Un avis d’intention de classement patrimonial protège désormais la maison Jobin-Bédard contre toute atteinte pour au moins un an.
Un avis d’intention de classement patrimonial protège désormais la maison Jobin-Bédard contre toute atteinte pour au moins un an.

Maison Jobin-Bédard: la ministre de la Culture met le holà à la démolition

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
La ministre de la Culture ne partage pas l’avis de la Commission d’urbanisme de la Ville de Québec qui avait autorisé la démolition de la maison Jobin-Bédard de Charlesbourg «vraisemblablement» construite entre 1791 et 1826. L’élue a diffusé jeudi un «avis d’intention de classement» patrimonial qui protège le bâtiment contre toute atteinte pour au moins un an, probablement pour bien plus longtemps...

«On avait émis une ordonnance pour empêcher la démolition. Maintenant, on a signifié au propriétaire un avis d’intention de classement […] parce qu’on a de bonnes raisons de croire que le bâtiment sera classé», explique Brigitte Roussy, l’attachée de presse de Nathalie Roy. «L’avis, qui a été transmis au propriétaire le 5 décembre 2019, est effectif dès maintenant.»

«Le Ministère a procédé à la documentation de la maison Jobin-Bédard et de son site ainsi qu’à l’analyse de leur intérêt patrimonial», ajoute-t-elle. «Plus précisément, le Ministère a analysé l’intérêt historique, architectural, ethnologique, technologique, archéologique et urbanistique de la maison et de son site. Les conclusions de cette analyse révèlent que la maison Jobin-Bédard et son site présentent un intérêt patrimonial élevé justifiant une protection.»

«Ça fait mon bonheur. C’est une excellente nouvelle», s’exclame le président de la Société d’histoire de Charlesbourg, Marc-André Bluteau, à qui Le Soleil a appris la position ministérielle. «On est très heureux de cette décision.»

Travaux bloqués

Le développeur, qui entendait ériger des maisons en rangées sur le terrain du 1216, rue du Maine, ne pourra donc pas aller de l’avant, même si la Ville avait délivré un permis pour la démolition. 

Quoique le titre «patrimonial» ne soit pas encore officiel, «le propriétaire doit agir comme si le bien était déjà classé», note Brigitte Roussy. Il devra donc «prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale de son bien», tel que le stipule la loi. 

Mme Roussy souligne que le nouveau statut de la résidence vient avec un «accompagnement» du ministère de la Culture pour la sauvegarde et donne droit à des subventions.

Pas sain

Soulignons que la Ville n’a jamais nié la «valeur patrimoniale supérieure» de la maison Jobin-Bédard. Des informations transmises au cours de l’été par le nouveau propriétaire avaient toutefois poussé la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ) à octroyer un permis de démolition. 

«Les experts ont statué sur le fait que le bâtiment n’était plus sain et viable, et que, vu son état de dégradation avancé, il devrait être démoli», avait expliqué David O’Brien, porte-parole. «La CUCQ a ainsi considéré qu’il était déraisonnable d’obliger le propriétaire à faire une restauration qui aurait été très coûteuse [estimation des travaux à plus du double de la valeur de la maison] et a accepté de délivrer un permis de démolition [le 4 octobre].»

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LES PRINCIPALES OBSERVATIONS DES EXPERTS DU MINISTÈRE

  • Valeur historique: Elle est un témoin significatif de la concession agricole Saint-Pierre et Saint-Claude située dans l’ancienne seigneurie de Notre-Dame-des-Anges. Elle est associée à plusieurs générations d’agriculteurs, dont plusieurs Bédard, l’une des familles pionnières de cette seigneurie.
  • Valeur architecturale: Vraisemblablement érigée entre 1791 et 1826, la maison est représentative des maisons rurales construites au tournant du XIXe siècle, une période de transition entre la maison d’influence française et la maison traditionnelle québécoise. Elle se démarque de l’architecture rurale de cette époque par ses dimensions importantes. Elle témoigne également de l’évolution des maisons rurales et villageoises au XIXe siècle en fonction des besoins de ses occupants et de l’influence de différents styles et courants architecturaux.
  • Valeur ethnologique: La structure en maçonnerie et la charpente de la maison témoignent de méthodes de construction traditionnelles. Son aménagement intérieur évoque pour sa part le mode de vie d’une famille d’agriculteurs aux XIXe et XXe siècles.
  • Valeur urbanistique: Son implantation perpendiculaire à la voie publique et l’orientation de sa façade vers le sud sont des éléments qui témoignent du mode d’implantation typique des maisons dans une concession agricole du tournant du XIXe siècle.
  • La maison présente également une bonne authenticité ayant conservé plusieurs de ses composantes anciennes.
  • Le terrain présente également un potentiel archéologique.

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