Les brigadiers scolaires de Québec dénoncent des horaires «pas sécuritaires» [VIDÉO]

Les brigadiers scolaires disent déjà ressentir l’impact négatif de la réduction de leurs heures de travail sur la sécurité des enfants. Leur présidente, Francine Bédard, confirme que des écoliers auraient traversé certaines intersections sans surveillance si ses membres avaient respecté le nouvel horaire imposé par la Ville.

«Ces horaires-là ne sont pas sécuritaires», lance la dame, brigadière depuis 40 ans. «On nous interdit de rester cinq minutes de plus même s’il y a un enfant qui s’en vient au bout de la rue. Moi, je ne ferai pas ça. Nous, on est des grands-papas et des grands-mamans. Ces gens-là ont le cœur gros comme ça. S’il y a un petit mousse qui s’en vient, je vais attendre. Je me dis : “Il va se faire écraser et ça va être de notre faute”», explique Mme Bédard, rappelant que la moyenne d’âge des brigadiers est de 64 ans.

«On a eu des courriels de brigadiers à l’effet que l’horaire n’était pas adapté, renchérit le représentant syndical, Yannick Labrecque. On a aussi eu une demande de modification d’horaire d’un des chefs d’équipe qui a été refusée par la Ville. Quand on nous dit qu’il y a de la flexibilité…» lance-t-il, songeur.

Cette situation prouve, selon lui, que l’analyse faite par la Ville pour modifier les horaires des quelque 240 brigadiers et couper l’équivalent d’environ 25 000 heures de travail ne tient pas compte «de la présence d’enfants ou non aux abords des écoles». 

Les quatre critères retenus dévoilés par M. Labrecque sont l’horaire régulier de l’école, la proximité de l’intersection de l’école, la desserte de deux écoles et la présence d’une voie ferrée.

«Je fais un appel au maire de Québec pour négocier», demande Marc Ranger, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). «Si on avait voulu être sérieux, on se serait assis avec les brigadiers et on aurait dit : “Dans votre travail, est-ce qu’on échappe des enfants dans notre couverture?” Il y a peut-être des endroits où il est justifié d’avoir des coupures, et d’autres non. Là, il y a un impact et des enfants sont échappés à gauche et à droite», constate-t-il.

Ancien horaire maintenu

«Le maire n’est pas au courant. Il ne comprend pas», proteste Mme Bédard, lorsqu’on lui rapporte les propos tenus la semaine dernière par Régis Labeaume selon qui «20 % du temps ne servait à rien. Généralement et souvent, les brigadiers étaient dans leur voiture. On n’a pas à payer pour ça.»

Au contraire, précise M. Labrecque, le syndicat a donné le mot d’ordre à ses membres de suivre l’ancien horaire pour s’assurer qu’il n’arrive rien aux enfants. «On a fait cette demande en leur expliquant que c’était une situation particulière et qu’on était confiant de convaincre la Ville.»

Il refuse aussi l’affirmation du maire, voulant que le syndicat prenne les enfants en otages pour négocier sur la place publique. «On a sous-entendu qu’on est en négociations. Ce n’est pas le cas. Dans notre esprit, ça n’a aucun lien», maintient M. Labrecque. 

Depuis une semaine, les brigadiers s’inquiètent de la sécurité des enfants après avoir appris à la veille de la rentrée que leur horaire passait de 15 heures à 11 heures, et pour d’autres à seulement six heures par semaine. Le syndicat reproche à la Ville d’avoir agi de façon unilatérale, sans même les avoir avisés. Les brigadiers tiendront une assemblée générale ce dimanche pour faire le point. 

Dialogue de sourds

«Tout ça, c’est du mensonge. C’est devenu gros inutilement. Et c’est scandaleux», a répondu le maire mercredi à la suite de la sortie syndicale du matin, tout en précisant qu’il n’avait nullement l’intention de rencontrer les représentants du SCFP.

«On a fait la même affaire l’an passé à Charlesbourg et à Beauport et on n’en a pas entendu parler. La seule différence, c’est que la convention vient à échéance le 31 décembre. C’est assez simple, on a demandé aux brigadiers à quelle heure arrivent le premier enfant, et le dernier. Cette fois, le syndicat a demandé aux brigadiers de ne pas collaborer parce que les négos approchent.»

«L’an passé, ça touchait une minorité de brigadiers. On n’avait pas la même poigne. Ça n’a rien à voir avec l’ampleur des coupes actuelles», souligne M. Labrecque pour expliquer la récente dénonciation publique.

Enfin, le maire affirme toujours que les établissements scolaires ont été contactés, ce que réfute le syndicat. De plus, il promet d’ajuster tout horaire qui serait mal adapté à la réalité d’une traverse. «S’il y a un trou, on va le remplir», conclut-il.