Le prix de vente du 100, quai Saint-André, est toujours fixé à 5,48 millions $, soit la moitié des 10,6 millions $ inscrits au rôle d’évaluation 2016-2018 de la Ville de Québec.

L'Espace 400e, un éléphant gris en plein cœur de Québec

Juin marquera le 10e anniversaire de l’inauguration du pavillon d’Espace 400e. Depuis son ouverture, le legs du gouvernement canadien aux fêtes du 400e de Québec a toujours peiné à attirer les expositions culturelles et thématiques qui lui étaient destinées. Toujours en vente plus d’un an après l’intention du fédéral de s’en départir, l’édifice construit pour plus de 9 millions $ est maintenant inoccupé.

Quelle vocation réserve l’avenir à Espace 400e situé dans le Vieux-Port de Québec? La question demeure entière après qu’un acheteur potentiel eut retiré son offre en mars 2017. Le nom de ce dernier n’a jamais été dévoilé. La porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Sonia Tengelson, a réaffirmé au Soleil la semaine dernière que le bâtiment était encore en vente, sans vouloir préciser si de nouveaux acquéreurs avaient montré de l’intérêt. 

Le prix de vente du 100, quai Saint-André, est toujours fixé à 5,48 millions $, soit la moitié des 10,6 millions $ inscrits au rôle d’évaluation 2016-2018 de la Ville de Québec. 

Avec la mise en vente, Parcs Canada, gestionnaire du bâtiment de cinq étages, a cessé de faire la location. «Depuis le départ de J-EM en 2017, il n’y a pas eu de location de ce bâtiment, puisqu’il est en processus de vente. Il n’est donc pas souhaitable d’en faire la location durant ce processus», confirme la porte-parole, Kimberly Labar.

Jusqu’en décembre 2016, J-EM, entreprise en gestion d’événement, était mandaté pour gérer l’édifice, sans obtenir beaucoup de succès. Avant elle, la filiale 3E du Festival d’été avait aussi connu des problèmes de fréquentation aux expositions. Après la présentation de Bodies en 2009, qui avait accueilli 230 000 visiteurs, l’achalandage aux expos subséquentes était en chute libre: Titanic en 2010 a reçu 100 000 personnes; Le hockey dans la peau en 2011, seulement 27 000; et même l’exposition Exploration numérique en 2013, bien que gratuite, a été boudée.

À la fin 2016, le taux d’occupation du bâtiment était estimé à moins de 30%. Mise à part certaines activités ponctuelles comme la Manif d’art et l’exposition internationale de photo World Press Photo, une partie du pavillon était louée pour des événements d’affaires comme des cocktails.

Explications potentielles

Mario Demers est gestionnaire conseil chez J-EM. Il s’attriste de voir le bâtiment aujourd’hui inoccupé. Même s’il est difficile de le faire, plusieurs facteurs peuvent, selon lui, expliquer les insuccès du pavillon. «Il n’y a pas beaucoup d'expositions itinérantes du calibre de Bodies (présentant des cadavres humains) pouvant attirer une foule qui permet de couvrir les frais de l’exposition, soutient-il. Par comparaison, c’est comme si on devait trouver chaque année une artiste différente de la trempe de Céline Dion pour remplir la même salle de spectacle pendant un an. M. Demers avance aussi que le pavillon évolue dans un environnement où d’autres institutions artistiques, comme le Musée de la civilisation, font un travail d’une qualité exceptionnelle et offrent des expositions très courues.

Espace 400e semble être une suite ininterrompue de rendez-vous manqués. Le bâtiment a déjà été convoité par la Fédération québécoise des municipalités (FQM) pour y développer une Maison des régions. Le projet a finalement été abandonné. Montréal a maintenant la sienne. 

Certains y voyaient l’emplacement idéal pour un futur centre des sciences comme en possèdent Montréal et Vancouver dans leur port respectif. Régis Labeaume en souhaite un dans sa ville depuis plusieurs années. Cependant, le maire voudrait le voir s’implanter ailleurs que dans le Vieux-Port si le projet devait se réaliser.

Parcs Canada évalue à 48 000 $ le coût d’entretien annuel du bâtiment.