Le vérificateur général de la Ville de Québec a révélé mardi que la baisse de qualité de la collecte des matières résiduelles confiée au privé a entraîné une hausse de 65 % des plaintes l’an dernier.

Matières résiduelles: la Ville de Québec reprendrait la collecte en régie

La Ville de Québec pourrait reprendre sous son aile dès 2020 une partie de la collecte des matières résiduelles abandonnée au privé en 2009. Une avenue envisagée pour pallier la baisse de qualité du service exécuté en sous-traitance, qui a entraîné l’an passé une hausse de 65 % du nombre de plaintes.

Le nombre de plaintes en lien avec la collecte des matières résiduelles a fait en 2018 un bond spectaculaire, passant de 10 492 à 17 321 comparativement à 2017. C’est ce que révèle le vérificateur général de la Ville, Michel Samson, dans son rapport rendu public mardi. 

Ces 17 321 plaintes représentent 60 % de toutes celles transmises à la Ville au cours de la dernière année. Une hausse due à «d’importants problèmes rencontrés avec un fournisseur, notamment à l’été 2018», note le vérificateur.

Ce dernier ajoute que «l’absence de stratégie […] en cas de problème, et pour réduire le risque de dépendance envers les fournisseurs, a limité les options.» De trois fournisseurs l’an passé, la Ville fait maintenant affaire avec seulement deux, Matrec et Sani-Terre.

«Si on a des problèmes récurrents avec un fournisseur, on n’avait pas d’autres moyens d’assurer la qualité du service. La Ville était limitée dans ses actions [pour trouver un fournisseur prêt à prendre la relève]», a précisé le vérificateur général, à la période des questions.

«Avec deux fournisseurs, la situation n’est pas pire, mais n’est pas meilleure qu’elle l’était avant. La Ville fonctionne avec des contrats de trois à cinq ans. Ce sont de gros contrats et c’est plus difficile d’attirer de plus petits fournisseurs», ajoute M. Samson, d’où sa recommandation à la Ville de changer son «modèle» de gestion pour éviter d’être vulnérable face à ses fournisseurs.

Petit nombre de joueurs

La réponse est arrivée quelques minutes plus tard. «La faiblesse de la compétitivité du marché de Québec nous expose un peu plus. Encore récemment, un petit [fournisseur] a été acheté par un gros», a expliqué le conseiller Rémy Normand, vice-président du comité exécutif à la Ville de Québec. 

Dans les plus récents appels d’offres pour les secteurs de Beauport, Charlesbourg et Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, la Ville offre la possibilité d’acheter ou de louer des camions pour faire faire en régie [à l’interne] par des cols bleus la collecte des matières résiduelles. 

La Ville a prolongé jusqu’en mars et en juin 2020 des contrats qui devaient se terminer en décembre 2019 pour prendre le temps d’évaluer la faisabilité économique et technique de ce projet, a précisé le directeur général de la Ville, Luc Monty.

Le petit nombre de joueurs dans l’industrie n’empêche pas une compétition féroce entre eux. Ainsi, les coûts demeurent sous la barre des 20 millions $ depuis 2010. L’effet pervers est la baisse de la qualité du service.

«On a introduit des critères de qualité. Par exemple, chaque fournisseur doit avoir en réserve des camions pour remplacer ceux en réparation. On a aussi exigé des répartiteurs pour avoir le nombre suffisant de travailleurs sur le terrain et des inspecteurs pour s’assurer de la qualité du travail effectué, qui incombe présentement à la Ville», énumère M. Monty.

«Il faut trouver le meilleur modèle [en régie et privé] en fonction des coûts», renchérit M. Normand, qui invoque l’urgence de mitiger à court terme les risques liés à la baisse de qualité du service dans le contexte actuel du marché.

GPS et caméras

La Ville de Québec compte aussi implanter un système de géolocalisation des camions de collecte pour vérifier la qualité du service. Des caméras seront aussi installées. Cette nouvelle technologie permettra d’effectuer un meilleur suivi des plaintes.

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«UN AVEU D'ÉCHEC», SELON JEAN ROUSSEAU

Le conseiller Jean Rousseau juge que le retour possible de la collecte des matières résiduelles, du moins en partie, dans le giron de la Ville est «un aveu d’échec» de l’administration Labeaume.

«On n’est pas en mesure de faire respecter des standards avec la privatisation, c’est le prix qu’on a à payer. Il y a eu la mode où le privé ça coûte moins cher et qu’il sait mieux faire que nous. Ça vient avec une absence de reddition de compte», se désole l’élu de Démocratie Québec dans Cap-aux-Diamants, à la lumière du rapport du vérificateur général.

Selon lui, cette vision de tout confier au privé reflète aussi le peu d’intérêt de l’administration en place pour des services jugés pourtant essentiels.

«M. Labeaume a déjà dit que ce n’est pas glorieux ramasser les déchets et la neige. Je m’excuse, mais une ville, ça commence par ça. Ils ne sont même pas capables de nous répondre lorsqu’on demande si ça coûte plus cher au privé ou au public», renchérit-il.

M. Rousseau juge aussi inutile l’intention de la Ville de vouloir installer un système de surveillance lors de la collecte. «Ils veulent mettre des capteurs sur les camions pour vérifier la qualité. On n’est pas une gang de Ti-Mé à Québec qui aime ça mettre ses vidanges au chemin et regarder le camion passer», s’insurge le conseiller.

Le conseiller soutient qu’il vaut peut-être même mieux effectuer le service en régie pour obtenir une prestation de qualité, quitte à ce que la facture soit un petit peu plus élevée. 

«Une ville doit gérer ses vidanges»

«S’il faut payer plus cher, on le fera. Mais il faudra regarder les autres dépenses somptueuses. On inaugure. On fait des grands spectacles, mais les citoyens veulent des services de base. L’administration Labeaume n’a pas d’intérêt pour ça. Une ville doit gérer ses vidanges avant de gérer le reste.»

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin, se montre aussi ouvert à la volonté de la Ville de reprendre une partie des activités de collecte en régie. Selon lui, à l’époque du transfert de la collecte vers le privé, des questions émergeaient déjà sur la capacité de l’industrie à rendre un service de qualité. «On se demandait si les fournisseurs pouvaient livrer la marchandise et si la concurrence serait toujours au rendez-vous. Aujourd’hui, ça prend le vérificateur général pour nous dire quoi faire.»