Nancy Gilbert, l’énergique porteuse de flambeau de ce qui est devenu un organisme sans but lucratif reconnu: Solidarité familles et sécurité routière

Parents au front pour le civisme au volant

Elles étaient trois mères, au parc, dans le quartier Saint-Yves. Découragées par le peu de civisme sur les routes, inquiètes pour leurs enfants. «On s’est dit: “Il faut faire de quoi”!»

C’était il y a déjà neuf ans, se souvient Nancy Gilbert, l’énergique porteuse de flambeau de la troupe, attablée dans le presbytère local. À l’époque, elle avait deux petits dans une poussette double, un à vélo et l’autre qui courait tant bien que mal dans ses jambes. Donc des craintes multipliées par quatre.

Il faut admettre que le quartier est fréquenté. Situé au sud des centres commerciaux de Sainte-Foy, à l’est des ponts, il est quotidiennement traversé par les masses. Ici, beaucoup de véhicules en transit. Mais aussi pas mal de maisons, restaurants, garderies, un hôpital également. Et quelque 3600 élèves du primaire et du secondaire, calcule Mme Gilbert.

Il y avait donc de la matière pour occuper les trois fondatrices. La nutritionniste-en-pause-pour-s’occuper-de-la-famille et ses deux nouvelles comparses enseignantes ont dès lors fondé une association de parents pour prendre le taureau par les cornes. «À trois, on a 10 enfants! C’était à travers les grossesses et les congés de maternité.»

Que de chemin parcouru depuis les débuts sans moyens, remarque-t-elle. Le regroupement informel est maintenant un organisme sans but lucratif reconnu: Solidarité familles et sécurité routière (www.sfsr.info). Le conseil d’administration et le comité sécurité routière en sont à leur huitième campagne annuelle. Ils collaborent avec les policiers, les écoles, des commerçants; ils orchestrent une activité spéciale à chaque rentrée scolaire en embarquant les résidents qui s’affichent avec des banderoles et des virevents sur les terrains.

«Ce n’est plus juste des “mamans à poussette” comme on s’est déjà fait dire!» souligne notre hôte, qui a parfois senti qu’on la prenait de haut: «Inquiétez-vous pas ma petite madame, tout va bien aller.»


Ce n’est plus juste des “mamans à poussette” comme on s’est déjà fait dire!
Nancy Gilbert

Tout en discutant, Nancy Gilbert feuillette un gros cahier témoignant des étapes franchies depuis la rencontre au parc. Dans les premières pages, il y a ce dépliant produit à la main à partir d’un dessin d’un de ses enfants. Et d’autres productions artisanales. Loin des feuillets plastifiés d’aujourd’hui ou des produits dérivés vendus pour financer les activités.

Pour leur première campagne de prévention, ils avaient visité les maisons d’une dizaine de rues pour sensibiliser leurs voisins — ils avaient constaté que la vitesse excessive, le nom respect des arrêts, n’est pas l’affaire que des «étrangers», mais aussi des indigènes. 

Autre constat: les automobilistes ne sont pas les ennemis à abattre. La sécurité routière est aussi l’affaire des cyclistes, piétons, planchistes… «La route, c’est un partage. Nous avons tous notre responsabilité.»

Depuis, la troupe étend ses actions, interpelle les élus. Et reçoit des appels des parents des quartiers voisins qui veulent embarquer.

Alors Mme Gilbert, les efforts ont porté fruit? Il y a eu des victoires, dit-elle. L’ajout d’un brigadier; un changement de limite de vitesse près d’une école; ces étudiants du secondaire qui ont distribué un pamphlet avant le bal de fin d’année…

Mais il faudra un «changement de la mentalité collective» pour que les routes soient plus sécuritaires, pense-t-elle. Comme pour l’alcool au volant. «Il faut continuer. Les gens sont conscients que c’est du long terme.»