M. Roy demande au maire de contacter le ministre Marc Garneau pour «l’aviser que […] le lien de confiance entre l’administration actuelle de YQB et le Comité représentatif du milieu est irrémédiablement rompu».

L'intervention de Marc Garneau réclamée pour rétablir des ponts avec l'aéroport [VIDÉO]

Le Comité de travail sur l’accessibilité aérienne de la région de Québec demande l’intervention du ministre fédéral des Transports pour faire cesser les attaques de l’aéroport à l’endroit de ses membres et nommer un nouveau pdg qui «n’utilise pas de méthodes de muselage».

Le Comité a finalement déposé une version «partielle» de son rapport vendredi matin dans lequel il fait des recommandations au maire de la capitale, Régis Labeaume, afin de «rebâtir le lien essentiel de confiance» entre l’aéroport et les acteurs économiques, touristiques, politiques de la région.

Présidé par André Roy de l’Office du tourisme de Québec, le groupe critique vivement l’attitude de la direction actuelle de l’aéroport. Mais se réjouit de l’opportunité qu’offre le départ d’administrateurs et du pdg de l’entreprise, Gaëtan Gagné, qui pourront être remplacés.

M. Roy demande au maire de contacter le ministre Marc Garneau pour «l’aviser que […] le lien de confiance entre l’administration actuelle de YQB et le Comité représentatif du milieu est irrémédiablement rompu». Et pour que le fédéral choisisse de nouveaux gestionnaires qui collaborent avec les instances locales intéressées par l’accroissement du nombre de vols.

«Le type de gestion pratiqué à YQB n’est actuellement pas optimal tant en développement aérien qu’en développement de partenariats», lit-on dans le rapport fruit du travail des 16 membres du Comité. Ceux-ci déplorent notamment «un style de gestion fermé» et «l’attitude victimisante de YQB».

Malgré cette charge directe contre la haute direction de l’aéroport, les membres du groupe se disent «intéressés et volontaires» à poursuivre leur travail… quand de nouvelles têtes apparaîtront dans l’organigramme! «On va attendre de voir qui sera le prochain pdg de l’aéroport».

Il faut dire que les relations sont pour le moins tendues entre le Comité mis sur pied par Régis Labeaume et l’administration aéroportuaire. Le 31 janvier, l’Aéroport international Jean-Lesage a fait livrer par huissier des mises en demeure à quelque 26 personnes. La démarche, appuyée par le président de l’entreprise Gaëtan Gagné, visait à bloquer la publication du rapport. 

La direction a expliqué son geste en se disant «d’avis que le Comité aurait excédé son mandat en se prononçant sur la gouvernance de l’aéroport». Elle n’aurait eu «d’autre choix que de signifier [son] opposition au projet de rapport». 

Contre-attaque

Le Comité créé fin 2017 a contre-attaqué en milieu de semaine en annonçant la diffusion imminente d’une version «actualisée» de son rapport. Il avait menacé en outre de se rendre au tribunal pour attaquer ce qu’il assimile à une poursuite bâillon. 

Les membres dénoncent ce qu’ils qualifient de tentative d’intimidation. Et affirment que l’aéroport tente de discréditer des représentants d’organisations reconnues de la capitale qui se sont investis bénévolement dans le Comité.

Ont participé au dévoilement du rapport : Jacques Lévesque, Tourisme Charlevoix ; Marjolaine de Sa, Association hôtelière de la région de Québec ; Carl Viel, Québec International ; Pierre-Michel Bouchard, Centre des congrès de Québec ; Claude Choquette, Groupe le Massif ; Julie Bédard, Chambre de commerce et d’industrie de Québec ; Rhonda Rioux, Ville de Québec et Frédéric Dubé, Alliance de l’industrie touristique du Québec.

Par contre, les représentants de la Ville de Lévis et de l'aéroport étaient absents. Les deux sont d’avis que l’attaque frontale du Comité outrepasse son mandat d’accroître l’offre aérienne à YQB.

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UN NOUVEAU PDG POUR REBÂTIR DES PONTS

Le gouvernement fédéral ne veut pas s’immiscer dans la gestion de l’Aéroport international Jean-Lesage… mais invite le conseil d’administration à profiter de la nomination prochaine d’un nouveau pdg pour rebâtir des ponts avec les institutions locales.

