Le Parti conservateur a déposé une motion aux Communes, mardi, réclamant qu’un comité tienne des audiences sur le meurtre de Marylène Lévesque.

Les députés se pencheront sur le meurtre de Marylène Lévesque

OTTAWA — Un comité parlementaire étudiera les circonstances qui ont mené au meurtre de Marylène Lévesque. L’accusé dans cette affaire, Eustachio Gallese, était en semi-liberté.

C’est le Parti conservateur qui a déposé une motion aux Communes, mardi, réclamant qu’un comité tienne des audiences sur cette affaire et examine, du même coup, le processus de nomination à la Commission des libérations conditionnelles.

Les conservateurs doutent de la compétence des commissaires qui ont prolongé la «semi-liberté pré-libératoire» de l’homme.

Alors que tous les partis d’opposition s’apprêtaient à voter en faveur de la motion conservatrice plus tard cette semaine, le ministre de la Sécurité publique a annoncé mardi après-midi que les élus du gouvernement appuieraient, eux aussi, l’initiative.

«Nous voulons être sûrs d’obtenir les faits et nous voulons connaître le fond de cette affaire», a déclaré le ministre Bill Blair en réponse aux questions conservatrices aux Communes.

Le ministre a cependant reproché aux conservateurs de faire des suppositions qui ne sont pas appuyées par les faits.

Conservateurs et bloquistes ont déclaré qu’Eustachio Gallese a été «encouragé» par les commissaires des libérations conditionnelles à payer les services d’une prostituée pendant sa semi-liberté.

Ils appuient leur accusation sur la décision de la Commission obtenue par Eustachio Gallese le 19 septembre dernier.

On peut y lire ceci : «En audience, votre agente de libération conditionnelle a souligné qu’une stratégie a été développée afin que vous puissiez rencontrer des femmes, mais seulement afin de répondre à vos besoins sexuels. Votre ÉGC [équipe de gestion de cas] vous a permis de faire ces rencontres moyennant que vous fassiez preuve de transparence.»

«Les conservateurs demandent la démission ou le congédiement de commissaires alors qu’il n’y a pas eu d’enquête sur tout le processus qui a mené aux différentes décisions dans ce dossier-là», a fait remarquer Joël Lightbound, le secrétaire parlementaire du ministre Blair.

Le député Lightbound cite, lui aussi, la décision de septembre 2019 où on écrit que la Commission juge «inappropriées» les relations que Gallese entretient avec des femmes, même si ces relations ont reçu «l’accord de votre ÉGC».

«La Commission s’attend à ce que cette grille d’analyse qui a culminé à cette approche soit réexaminée», peut-on aussi lire dans le document de la Commission.

«Des fois, il semble y avoir une certaine confusion de la part du Parti conservateur quant au rôle des commissaires versus celui des agents», de l’avis de M. Lightbound.

Le ministre Blair s’est engagé à ce que les conclusions des deux enquêtes internes déjà déclenchées, celle du Service correctionnel du Canada et celle de la Commission des libérations conditionnelles, soient rendues publiques.

Processus de nominations à revoir?

La motion conservatrice prévoit l’examen en comité parlementaire des «changements apportés par le gouvernement en 2017 au processus de nomination de la Commission».

«Dans une situation minoritaire, le comité a toute la latitude pour décider ce qu’il veut étudier», a concédé le député Lightbound. Mais il assure que les nominations du gouvernement Harper étaient bien plus partisanes que celles du gouvernement Trudeau.

«Quand on est arrivé en 2015, six des neuf commissaires à temps plein au Québec étaient très proches du Parti conservateur, soit des anciens candidats ou des donateurs», a-t-il affirmé.

Selon lui, un seul commissaire québécois à temps partiel sur les 18 de la province a déjà fait un don au Parti libéral du Canada.

Un débat qui dérape

Alors qu’une députée néo-démocrate invitait un élu conservateur à écouter les revendications des travailleuses du sexe, celui-ci lui a demandé si elle a déjà songé à pareille carrière.

«Les travailleuses du sexe disent que ce travail est du travail», arguait Laurel Collins, une élue de Colombie-Britannique, reprochant aux conservateurs d’avoir, par le passé, mis en danger ces femmes en criminalisant leurs lieux de travail.

«M. le président, je demande à la députée de l’autre côté de la Chambre si elle a déjà considéré faire ce genre de travail», lui a lancé Arnold Viersen.

Le commentaire lui a valu huées et remontrances. Quelques minutes plus tard, M. Viersen présentait ses excuses.

Tout de même, en sortant des Communes, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a dénoncé la «misogynie» et le «manque de respect».