.

Mme Perreault souligne que ces terrains «sont localisés à l’intérieur du périmètre d’urbanisation» prévu dans la Schéma d’aménagement de l’agglomération. Donc que leur avenir résidentiel était déjà annoncé.

Il faudra cependant obtenir le dézonage de la portion «agricole».

C’est grave? Il y a matière à protester? Nous avons posé la question à Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement. Celui-ci s’était notamment montré fort critique envers la Ville quand elle avait annoncé son intention d’éliminer quelque 567 hectares de terres agricoles, dont les 200 hectares des Sœurs de la Charité, afin d’y construire des logis pour ses futurs résidents.

Eh bien, en regardant le lot de Carré de Tracy Est occupé par une entreprise d’excavation et d’aménagement paysager, il n’a pas trouvé matière à combattre le dessein de la Ville.

En général, note M. Turgeon, il n’est pas nécessaire d’empiéter sur le territoire agricole. Il y a encore assez de grands stationnements et de friches pour combler la soif d’expansion des élus, selon lui.

Toutefois, en analysant chacune des demandes de dézonage, on constate que les lots agricoles n’ont pas tous la même valeur. Que tous ces lots ne méritent pas que les environnementalistes les défendent avec vigueur. Comme cette fois-ci.

Boulevard de la Colline

Alexandre Turgeon a eu une réaction similaire lorsque nous avons évoqué une autre croquée que la Ville veut prendre dans le territoire agricole, celle-là dans le secteur de Wendake. Sur le boulevard de la Colline.

Là, en face d’un gros garage, un grand-père a légué une parcelle à son petit-fils pour qu’il s’érige une demeure. Un bout de terre agricole.

Ici, il y a vraiment des activités fermières. «Le lot est utilisé à des fins agricoles pour la culture de céréales, de plantes oléagineuses et de légumineuses», lit-on dans un document municipal. En plus, le terrain n’est pas situé dans le périmètre d’urbanisation identifié par la mairie pour son expansion démographique.

Il y a cependant déjà quelques maisons dans le secteur. «Il n’y aura aucun impact sur les activités agricoles des lots avoisinants, les lots voisins sont utilisés à des fins autres qu’agricoles. Plusieurs sont utilisés déjà à des fins résidentielles», plaide d’ailleurs la Ville.

«Il s’agit d’une demande afin de respecter les volontés testamentaires du propriétaire décédé (don d’un terrain du grand-père au petit-fils)», fait valoir Audrey Perreault. «Le requérant désire subdiviser le lot afin de créer [un nouveau] lot qui sera dédié à des fins exclusivement résidentielles pour la construction d’un seul logement.» 

Dans ces deux dossiers, le Conseil régional de l’environnement ne devrait pas s’opposer, notamment parce que les lots ont une taille réduite. Aussi parce qu’ils ne semblent pas, a priori, avoir une valeur pour la collectivité, jauge Alexandre Turgeon.

Il souhaiterait cependant que la capitale et la Commission de protection du territoire agricole soient plus transparentes, qu’elles rendent publiques toutes les demandes de dézonage; il n’y a pas de mécanisme de diffusion obligatoire, regrette-t-il. Ainsi, les intervenants intéressés par la préservation du territoire agricole pourront intervenir, ou pas, en fonction de la valeur, ou de l’absence de valeur, des lots concernés.