Le message transmis par le Comité de travail sur l’accessibilité aérienne de la région de Québec s’est bel et bien rendu jusqu’à la Chambre des communes, indique Delphine Denis, gestionnaire des relations avec les médias du cabinet du ministre des Transports Marc Garneau. «Je peux confirmer que le bureau du ministre a reçu le rapport.»

Mme Denis fait néanmoins remarquer que les aéroports sont pilotés par des entreprises sans but lucratif. «La gestion de l’aéroport de Québec est complètement indépendante du gouvernement fédéral.»

Cela n’empêche pas le député fédéral de Québec, Jean-Yves Duclos, d’accueillir «favorablement» les recommandations du Comité «qui présente des défis importants auxquels le Conseil d’administration devra s’attaquer rapidement. On retrouve parmi ceux-ci celui de rétablir le lien de confiance entre l’administration actuelle de l’aéroport et la communauté».

Deux priorités

«Je vois deux priorités», lit-on dans la déclaration écrite transmise par Karl Sasseville, de son cabinet. «Premièrement, que le Conseil d’administration profite de la transition prochaine à la direction de l’aéroport pour améliorer les liens avec la communauté. Deuxièmement, que le processus de sélection de la prochaine direction soit ouvert, transparent et basé sur le mérite. J’ai confiance que l’aéroport de Québec renforce encore davantage son partenariat et sa capacité d’appuyer le développement de notre région.»

De son côté, l’administration de l’aéroport attendra avant de se prononcer : «Nous prendrons le temps nécessaire pour analyser le rapport et ferons connaître nos commentaires ultérieurement, s’il y a lieu», nous a écrit Laurianne Lapierre, conseillère communications et relations médias.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, attendra quant à lui la semaine prochaine avant de se prononcer.

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LEHOUILLER CRAINT POUR L'AUTONOMIE DE L'AÉROPORT DE QUÉBEC

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, s’inquiète pour l’autonomie de l’Aéroport Jean-Lesage dans la foulée du rapport du Comité de travail sur l’accessibilité aérienne de la région de Québec, déposé vendredi après quelques semaines marquées par les rebondissements.

En marge d’une rencontre du conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le maire Lehouillier a avoué qu’il n’avait pas encore pris connaissance du rapport, mais que le directeur du développement de la Ville de Lévis, Philippe Meurant, qui siégeait au comité, lui aurait affirmé qu’il était «mal à l’aise» avec les conclusions du rapport qui concernent la gouvernance de l’aéroport. «Il a dit qu’il était convaincu que la démonstration n’avait pas été faite parce que le comité n’avait pas rencontré le conseil d’administration [de l’aéroport]», a déclaré le maire.

«Dans les dernières semaines, tout ça a envenimé les débats, a créé un climat malsain et M. Meurant a décidé de se retirer du rapport. Moi, ma préoccupation, c’est de m’assurer que l’aéroport garde sa parfaite et entière autonomie. Il ne faudrait pas que des gens profitent de ce rapport pour tenter de faire une mainmise sur l’aéroport», a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il allait demander à rencontrer le conseil d’administration de l’aéroport.

«La vraie question dans laquelle on trempe depuis quelques semaines, c’est plutôt qui va nommer le prochain pdg de l’aéroport... M. Meurant m’a dit que ça commençait à ressembler à des gens qui voulaient s’assurer d’avoir leur mot à dire sur la nomination du prochain pdg. Je crois qu’on s’est engagé sur un terrain glissant. Nous, on était allés [au comité] avec une objectivité qui était nécessaire. S’il y a eu une mauvaise gestion, il faut être capable de le démontrer. C’est bizarre que, soudainement, on attaque la gouvernance alors que ce n’était pas la raison d’être du rapport», reprend Gilles Lehouillier.

Le maire de Lévis estime d’ailleurs que le comité qui sélectionnera le successeur de Gaëtan Gagné, qui quittera son poste de pdg de l’Aéroport de Québec cette année, devra être neutre, indépendant et autonome. «Sans ça, c’est un exercice qui risque de vite virer au vinaigre», termine-t-il. Ian Bussières