Marcel Barthe et Louise Filion font partie du nouveau mouvement citoyen «2013, une île, une vision».

Mouvement pro-fusion à l'île d'Orléans

Montréal avait «Une île, une ville», l'île d'Orléans a maintenant son mouvement «Une île, une vision.» L'objectif : mettre fin aux «guerres de clochers entre villages» et présenter aux élections municipales du 3 novembre des candidats qui veulent regrouper les six municipalités en une seule.
«Il y a 42 élus pour 7000 habitants à l'île d'Orléans. C'est le taux le plus élevé au Québec, avec un élu par 166 habitants», lance d'entrée de jeu Marcel Barthe, président du nouveau mouvement citoyen «2013, une île, une vision».
«Ça n'a plus de bon sens. Il y a beaucoup trop de bureaucratie», poursuit ce citoyen de Saint-Jean, qui a été élu président de ce mouvement lors de l'assemblée de fondation en mai.
Il avance qu'une centaine de résidents de l'île d'Orléans sont membres de l'organisation qui souhaite présenter des candidats comme conseillers et à la mairie dans les municipalités de Sainte-Famille, de Saint-François, de Saint-Jean, de Saint-Laurent, de Sainte-Pétronille et de Saint-Pierre.
Au-delà de ce qu'il estime être un trop grand nombre d'élus, M. Barthe et son mouvement croient que regrouper toutes les municipalités en une seule profiterait à la population sur le plan des services, des infrastructures sportives, des bibliothèques. «On a six petites bibliothèques, mais pas de grand centre culturel», note M. Barthe.
«Si on se regroupait, on aurait des budgets collectifs un peu plus imposants qui aideraient à faire des projets communs», illustre celui qui s'est installé à Saint-Jean-de-l'île-d'Orléans depuis une douzaine d'années. 
La fusion permettrait aussi une «vision globale» de l'ensemble du territoire insulaire et l'harmonisation des politiques, des normes et des règlements, souligne le regroupement dans sa plateforme électorale.
Actuellement, plusieurs services sont par contre déjà fusionnés sur tout le territoire de l'île d'Orléans, dont les pompiers, la collecte des ordures et l'évaluation municipale, ont rappelé plusieurs maires actuels (voir plus bas).
Le temps file
Marcel Barthe et son groupe se disent bien conscients que le temps file avant le scrutin du 3 novembre pour trouver des candidats qui aimeraient faire le saut comme indépendants.
Pas question de partis politiques, car ils sont réservés aux municipalités de 5000 habitants et plus, ce qui n'est pas le cas des villages de l'Île. En fait, l'île d'Orléans au complet compte moins de 7000 âmes.
M. Barthe ne s'illusionne pas : la route sera longue et rencontrera de la «résistance». 
«On est souvent mieux dans nos vieilles pantoufles. Il y a beaucoup de forces qui travaillent au maintien du statu quo», avance-t-il. 
Mais si jamais les élus indépendants du regroupement se retrouvaient majoritaires, les municipalités «entreprendraient dès le lendemain des discussions avec les gouvernements supérieurs pour discuter du modèle économique d'une municipalité qui conserverait son statut de MRC», explique-t-il. 
«Si les candidats sont minoritaires dans les conseils, ils travailleraient à convaincre les autres», a dit M. Barthe en évoquant la volonté de «semer l'idée» de la fusion.
Le regroupement «2013, une île, une vision» assure aussi que le sentiment d'appartenance des citoyens des divers villages sera préservé même sous une entité fusionnée.
«Chaque village a sa personnalité propre. C'est à tout à fait évident et vrai, on ne nie pas ça du tout, du tout», reconnaît M. Barthe. «On s'engage à conserver les caractéristiques propres de chacun. On peut être une seule administration tout en préservant la couleur et la fierté de chacun des villages.»
Fusion souvent évoquée, jamais réalisée
La relance de l'idée d'une fusion des villages de l'île d'Orléans rappelle que le territoire composé de six municipalités avait échappé à la vague de fusions qui a touché le Québec en l'an 2000.
