L’Université Laval

Malaise et mutisme à l'UL dans l'affaire Mulroney

Le dossier du Centre de recherche Brian Mulroney continue de créer le malaise à la Faculté de droit de l’Université Laval. Le mutisme est même imposé aux professeurs du département, selon le Syndicat des employé(e)s de l’institution. 

Des professeurs joints par Le Soleil ont aussi indiqué ne pas pouvoir se prononcer sur la question, redirigeant toutes les questions vers l’administration D’Amours, qui a refusé d’accorder une entrevue. 

Réunis en assemblée départementale, les professeurs en droit de l’Université Laval se sont opposés, le 23 février dernier, à la création d’un Centre de recherche en droit international et transnational de recherche, qui porterait le nom de l’ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney. Ce vote au résultat extrêmement serré se voulait consultatif, et non directif. Mais le rectorat a décidé de ne pas aller de l’avant avec le projet. Quelque 48 heures plus tard, samedi dernier, l’institution a présenté ses excuses à M. Mulroney.

La rectrice, Sophie D’Amours, a du même souffle qualifié d’«inacceptable» que les discussions entre les professeurs aient été rendues publiques.

«Concernant les professeurs, cette discussion est privée, comme nous l’avons dit dans le communiqué», affirme la porte-parole de l’UL, Andrée-Anne Stewart. «Sur le projet à venir, notre démarche se fera dans le plus grand respect de M. Mulroney. Le projet sera annoncé le moment venu.»

Questionnés à savoir pourquoi le Centre en question n’avait pas été approuvé par la Faculté, des professeurs joints par Le Soleil ont jugé être mal placés pour se prononcer dans les circonstances. 

«Dans ce dossier, comme c’est la Faculté qui est l’objet de la nouvelle, il est préférable de laisser ma doyenne répondre à vos questions», dit l’un d’eux, par courriel.

Même son de cloche du côté de la doyenne à la Faculté de droit, Anne-Marie Laflamme, avec qui toute demande d’entrevue a été refusée. «Je vous remercie pour cette proposition, mais la rectrice a déjà émis la position de l’institution et de la Faculté relativement à tous les éléments d’intérêt public dans ce dossier. Je ne pourrais rien y ajouter», a-t-elle simplement réagi dans une déclaration écrite.

Le silence des profs en droit devient de plus en plus difficile à justifier, avance un autre professeur. Cette hésitation à parler rendrait bon nombre d’enseignants furieux, par rapport à leur manière de considérer leur travail. La liberté universitaire, pour plusieurs, signifie aussi le droit de critiquer son institution.

Mutisme «curieux»

Ce mutisme à l’interne au département pourrait s’expliquer par un changement de statut des professeurs, selon le leader syndical des employés de l’Université Laval, Éric-Jan Zubrzycki. 

«Habituellement, c’est facile d’avoir l’opinion des profs, et là, quand il y a des intérêts administratifs, on n’entend rien», explique-t-il en entrevue. «Ça montre que de plus en plus, les enseignants sont considérés comme des membres du personnel, et non comme des dirigeants de l’Université, comme c’était auparavant le cas.»

«On ne devrait jamais empêcher les professeurs de parler, de quelconque manière, en particulier dans un dossier comme celui-là, où on a demandé aux professeurs de se prononcer et de voter», ajoute-t-il. «À partir du moment où on a formulé cette demande, ça devient un peu curieux d’exiger le silence après, surtout de la part d’une université. Un exercice démocratique suppose plutôt que ce soit public.»

Le plus triste dans toute cette histoire, selon M. Zubrzycki: «le fait qu’il existe probablement des raisons pour lesquelles les professeurs ont refusé la création du Centre, mais qu’il est impossible de les connaître» dans ces circonstances, à moins d’avoir assisté à l’assemblée en personne.

«À la limite, on pourrait se poser la question à savoir si ça s’appuie sur des positions purement idéologiques des professeurs ou sur autre chose. Mais on n’aura jamais les vrais détails», ajoute-t-il. 

Manque de transparence?

Dans un avis de confidentialité transmis lundi matin aux professeurs et autres membres de la communauté universitaire, dont Le Soleil a obtenu copie, la vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard, affirme que l’Université Laval «détient un grand nombre d’informations confidentielles pour accomplir sa mission […] qui doivent être protégées par l’Université et ses membres».

Elle écrit que les employés de l’institution ont le devoir de «préserver la confidentialité de ces informations». En cas de doute sur le caractère public ou confidentiel d’un élément d’information, l’employé est ensuite invité à communiquer avec son supérieur immédiat au préalable.

Le changement promis par l’équipe de Sophie D’Amours en termes de transparence ne se serait donc pas opéré, affirme Éric-Jan Zubrzycki. «Je suis persuadé qu’on est exactement à la même place actuellement que sous l’administration Brière, en termes de transparence de l’organisation», avance-t-il. «On a encore beaucoup d’espoir, mais il faudrait que ça se traduise sur le terrain quelque part. À l’heure actuelle, je n’en ai pas l’impression.»