«Il n’y a pas suffisamment de personnes qui entrent sur le marché du travail pour remplacer ceux qui quittent. Il y a un déficit structurel de disponibilité de main-d’œuvre. Le vieillissement de la population est quasi dramatique», s’inquiète Régis Labeaume.
«Il n’y a pas suffisamment de personnes qui entrent sur le marché du travail pour remplacer ceux qui quittent. Il y a un déficit structurel de disponibilité de main-d’œuvre. Le vieillissement de la population est quasi dramatique», s’inquiète Régis Labeaume.

Les défis du maire Labeaume en 2020

Pénurie de main-d’oeuvre, taux faible de logements disponibles, vieillissement de la population, protection des sources d’eau potable. La Ville de Québec vit des défis auxquels le maire de Québec, Régis Labeaume, veut absolument trouver des solutions avant que la Capitale-Nationale perde son attractivité et sa bonne santé économique.

C’était la rentrée du conseil municipal en ce lundi de janvier et l’année 2020 sera sans aucun doute chargée pour le maire Labeaume, à un peu moins de deux ans des élections municipales. Et la première des problématiques auxquelles M. Labeaume veut s’attaquer : la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans la région de Québec depuis quelques années. 

Le maire de Québec reproche aux deux paliers gouvernements de ne pas en faire assez et il entend bien prendre le taureau par les cornes. «On va prendre le leadership sur les problèmes de main-d’œuvre à Québec. Ça ne devrait pas être la Ville, mais à un moment donné il faut que quelqu’un le fasse», a-t-il martelé. 

M. Labeaume va dans les prochaines semaines mettre à jour le rapport Saint-Gelais sur l’immigration et la pénurie de main-d’œuvre et asseoir à la même table les organisations professionnelles et tous ceux qui sont impliqués y compris le gouvernement. «On va prôner une immigration francophone. Et il faut absolument changer la fiscalité pour les retraités pour qu’ils puissent travailler deux à trois jours par semaine. Les annonces qui ont été faites ne sont pas suffisantes. Il faut trouver d’autres formules», a-t-il plaidé.

Le taux de chômage dans la région est le plus bas au pays avec 3,1 % de personnes sans emploi. Selon les données, 24 000 postes sont disponibles, dont 16 000 pour la Rive-Nord. Autres chiffres inquiétants, entre 2001 et 2018, la population de 65 ans et plus a augmenté de 63 %, celle de 55 à 64 ans de 56 % alors que la tranche 15-24 ans a connu une diminution de 5 %. «Depuis 2013 et pour les 10 prochaines années, il n’y a pas suffisamment de personnes qui entrent sur le marché du travail pour remplacer ceux qui quittent. Il y a un déficit structurel de disponibilité de main-d’œuvre. Le vieillissement de la population est quasi dramatique», s’est inquiété M. Labeaume.

Pour le maire, si rien n’est fait pour inverser la tendance, le problème de pénurie de main-d’œuvre ne sera pas seulement celui des entreprises, mais celui des consommateurs. «Les gens le voient dans les services, les heures diminuent. On surutilise les jeunes, les étudiants. Les entreprises et les commerces sont désespérés», s’est-il indigné. 

Logement et habitation

La Ville de Québec présentera très bientôt une vision du logement et de l’habitation «osée et audacieuse» afin de répondre aux besoins des résidents moins fortunés et en particulier les personnes âgées. «Le plus grand danger actuellement est pour les personnes âgées. Les résidences actuelles pour personnes âgées ne suffisent pas pour répondre à la demande», a expliqué Régis Labeaume qui a rappelé le nombre croissant d’aînés sur le territoire. 

Le maire s’alarme des prix de plus en plus prohibitifs des logements pour les aînés. Il va proposer un plan qui va augmenter de façon considérable l’offre de résidences pour personnes âgées en passant par le privé. «On est en train d’identifier des secteurs de la ville où on pourra construire  avec des zonages très particuliers», a-t-il indiqué. 

Dans cette perspective d’offrir des logements abordables à ses concitoyens, le maire Labeaume s’est félicité du nombre record de permis octroyés en 2019 pour des projets immobiliers. Il s’est construit 4400 logements, dont 2900 en locatif. 

Pour 2020, M. Labeaume souhaite augmenter l’offre de logement. En effet, le taux d’inoccupation est passé de 3,2 % en 2018  à 2,2, % en 2019. Le loyer moyen a quant à lui augmenté de 2 %. Il se situe à 838 $. Un prix bas comparé à d’autres villes comme Toronto (1500 $), mais pour le maire, il faut être aux «aguets» et poser des gestes pour continuer à délivrer des permis qui vont croître l’offre et freiner l’augmentation des loyers qui vient de l’ouest.

Transport collectif 

Il y a quelques jours, le Réseau de transport de la Capitale a annoncé 250 nouveaux départs et trois trajets express dans les secteurs de Beauport et Maizerets en direction des pôles d’emplois et scolaires. Le RTC va également ajouter 800 nouvelles places de Parc-O-Bus, dont 400 dès l’ouverture du Parc-O-bus Sainte-Anne, prévue pour 2020.

