Le Cercle n'est pas la seule petite salle de spectacle de Québec à avoir du mal à attirer le public.

Les petites salles de spectacles, une «business fragile»

Il n’y a pas que Le Cercle qui éprouve des difficultés. Sans être au bout du rouleau comme le complexe de la rue Saint-Joseph, maintenant en processus de faillite, d’autres joueurs de la scène musicale de Québec ont vécu des problèmes à différente échelle cette année. Des voix s’élèvent maintenant pour plus de soutien aux petites salles de spectacles.

Pour Karl-Emmanuel Picard, copropriétaire de l’Anti Bar et Spectacles, également dans Saint-Roch, la business est «très fragile». «Il y a deux semaines, j’ai eu des spectacles où j’ai eu une personne par soir. […] Parfois, on pense que c’est mieux d’être fermé que d’ouvrir pour rien», ironise-t-il.

Selon lui, «la programmation est la clé» et le plan d’affaires d’une salle de spectacles «repose sur la vente d’alcool». Les deux sont en quelque sorte liés. Il faut en même temps trouver un équilibre entre les artistes locaux — qui attirent naturellement une base — et les plus gros noms qui attirent encore davantage. Il faut s’assurer d’avoir quelques bonnes soirées pour éponger celles qui sont déficitaires. 

M. Picard, qui est aussi à la tête de District 7, troisième promoteur en importance à Québec après Evenko et 3E, croit cependant que, pour arriver à s’en sortir, les petites salles n’ont pas les ressources ni le soutien nécessaires. À sa troisième année d’ouverture de l’Anti, il doit encore «donner un coup de balai», courir à l’épicerie pour accueillir les artistes, faire les commandes de bière et évidemment s’occuper de la programmation. Engager? Pas nécessairement les moyens. Et impossible de déléguer les activités de programmation, qu’il juge trop critiques. 

«La Ville pourrait se pencher sur un genre de fonds pour donner équilibre pour aider la culture, la relève», plaide-t-il. Il cite en exemple la publicité, «le nerf de la guerre», un processus énergivore qui pourrait être supporté davantage par la Ville. D’autres frais pourraient être épongés par le fonds, comme les cachets d’artistes. 

Au-delà des subventions, il soutient qu’il faut aussi améliorer l’accès aux salles du centre-ville, à commencer par «le transport en commun et le stationnement». Il raconte comment «à 10h52», sa salle s’est récemment vidée en raison d’une opération déneigement, le stationnement dans la rue étant interdit après 11h. 

«Un essoufflement»

«Il y a un essoufflement au niveau des spectacles», dit pour sa part sans détour Jean-Etienne Collin-Marcoux, fondateur du Pantoum, un complexe de création musicale de la basse ville de Québec. «Dans la dernière saison, on était déficitaire.» En six ans d’existence, c’est la première année que le Pantoum connaît une telle baisse d’achalandage.

Selon l’analyse de M. Collin-Marcoux, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. «La façon de consommer de la culture a changé. Les gens sortent moins et ont accès à pleins de découvertes à partir de leurs foyers.», soutient-il. «L‘activité sociale d’aller voir un show de prendre un risque de payer un billet est de moins en moins à la mode.»

Il estime aussi que le public est de plus en plus difficile à rejoindre, même avec les réseaux sociaux. «Il y a tellement de bruit médiatique et tellement d’information qui leur est transmise…» Le public serait aussi de plus en plus sélectif.

***

UN SÉRIEUX CASSE-TÊTE POUR LA BOURSE RIDEAU

La fermeture du restaurant-bar Le Cercle cette semaine est venue causer un sérieux casse-tête pour la Bourse Rideau, le rendez-vous annuel des diffuseurs et des producteurs du monde musical qui aura lieu à Québec du 11 au 15 février.

«Pour nous, Le Cercle était un partenaire majeur, alors nous avons dû nous retourner rapidement. C’était notre quartier général, mais aussi le lieu de rassemblement des participants», explique Nadia Guérette, coordonnatrice de la Bourse Rideau.

De plus, alors que le Capitole sera fermé pour cause de rénovations, 26 vitrines de spectacles étaient prévues au Cercle cette année et devront également être déplacées. «C’est tout de même la moitié de notre programmation alors que c’était déjà un grand défi de compenser la perte du Capitole», explique Mme Guérette.

Salles voisines

L’organisation de la Bourse Rideau s’est finalement entendue avec Alain Marceau, propriétaire du District Saint-Joseph, pour y tenir certains des spectacles prévus au Cercle. «Le District Saint-Joseph, avec qui nous avions déjà un partenariat, a accepté. Mais malheureusement, il ne pourra pas accueillir tous les spectacles du Cercle, alors nous cherchons toujours une salle qui pourrait les tenir», poursuit Nadia Guérette.

Le gala final de la Bourse Rideau 2018, qui sera présenté à l’Impérial Bell, sera également diffusé simultanément au District Saint-Joseph.

La 31e Bourse Rideau accueillera à Québec 350 artistes, 320 producteurs et agents et 350 diffuseurs de spectacles, incluant quelques participants de l’Europe, des États-Unis et du reste du Canada, et proposera divers ateliers et conférences.