Le maire Gilles Lehouillier croit que le SRB peut être un bon projet pour la ville de Québec, où il y a un plus fort achalandage dans le service de transport en commun.

Lévis largue le SRB

Le conseil municipal de Lévis a sonné le glas du projet de Service rapide par bus (SRB) sur la rive sud mardi, décrétant qu'il était beaucoup trop onéreux pour les bénéfices qu'en retirerait la population.
C'est de façon unanime, au terme d'un comité plénier spécial, que les 15 élus municipaux lévisiens, tous membres de l'équipe du maire Gilles Lehouillier, ont voté pour un retrait du projet de SRB.
« Nous avons fait un tour de table quartier par quartier, nous avons analysé rigoureusement toutes les options et nous nous retirons du projet de SRB, qui est beaucoup trop onéreux », a déclaré le maire Gilles Lehouiller en point de presse.
Les coûts d'immobilisation du projet sur la rive sud, à savoir 660 millions $ pour le projet global et 210 millions $ pour le projet réduit à sa plus simple expression, n'apporteraient pas de valeur ajoutée pour Lévis, selon le maire. 
« Si on investit 210 millions $ ou 660 millions $ là-dedans, on améliore l'achalandage de seulement 2% selon les études qu'on a eues, on s'aperçoit que c'est beaucoup d'investissement pour une augmentation d'achalandage qui ne sera peut-être pas au rendez-vous pour Lévis, qui a un faible volume », a poursuivi le maire.
Acceptabilité sociale
Celui-ci ajoute qu'il ne sent pas non plus que le projet de SRB satisfaisait les critères d'acceptabilité sociale dans sa ville. « Mes quinze conseillers municipaux se promènent dans les quartiers et on ne sent pas cette acceptabilité. Même si tout était payé par le gouvernement provincial, les gens nous disent que ça vient quand même de leur poche», a résumé le maire, 
M. Lehouillier a reconnu que le SRB pouvait tout de même être une option intéressante pour la ville de Québec, dont le volume d'utilisateurs est plus important. 
Il a également juré que ce n'était pas le fait que le projet était difficile à vendre à la population lors d'une année électorale qui avait fait pencher la balance. «La question était que les coûts étaient faramineux sur le territoire de Lévis pour le nombre d'usagers», a-t-il répété.
«Nous, si on prend le scénario 4 qui coûte 210 millions $ et qu'on paie 10%, c'est 21 millions $. Sur un programme triennal d'immobilisations (PTI) où ma capacité d'emprunter annuelle est de 50 millions $, ça met de la pression sur le PTI. Québec a peut-être cette capacité-là, mais nous, on ne l'a pas», a résumé le maire.
Comité de réflexion
Malgré la décision prise mardi, le maire de Lévis a tenu à dire que lui et son conseil croyaient toujours au transport collectif. Il a ainsi annoncé la création d'un comité d'élus afin de proposer une solution moins coûteuse pour décongestionner Lévis par l'aménagement d'un troisième lien entre les deux rives, l'amélioration des axes routiers existants et une bonification du transport collectif.
Le comité devrait livrer avant l'automne un rapport qui inclura un projet de transport collectif que le maire souhaite moins coûteux et aussi efficace que l'aurait été le SRB.
«Je suis convaincu qu'on arrivera avec de quoi d'aussi efficace. L'interconnexion (avec le SRB de Québec) fera assurément partie des préoccupations du comité. Est-ce qu'on créera un terminus sur la rive sud ou alors est-ce que le Service de transport de Lévis traversera à Québec? C'est à voir», a ajouté le maire, indiquant aussi que la route 116 et le troisième lien allaient figurer parmi les enjeux majeurs du comité.
Décision «sage», selon la Chambre de commerce de Lévis
La Chambre de commerce de Lévis (CCL) applaudit l'abandon du projet de SRB sur la Rive-sud. Son vice-président exécutif et directeur général, Stéphane Thériault, considère que la décision du conseil municipal est «sage» et que le maire Lehouillier a «du flair». La perspective de perdre l'aide des gouvernements supérieurs - et du temps - pour mettre en place des solutions à la congestion n'affecte pas le regroupement de gens d'affaires. «Le projet de SRB, on aurait pu l'applaudir dans les années 90. On restait dans un schéma où on rabattait vers [le boulevard] Guillaume-Couture qui est déjà le tracé le mieux desservi en ville», analyse son dg, convaincu que «ce projet n'était pas le bon». M. Thériault pense que Lévis doit faire une croix sur les modes lourds de transport collectif, SRB ou tramway, en raison du vaste territoire à desservir. Il faut «sortir de la boîte» pour aller chercher les usagers directement dans les quartiers, dit-il, évoquant de nouveaux modèles, de nouvelles technologies sans les préciser.
Le SRB Québec-Lévis en 10 dates importantes
12 septembre 2013
Le candidat à la mairie de Lévis Gilles Lehouillier réitère son engagement envers le projet de tramway Québec-Lévis «tel que convenu dans le schéma d'aménagement de la Communauté métropolitaine de Québec». 
2 avril 2014
L'étude de faisabilité sur le tramway est élargie pour inclure le scénario d'un service rapide par bus (SRB), toujours pour Québec et Lévis.
2 mars 2015
L'étude de faisabilité conclut à la nécessité d'un SRB de 43 kilomètres sur les deux rives, coûtant au moins 1 milliard $ et devant être construit pour 2025.
15 mars 2016
Le gouvernement du Québec décaisse 12,5 millions $ pour le bureau d'études du SRB.
28 novembre 2016
Le maire Gilles Lehouillier craint de devoir payer entre 10 et 25 % du SRB. Il prévient qu'il n'en a «pas les moyens» et demande aux gouvernements supérieurs d'acquitter la totalité de la facture.
22 mars 2017
Le gouvernement du Canada annonce qu'il paiera 40 % des nouveaux projets d'infrastructures de transport en commun.
28 mars 2017
Le gouvernement du Québec débloque 56 millions $ pour la réalisation des plans et devis du SRB, que le maire de Québec veut utiliser seulement pour la rive nord. Le provincial ne dit pas quel pourcentage de la facture du projet il est prêt à assumer.
31 mars 2017
Le maire Lehouillier propose une version plus modeste et adaptée du SRB pour la rive sud.
7 avril 2017
Les maires de Québec et de Lévis s'entendent sur un tracé et une facture pour le SRB qui doit encore circuler sur les deux rives.
18 avril 2017
Le conseil municipal de Lévis décide de se retirer du projet de SRB.