La Ville de Lévis a annoncé officiellement mercredi qu'elle allait de l'avant avec la construction du viaduc de Saint-Rédempteur.

Lévis paiera 100% du viaduc de Saint-Rédempteur

Furieux de s'être fait dire non par le gouvernement, le maire de Lévis Gilles Lehouillier va tout de même de l'avant avec la construction d'un viaduc très attendu, qui permettra de désengorger la circulation à Saint-Rédempteur.
Habituellement calme devant la presse, M. Lehouillier s'est emporté mercredi matin, dans une sortie virulente contre le ministère des Transports, qui manque selon lui de «vision et de planification» et donne des subventions à celui «qui gueule le plus».
«On trouve ça effrayant qu'aujourd'hui, on n'ait pas un sou», a déploré le maire. Selon lui, le gouvernement a «fait miroiter» une subvention de 8 à 10 millions $ à la Ville jusqu'à la dernière minute, avant de se retirer du projet cet été. M. Lehouillier a précisé au Soleil que c'est au Conseil du trésor que la demande a été bloquée. 
Confiante que l'affaire était dans le sac, la Ville de Lévis avait lancé les appels d'offres au printemps. C'est la firme de construction Pomerleau qui a obtenu le contrat qui s'élève à 17 millions $. Sans partenaire financier, la Ville a décidé de lancer les travaux et de payer la facture toute seule. 
Attendu depuis 30 ans dans le secteur, le projet consiste à construire un viaduc pour franchir la voie ferrée du CN, relier les secteurs Saint-Nicolas et Saint-Rédempteur et faciliter l'accès à l'autoroute 20. Le nouveau lien routier de 700 mètres comptera deux voies en direction nord et une voie en direction sud, entre la rue de Saint-Denis et la rue de Bernières. 
La Ville calcule qu'environ 8000 automobilistes par jour devraient emprunter la nouvelle voie d'accès qui sera prête en novembre 2018. À l'heure actuelle, les citoyens de ce quartier doivent souvent compter 45 minutes aux heures de pointe pour franchir les 3 km qui les séparent des ponts. Le viaduc comprendra également une voie cyclable qui pourra être utilisée par les motoneigistes en hiver. 
Cette facture imprévue forcera la Ville à recalculer son budget. «Ça sera pas catastrophique, mais n'empêche qu'il y a certains projets qu'on va devoir retarder un peu», a évoqué M. Lehouillier, qui refuse toutefois d'augmenter les taxes de façon importante. 
Le maire Gilles Lehouillier à fait une sortie virulente contre le ministère des Transports, mercredi.
On ravale
«Là, on ravale, on le fait à 100 %. Mais on s'attend à ce que le gouvernement soit au rendez-vous pour nos prochains axes routiers par exemple», a averti M. Lehouillier. Le maire ira peut-être même jusqu'à demander à ses concitoyens de voter pour le parti qui s'engagera à livrer le viaduc de Saint-Omer et le réaménagement de la route des Rivières (116) aux prochaines élections provinciales. 
«À Lévis, c'est le sous-financement chronique au niveau des infrastructures», juge celui qui est à la tête de la ville qui a la plus forte croissance économique de la province. «On dirait qu'il y en a à Québec, qui ne se sont pas encore réveillés et qui n'ont pas fait ce constat-là.»
L'élu de la Rive-Sud se demande s'il «faut monter aux barricades» et «crier» pour avoir du financement de la part du ministère des Transports. Si c'est le cas, «moi aussi, je suis capable de monter le ton», a-t-il averti. M. Lehouillier a soutenu qu'il ne visait pas nécessairement le maire de Québec Régis Labeaume. «Je parle de tous les maires au Québec qui font ça.»
Reste que pour le maire Lehouillier, il ne s'agit pas de la bonne façon de gérer les transports. «Il est temps que le gouvernement se donne des orientations, à visière levée. Que toutes les municipalités sachent où il s'en va pour les 15, 20 prochaines années.» 

Pas de décision «sur le coin d'une table»

Le ministère des Transports se défend de prendre ses décisions «à la petite semaine» et soutient que le projet du viaduc de Saint-Rédempteur ne cadrait pas dans ses programmes de financement. «Nos décisions sont prises de façon rationnelle. C'est pas fait sur le coin d'une table», a réagi Mathieu Gaudreault, attaché de presse du ministre des Transports Laurent Lessard mercredi. Selon lui, la Ville de Lévis savait depuis longtemps que son projet «sortait du cadre financier du ministère des Transports». «On peut comprendre la déception du maire, mais on est un peu surpris que son ton ait changé», indique M. Gaudreault. Selon lui, le ministère des Transports traite les citoyens de Lévis de façon équitable. «Le déficit d'investissements, on n'est pas d'accord avec ça. Il n'y a pas de volonté de sous-financer Lévis.» Une version des faits que n'achètent pas le député des Chutes-de-la-Chaudière Marc Picard et le député de Lévis François Paradis, de la Coalition avenir Québec (CAQ). «Je comprends que le maire perde patience [...] Il y a des promesses qui ne sont pas tenues», a réagi M. Paradis, en marge de l'annonce.