«Mme Harel ne voulait pas directement nous fusionner en raison de notre histoire», explique Jean-Pierre Turcotte, maire de Sainte-Famille, à propos de Louise Harel, ministre péquiste responsable des fusions municipales en 2000.
«En fusionnant, ça nous aurait affaiblis. On aurait dû fusionner avec la MRC de Québec ou de la Côte-de-Beaupré», poursuit M. Turcotte. «À ce moment là, tu n'es plus maître chez vous», illustre-t-il.
Encore aujourd'hui, celui qui est aussi préfet de la MRC de L'Île-d'Orléans ne croit pas qu'il est réaliste de penser qu'une île fusionnée aurait le statut de MRC comme le propose Marcel Barthe, président du mouvement citoyen «2013, une île, une vision».
«Lui il dit ça, mais aux Affaires municipales, ils ne diront sûrement pas ça», tranche-t-il.
«On est déjà la plus petite MRC. Là, s'il y a plus rien qu'un maire et des conseillers municipaux, ça n'a plus sa raison d'être.»
Fusionner avec Québec
Le maire de Sainte-Pétronille, Harold Noël, rappelle pour sa part que le «scénario initial» des Affaires municipales de l'époque était de fusionner l'île avec la Ville de Québec.
Les maires, opposés à la fusion, avaient plaidé leur cause devant le Ministère. «Le mémoire avait démontré que ce n'était pas une bonne idée de fusionner. Ça avait été écouté, car l'intention avait disparu dans les semaines suivantes», dit-il.
«On a déposé notre mémoire et on a dit qu'on voulait travailler ensemble», relate pour sa part Jean-Pierre Turcotte.
L'idée de la fusion a souvent été dans l'air sur le territoire de l'île d'Orléans. Et ce, même si les maires consultés assurent ne pas sentir de vague de fond en faveur de cette idée dans leurs communautés respectives.
«Ici, à Saint-Pierre, on n'en entend pas parler trop trop», assure Jacques Trudel, maire de Saint-Pierre. «Certaines personnes sont probablement intéressées, mais ce n'est pas un sujet sur lequel les gens nous abordent.»
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Des maires réfractaires
«Je suis contre la fusion. J'ai l'impression que garder les six municipalités, ça protège un certain patrimoine. Les gens s'identifient plus à leur petit coin. Du jour au lendemain, si les six municipalités fusionnent, est-ce qu'on garderait un statut de MRC? Je ne dis pas qu'un jour ça ne se réalisera pas, mais pour l'instant, je ne vois pas pantoute l'urgence.»
- Jacques Trudel, maire de Saint-Pierre
«Ça paraît nombreux, 42 élus, et c'est vrai, ils ont raison. Mais ces élus font beaucoup de bénévolat. Ils ont un salaire de 3000 $ ou 4000 $. Actuellement, six conseillers, ça remplace quasiment un employé. Chaque municipalité n'a que deux ou trois employés.»
- Jean-Pierre Turcotte, maire de Sainte-Famille
«Toutes les fusions montrent que ça n'amène pas nécessairement d'économies. On partage déjà des choses comme les pompiers, l'urbanisme, l'évaluation municipale. Tout le monde s'entend très bien.»
- Jean-Claude Pouliot, maire Saint-Jean
«Une notion théorique de fusion, c'est toujours bien vu. Entre les maires, on a mis les chiffres sur la table et on pense que l'aspect pratique doit l'emporter sur l'aspect théorique dans ce cas-là, car on aurait trop à perdre. C'est clair que les gens impliqués dans leur milieu depuis 30-40 ans mettent leur empreinte sur des activités. Ces empreintes peuvent chagriner les gens qui arrivent à l'Île depuis cinq ou dix ans. Les gens qui sont pro-fusion sont très instruits, ils ont étudié dans plusieurs domaines. C'est quelque chose que nous autres, on n'a pas. Moi, je me considère comme un habitant, un producteur de pommes de terre. Tout ce qu'on a, c'est la connaissance du territoire.»
- Harold Noël, maire de Sainte-Pétronille