Lundi, Régis Labeaume a annoncé vouloir faire la même chose pour tout le nord de Québec, d’Orsainville à Val-Bélair. «On veut que tout le monde soit très bien servi», a-t-il promis. 

Protection des sources d’eau potable

Dans sa liste d’épicerie lors des élections fédérales en octobre, Régis Labeaume avait mis de l’avant, la protection des sources d’eau potable. Les candidats libéraux avaient accepté la demande de 200 millions sur dix ans.

Maintenant que les élections sont passées et le gouvernement Trudeau toujours en place, Régis Labeaume entend bien rappeler aux élus libéraux leur promesse d’améliorer les deux usines de traitement d’eau de Stoneham et de Lac Delage. De raccorder 900 installations septiques autonomes et d’en remplacer 1000 autres. Et d’implanter des mesures d’infrastructures vertes.

Autres projets 

Le maire de Québec veut s’attaquer rapidement aux problèmes de santé mentale et d’itinérance en proposant plus de logements sociaux. «On a fait une proposition à la ministre [de la Santé et des Services sociaux du Québec, Danielle] McCann, et on va arriver avec un plan dans les prochaines semaines. Pas question de laisser ce monde-là de côté», a-t-il insisté. 

M. Labeaume veut aussi passer à l’action pour le pont d’étagement à l'intersection du boulevard Lebourgneuf et de l'autoroute Robert-Bourassa. «On a déjà fait des représentations, mais on va y aller plus fort pour faire en sorte que ça se règle.» 

La Ville de Québec cherche également des endroits pour de nouveaux dépôts à neige. Celui de Bourassa va être fermé. Le seul hic, la Ville manque de terrains. 

Enfin, l’administration Labeaume présentera son plan de sécurité routière, sa vision du développement durable et ses projets pour l’axe Fleur de Lys-Laurentienne et le secteur Le Gendre. 

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INTERSECTION DANGEREUSE

Ces dernières années, des dizaines de collisions se sont produites à la même intersection. En août 2015, un autre couple, dont la femme était aussi enceinte, avait perdu la vie dans l’accident.

La Ville de Québec va mettre sur pied un comité de travail pour trouver des solutions à l’intersection de la 4Avenue et de la 18e Rue dans Limoilou. 

Le 15 janvier, deux piétons, une femme enceinte, Elena Torfs, et son conjoint, Cyril Garneau, ont été frappés par une voiture. M. Garneau s’en est tiré avec une côte fracturée. Mme Torfs a été projetée sur plusieurs mètres. Elle a eu plusieurs ecchymoses et une commotion. Par miracle, son bébé n’est pas en danger.   

Lundi soir, les deux victimes accompagnées de résidents du secteur ont demandé à la Ville d’agir rapidement pour éviter d’autres accidents. «Ne pas agir immédiatement est inacceptable. Je vous demande de prendre des mesures urgentes pour sécuriser la 18e Rue et si des travaux sont nécessaires, je vous demande de nous donner un échéancier», a réclamé M. Garneau.  

Ces dernières années, des dizaines de collisions se sont produites au même endroit. Selon la conseillère municipale de Limoilou, Suzanne Verreault, la Ville a déjà procédé à des changements comme la synchronisation des feux de circulation entre la 1ere Avenue et la 8e Avenue. Un virage à gauche prioritaire a aussi été enlevé sur la 18e Rue en tournant vers Charlesbourg.

Cependant, Mme Verreault reconnait que le secteur est accidentogène. «Ça aurait pu être beaucoup plus grave. Il ne faudrait pas qu'il y ait d’autres accidents avec des piétons», a admis Mme Verreault.

Mme Verreault invite les citoyens et les gens des transports à discuter ensemble. «Je veux permettre aux gens des transports de vous expliquer les mesures mises en place et en même temps, que les gens du service entendent vos craintes. Je pense qu’il faut travailler ensemble et s’entendre pour trouver la meilleure solution», a répondu Mme Verreault aux citoyens. 

Le maire Régis Labeaume a dit être parfaitement au courant de la situation. Il est passé «au travers du dossier aujourd’hui [lundi]» avec Mme Verreault. «Élargir les trottoirs, ça fait bien du sens. Il y a des solutions sur la table. Il faut investir des milliers de dollars et on est prêts à le faire, mais est-ce qu’on fait la bonne affaire», a-t-il questionné ? «Je ne me lève pas le matin en espérant que des gens se fassent frapper. Il faut juste qu’on se parle, qu’on se comprenne et qu’on pose les bons gestes», a-t-il poursuivi.

Content de la réponse des élus, Mme Torfs espère que le comité de travail apportera des corrections. «J'ai bien aimé leur réaction et le sentiment d'être écoutée. J’espère juste que ça ne va pas créer d'autres délais».