À Lévis, la moitié de la contribution de 30 $ pour le transport en commun provenant de l’immatriculation des véhicules de promenade prend le chemin de Québec. Ce que dénonce vertement le maire Gilles Lehouillier.

Lévis fait fausse route, selon le RTC

Les problèmes financiers de la Société de transport de Lévis (STLévis) sont bien davantage attribuables à la faiblesse des investissements municipaux qu’au partage de la contribution de 30 $ pour le transport en commun provenant de l’immatriculation des véhicules de promenade, analyse le président du Réseau de transport de la Capitale (RTC), Rémy Normand.

Cela fait 25 ans que le fonds d’immatriculation a été créé par le gouvernement du Québec afin que les automobilistes des six régions les plus populeuses de la province participent au financement du transport collectif. Lors du renouvellement de l’immatriculation des véhicules de promenade, 30 $ sont prélevés et remis à la société de transport en commun la plus proche.

À Lévis, la moitié de la contribution prend toutefois le chemin de Québec. Ce que dénonce vertement le maire Gilles Lehouillier. En campagne électorale et encore lundi à Radio-Canada, il a promis de mener une chaude lutte pour récupérer toutes les sommes versées par les Lévisiens. Une entente intervenue en 2011 avec les libéraux, alors que le politicien était député, promettait une compensation annuelle récurrente d’un million de dollars en attendant la révision de la formule de calcul. Mais celle-ci n’est plus versée depuis 2015.

Désinformation

De l’autre côté de la rive, le président du RTC craint que l’offensive lancée par Lévis ne tourne à la désinformation et signifie une perte de revenus pour Québec. Dans une entrevue téléphonique au Soleil, Rémy Normand fait valoir qu’à sa création, la contribution de 30 $ reconnaissait une fiscalité d’agglomération et était séparée en fonction de l’achalandage (80 %) et du territoire desservi (20 %). Cela explique l’avantage Québec.

Selon M. Normand, Lévis ne peut se comparer à des villes comme Trois-Rivières, Sherbrooke ou Saguenay puisqu’elle est bordée par une ville plus importante, Québec, qui attire une grande partie des déplacements régionaux. 

Le conseiller municipal de Québec se plaît néanmoins à rappeler l’écart entre les investissements en transport en commun à Lévis et à Sherbrooke (69 $ per capita dans un cas et 76 $ dans l’autre) ainsi que le nombre d’heures de service des autobus (1,29 heure per capita à Lévis et 1,59 heure à Sherbrooke). À titre de comparaison, Québec investit 183 $ et donne 2,28 heures de service par citoyen pour le transport en commun. 

«Le problème, ce n’est pas la contribution des automobilistes, c’est le sous-financement», conclut M. Normand.

Revoir le financement

Si le gouvernement du Québec accepte de revoir la formule de financement, le président du RTC refuse de simplement remettre à Lévis les contributions des citoyens de Lévis et à Québec celles des citoyens de Québec. Car selon lui, les notions d’agglomération et d’achalandage ont leur importance. 

M. Normand soumet par ailleurs d’autres pistes, comme l’élargissement du territoire de perception aux municipalités environnantes, la contribution des propriétaires de tous types de véhicules, pas seulement ceux de promenade, et l’indexation des 30 $. L’application de l’inflation depuis que le montant a été établi en 1992 porterait en effet la contribution à 46,51 $. 

«Je veux bien qu’on donne de l’information à la population, mais je voudrais qu’on le fasse sur les bonnes bases», résume l’élu responsable de la mobilité à Québec pour justifier son intervention dans les affaires de sa voisine. «Il faut comprendre qu’à chaque fois qu’on intervient à quelque part, il y a un impact sur les autres sociétés de transport», ajoute-t-il.