Les poêles à bois dans le viseur de Québec [VIDÉO]

La Ville de Québec songe sérieusement à agir pour limiter la pollution de l’air des systèmes de chauffage au bois. Ceux-ci semblent en effet responsables d’une part significative des particules fines en suspension dans l’air, a-t-on appris mardi lors d’une conférence de presse conjointe de la Santé publique et de la Ville. Mais la bonne nouvelle, c’est que dans l’ensemble, la qualité de l’air s’améliore dans la Vieille Capitale.

«Je ne veux pas commencer à dire à la population : on va tous vous obliger à changer vos poêles à bois. On va prendre notre gaz égal, mais on va regarder comment on peut aider les gens qui ont des poêles à bois vieux et non performants à éventuellement changer leurs poêles. Je pense qu’il faut les aider parce que ce n’est pas tout le monde qui a les moyens», a indiqué le maire Régis Labeaume.

Selon lui, il y aurait environ 50 000 systèmes de chauffage au bois dans la Ville de Québec, dont 40 000 seraient trop vieux pour respecter les normes actuelles d’émission. «C’est de plus en plus populaire, et je peux comprendre ça, mais ça a un impact sur l’environnement», a souligné M. Labeaume.


« «Je ne veux pas commencer à dire à la population : on va tous vous obliger à changer vos poêles à bois. On va prendre notre gaz égal, mais on va regarder comment on peut aider les gens qui ont des poêles à bois vieux et non performants à éventuellement changer leurs poêles. Je pense qu’il faut les aider parce que ce n’est pas tout le monde qui a les moyens »
Le maire Régis Labeaume

Les rapports de la Santé publique et de l’Environnement rendus publics mardi vont en ce sens. Si la qualité de l’air est enviable à Québec pour plusieurs polluants — les niveaux d’ozone, de dioxyde de soufre et de dioxydes d’azote sont parmi les plus bas parmi les milieux urbains comparables —, les quantités de «poussières totales» et de particules fines sont parmi les pires de la province, du moins dans certains quartiers.

C’était la basse-ville qui intéressait particulièrement les autorités, à cause de la pauvreté plus grande dans ce secteur et à cause des activités industrielles qui s’y déroulent. Dans le Vieux-Limoilou, on mesure près de 50 microgrammes par mètre cube (µg/m³) de poussières totales, soit environ 10 µg/m³ de plus que dans plusieurs secteurs de l’île de Montréal. En ce qui concerne les particules de moins de 2,5 microns de diamètre, les plus dommageables parce que leur petite taille leur permet de pénétrer plus loin dans le système respiratoire, l’air limoulois en contient environ 10 µg/m³, ce qui est autant que dans Hochelaga-Maisonneuve et qu’autour de l’échangeur Décarie.

Mais il n’y a pas qu’au centre-ville que ces particules fines posent problème : à Cap-Rouge, autour de l’école des Primevères, on en détecte autour de 8 µg/m³. Comme il n’y a pas d’industrie importante dans ce secteur, cela s’explique en partie par la topographie (ce quartier est situé dans une cuve) et par les poêles à bois. Les moments de la journée auxquels on observe des «pics» de pollution aux particules fines, signale Daniel Busque, du ministère de l’Environnement.

«Par temps froid et lorsque les conditions atmosphériques nuisent à la dispersion des contaminants, on va observer un certain patron dans les concentrations de particules fines. On va avoir en fin d’après-midi, une hausse de ces particules-là qui va se poursuivre pendant la soirée. Donc ce sont des gens qui vont mettre une couple de bûches en arrivant de travailler, puis qui vont en mettre 2 ou 3 autres avant d’aller se coucher, pour passer la nuit. C’est une chose qu’on observe», dit-il.

Parmi les autres sources possibles, notons que des études à Montréal ont trouvé que c’était le trafic routier qui était la principale source de particules fines, étant responsable de 40 à 50 % du total, a noté le patron de la Santé publique régionale, Dr François Desbiens. L’analyse finale de l’origine de ces particules à Québec n’est toutefois pas encore terminée.

«Alors ce n’est rien d’officiel encore, on a va attendre un peu, précise M. Labeaume. Mais actuellement, on commence à investiguer ce qui s’est fait dans les autres villes au sujet des poêles à bois.»

L’air s’améliore

De manière générale, ont trouvé les scientifiques de la Santé publique et de l’Environnement, la qualité de l’air s’améliore à Québec, même dans les quartiers centraux. Dans le Vieux-Limoilou, les poussières totales sont passées d’environ 50 µg/m³ en 2007 à autour de 40 µg/m³ en 2017, et on note aussi des baisses pour les particules fines. En outre, ajoute Dre Isabelle Goupil-Sormany, de la direction régionale de la Santé publique, «on a des données sur ce qui s’est passé avant 2007, et les améliorations ont été très rapides».

Notons à cet égard que cela est cohérent avec des résultats de recherche au sujet des lichens menés récemment à l’Université Laval, sous la direction du biologiste Claude Lavoie. Les lichens étant dépourvus de racines, ils puisent leur eau à même l’humidité ambiante, ce qui les rend très sensibles à la pollution atmosphérique et en fait de bonnes «sentinelles». Lors d’un inventaire réalisé en 1986, des chercheurs avaient constaté qu’il n’y avait pratiquement pas de lichens sur les arbres du Vieux-Québec et de la Basse-Ville, même pour les espèces les plus résistantes — les arbres étaient couverts de lichens à moins de 5 %. En 2016, M. Lavoie et certains de ses étudiants ont refait le même exercice aux mêmes endroits, et ont constaté des couverts lichéniques de plus de 50 %.