La marche a commencé à l'Université Laval vers 12h30. Un autre groupe a rejoint les marcheurs au Musée national des beaux-arts pour se diriger vers le parlement.

Marche en mémoire des victimes de l'attentat de Québec

«Tous Québécois! Tous Canadiens!» Une foule bigarrée de 300 à 400 personnes de toutes les origines et de toutes les religions a bravé la neige, dimanche après-midi, à la mémoire des victimes de la tuerie survenue dimanche dernier au Centre culturel islamique de Québec.
«On voulait aller sur le terrain. Jusqu'à maintenant, c'était un peu protocolaire au niveau de nos élus, et maintenant qu'ils ont parlé, est-ce qu'on va se regarder et se contenter de les avoir écoutés? [...] Nos élus ont parlé d'un Québec uni, alors on [voulait montrer ça...]. C'est une manifestation populaire, on va se côtoyer, musulmans, arabes, québécois. On sent un engouement sur le terrain, des deux côtés. De gens qui veulent nous prendre dans leurs bras et dire "On s'excuse", et nous, on voudrait dire : "On vous aime, merci"», explique un des organisateurs de la marche, Reda Kada, du Centre culturel islamique de Québec.
«C'est aussi parce qu'on a tendance à oublier les autres victimes, les blessés. [...] Il y en a dans le coma à l'hôpital, et leurs familles qui s'inquiètent : est-ce qu'ils vont s'en sortir indemnes, est-ce qu'ils vont les perdre, est-ce qu'ils vont rester handicapés? Ce n'est pas facile à vivre et on avait eu tendance à oublier ces victimes-là jusqu'à présent. On est là pour le rappeler», poursuit M. Kada.
Rappelons que l'attentat du 29 janvier a fait 6 morts et une vingtaine de blessés, dont cinq graves. Et c'est sans compter le traumatisme qu'ont subi plusieurs autres personnes parmi la soixantaine qui se trouvait à la mosquée à ce moment.
«Faire sa part»
Venus d'un peu partout au Québec, environ la moitié des manifestants sont partis de l'Université Laval, vers 12h30, pour emprunter René-Lévesque. Ils ont rejoint un autre groupe qui les attendait au Musée national des beaux-arts, puis tout le cortège s'est dirigé vers le parlement, où la marche a pris fin vers 15h.
Pour certains, la marche était une manière de «faire sa part» - la seule qu'ils avaient trouvée. «Je me sens un peu impuissante par rapport à tout ça, je ne savais pas trop comment réagir. Alors je me suis dit que j'allais me joindre à la marche», a indiqué Marie-Hélène Bergeron.
L'événement avait une couleur nettement musulmane, étant officiellement lancé avec un Allahu akbar («Dieu est grand»), juste après une prière islamique. Mais toutes les confessions y étaient bienvenues, comme a pu en témoigner soeur Carmen Gravel, qui se présente comme «une petite Franciscaine-de-Marie».
«Besoin du coeur»
«C'est un besoin du coeur d'être ici, dit-elle. Je veux dire à ces gens combien je les aime et que malgré nos différences, on est tous unis dans un même esprit, qui est d'aimer notre Dieu. C'est le même Dieu pour tout le monde, nous sommes les enfants de ce même père.»
Parmi les participants à la marche et les organisateurs, tous semblaient partager l'impression que la tuerie du 29 janvier avait fait bouger les choses, en faisant réaliser à tous que l'islamophobie est présente au Québec.
«Au lendemain de l'attentat, il y a des gens qui voulaient repartir chez eux, qui avaient peur pour leur sécurité et pour leurs enfants. Une dame qui est voilée me demandait : "Est-ce que je peux sortir, est-ce que je suis en sécurité, est-ce que je peux aller prier?" Mais la réaction de plusieurs politiciens, de beaucoup de médias et de la population a fait changer ça. Maintenant, c'est de dire : "On est Québécois, on est accepté"», indique M. Nada.
Profondément traumatisé
Zouheir Najai
Zouheir Najai était au mauvais endroit, au mauvais moment : il se trouvait à la Grande Mosquée de Québec quand Alexandre Bissonnette y est entré avec ses armes à feu. M. Najai s'en est tiré sans la moindre égratignure - du moins, son corps en est sorti indemne. Sa tête, c'est une autre paire de manches.
«Je dors assez bien mais, dès que je me réveille, je ne pense qu'à ça, témoigne-t-il. C'est ça, le plus difficile. Ça m'arrivait aussi d'imaginer des choses... Et j'ai des blackouts : les moments où je me suis échappé, c'est complètement noir, je ne m'en rappelle pas, même maintenant.»
Gagnant sa vie comme informaticien, M. Najai a été incapable de travailler la semaine dernière. Son employeur lui a suggéré un psychologue, qu'il a consulté depuis. «Ça va mieux maintenant, beaucoup mieux que les premiers jours. C'était difficile parce que les images revenaient souvent.»
M. Najai a participé à la marche d'hier pour exprimer son opposition au terrorisme et montrer son soutien à la communauté musulmane