Une vue de l’immeuble que voudrait construire le promoteur ACERO Groupe Immobilier, à partir de l’intersection de la 13e Rue et de la 1ère Avenue

L’opposition au projet de tour à Limoilou prend forme

Dominic Martin habite avec sa conjointe et ses deux enfants sur la rue Leclerc, dans le Vieux-Limoilou. À quelques pas de chez lui, le promoteur ACERO Groupe Immobilier projette de construire une tour d’habitation de 18 étages sur le site de l’église Saint-François d’Assise.

M. Martin a vu les images de la tour. Il a écouté le promoteur au conseil de quartier arguer que son projet contribuerait à la densification que souhaitent la Ville de Québec et son maire, Régis Labeaume. Son verdict? Non merci. 

Avec ses nombreux duplex et triplex, Limoilou devrait continuer à se densifier à une hauteur raisonnable, fait-il valoir. Pour lui, pas question de défigurer le cœur du quartier avec une tour de 18 étages. «On confond la 1re Avenue avec le boulevard Laurier», déplore-t-il. 

Ces jours-ci, comme de plus en plus de citoyens du secteur, Dominic Martin se mobilise pour ne pas voir l’immeuble de 123 logements apparaître dans son voisinage. 

Un groupe d’une dizaine de résidents des rues Leclerc, Royal-Roussillon et Ozanam ont formé le groupe «Action Limoilou» et mis en ligne une pétition demandant au conseil municipal de Québec de maintenir le zonage actuel de cinq étages pour toute construction érigée sur le site de l’église désaffectée. La pétition en ligne a enregistré environ une centaine de signatures. 

«On veut juste que la Ville respecte son propre zonage», dit Dominic Martin. 

Sur le site de la pétition en ligne, les citoyens peuvent justifier leur signature. «Pas de zonage à la carte pour satisfaire les intérêts économiques des promoteurs au détriment des citoyens», écrit Alain Voyer. «Je signe puisque je tiens au visage humain et convivial de mon quartier», précise Victoria Oliver. 

ACERO doit obtenir une dérogation au conseil municipal de la Ville de Québec avant de pouvoir construire son immeuble locatif. Pour l’instant, le zonage dans le secteur prévoit un maximum de cinq étages, soit 13 de moins que le projet. 

Questionné à savoir ce qu’il pensait du changement de zonage réclamé par le promoteur Benoît Raymond, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait démontré une ouverture à une dérogation, début février. Sans préciser combien d’étages seraient souhaitables, il avait estimé que les bons principes de développement durable commandaient un rehaussement des hauteurs des édifices à Limoilou. 

Sécurité en jeu

Les résidents opposés au projet d’ACERO estiment que cinq étages suffisent. Une tour de 18 étages augmenterait le trafic dans le secteur et constituerait un risque accru pour la sécurité des enfants, des personnes âgées et des gens qui fréquentent l’hôpital, plaident-ils. Les terrains de l’église Saint-François d’Assise sont situés près de l’hôpital du même nom, de la résidence pour aînés Les Jardins Le Flandre et de l’école primaire de la Grande-Hermine. 

Dominic Martin et sa famille se déplacent beaucoup à pied et en vélo. Sa fille, par exemple, traverse chaque matin la 1re Avenue pour se rendre à l’école. M. Martin craint que l’achalandage — et les risques d’accidents — augmentent avec l’ajout de 123 logements sur un même terrain.  

Dominic Martin, un citoyen du quartier

Le président d’ACERO, Benoît Raymond, n’a pas rappelé Le Soleil, mardi et mercredi. À plusieurs reprises dans les derniers mois, il a défendu son projet en affirmant qu’il contribuait à densifier le secteur sans le perturber. Il a aussi précisé que l’édifice aurait deux étages sur presque 60 % du terrain. 

Lors d’une présentation devant le conseil de quartier du Vieux-Limoilou, à la mi-janvier, M. Raymond avait précisé que le concept dévoilé était le troisième qu’il présentait, les deux premiers ayant été rejetés par le comité d’urbanisme de la Ville de Québec. Il avait aussi tenu à rassurer les citoyens en affirmant que l’hôpital serait le plus pénalisé en terme l’ensoleillement et qu’il n’y aurait aucun impact sur le vent pour les piétons. 

Dominic Martin ne veut pas être «taxé d’immobilisme», mais pense que des immeubles plus petits s’harmoniseraient davantage aux autres bâtiments de Limoilou. Il compte d’ailleurs répertorier les terrains vacants du quartier où de tels immeubles pourraient être bâtis.

En attendant, il espère que le nombre de signataires de la pétition continuera d’augmenter. «Il faut se mobiliser pour que la Ville nous entende», dit-il.