La manifestation est «une occasion très importante pour entendre simultanément plusieurs acteurs du terrain s'exprimer sur l'état des soins de santé», indique l'infirmière Natalie Stake-Doucet, qui fait partie du comité organisateur.

Les infirmières «en colère» devant l'Assemblée nationale

Mélie-Jade Lynch n’a que 23 ans et déjà, la jeune infirmière avoue ressentir la pression. Les conditions de travail sont parfois si difficiles que l’avenir de la profession, si rien ne change, risque de s’assombrir.

«C’est le temps qu’on essaie de faire changer les choses. Déjà je vois que c’est très difficile, j’ai eu énormément de TSO [temps supplémentaire obligatoire], j’ai vécu des conditions de travail difficiles et subi de la violence de la part de mes gestionnaires. Donc oui, c’est difficile, mais on veut changer les choses pour pouvoir rester dans la profession et pouvoir continuer à faire le plus beau métier du monde», a raconté la professionnelle, à la manifestation organisée samedi devant l’Assemblée nationale.

Près d’une cinquantaine de personnes se sont rassemblées pour dénoncer entre autres les conditions de travail pénibles des infirmières, ainsi que la réforme du système de la santé imposée par le ministre, Gaétan Barrette. 

La jeune femme reconnaît avoir été parmi les premières dans son milieu à prendre les devants pour dénoncer publiquement les conditions vécues par les infirmières du réseau. 

«Je pense que plus le nombre d’infirmières qui vont parler est grand, plus les chances que les choses changent sont grandes. C’est sûr que c’est difficile, avec un pouvoir politique qui est très médical, de faire changer ça. Mais on essaie de faire notre possible. Et je sais que les citoyens sont avec nous», a-t-elle partagé. 

Sa situation n’est peut-être pas celle vécue par Étienne Talbot, mais ce dernier tenait à marcher auprès de ses consoeurs qui travaillent dans le réseau de la santé. Infirmier dans le Grand Nord, M. Talbot dénonce que les infirmières vivent une «violence quotidienne» dans leur milieu de travail. «On n’a pas les mêmes conditions, mais il faut se tenir ensemble pour dénoncer les décisions que ce gouvernement a pris, qui mettent en péril la sécurité des soins rendus à la population.» 


« Je pense que plus le nombre d’infirmières qui vont parler est grand, plus les chances que les choses changent sont grandes »
Mélie-Jade Lynch, infirmière

Faire partie de la solution

«On demande à faire partie de l’élaboration des politiques en santé parce qu’elles nous affectent directement et elles ont un impact pour la sécurité de nos patients. [...] On est consulté plus pour la forme que pour le contenu. Et ça c’est quelque chose de culturel dans le milieu de la santé», a commenté Natalie Staké-Doucet, une infirmière de Montréal qui a cosigné une lettre parue dans La Presse dénonçant ses conditions de travail. 

Critique de la réforme du ministre Barrette, Mme Staké-Doucet se désole que «l’hyper-centralisation» du réseau ait notamment retiré la flexibilité que les infirmières avaient pour régler leurs problèmes. En conséquence, «les CLSC sont en train de se vider de leur personnel pour le transférer vers les GMF [groupe de médecine familiale]. Ils ne sont pas mauvais en soi, mais ils ne devraient pas être la seule option en première ligne parce qu’ils n’ont pas le même genre de mission populationnelle qu’un CLSC», a-t-elle donné en exemple.

Critique de la réforme du ministre Barrette, Natalie Staké-Doucet se désole que «l’hyper-centralisation» du réseau ait notamment retiré la flexibilité que les infirmières avaient pour régler leurs problèmes.

Les coupures successives du gouvernement Couillard ont aussi mené, selon les organisateurs de la marche de samedi, à une généralisation du temps supplémentaire obligatoire. 

En février, après plusieurs dénonciations publiques et une pression accrue de la Fédération des infirmières du Québec, le ministre Barrette avait finalement accepté de mettre en place des projets pilotes en milieu hospitalier ainsi qu’en CHSLD, qui permettront de tester de nouveaux ratios infirmières-patients. 

Loin de constituer la fin des problèmes dans le réseau de la santé, Mme Staké-Doucet reconnaît qu’il s’agit tout de même d’un pas vers l’avant. «On a besoin de quelque chose de beaucoup plus large et important, mais aussi de revaloriser la profession infirmière, mais aussi celle d’infirmière auxiliaire, de préposé, bref de tout le milieu de la santé, surtout en milieu hospitalier et en CHSLD.»

La manifestation organisée samedi après-midi s’est déroulée dans le calme. Près d’une cinquantaine de personnes ont marché de l’Assemblée nationale vers le Petit Théâtre de Québec, dans le quartier Saint-Sauveur.