Le site archéologique Cartier-Roberval résulte de la présence de la colonie française installée par Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval à partir de 1541.
Le site archéologique Cartier-Roberval résulte de la présence de la colonie française installée par Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval à partir de 1541.

Les archéologues inquiets des forages sur le site Cartier-Roberval

La Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) a entrepris cette semaine des travaux de forage sur le site archéologique Cartier-Roberval en prévision de la construction d’une passerelle d’observation. Ce site regorge pourtant des vestiges et des artefacts datant de la première colonisation française en Amérique. Des fouilles avaient commencé en 2005, puis s’étaient poursuivies sporadiquement de 2008 à 2017. Des archéologues craignent que la poursuite des travaux détruise les artefacts et les vestiges restants.

«Ça va dénaturer et détruire le lieu. Les fouilles ne sont pas terminées et on y installe des infrastructures. Tout cela accélère la destruction d’un potentiel archéologique riche sur ce site unique. On n’en a pas d’autres en Amérique, et on n’en trouvera pas d’autres», se désole Richard Fiset, l’archéologue qui a codirigé les fouilles de 2006 à 2011.  

Carl Lavoie, archéologue qui a travaillé sur les fouilles de 2007 à 2010, abonde dans le même sens. «Il y a encore du potentiel et il faudrait poursuivre les fouilles avant de détruire le site archéologique le plus important de l’histoire francophone d’Amérique. C’est inacceptable!» s’indigne-t-il.

Les deux forages réalisés servent de travaux préparatoires pour la construction de la passerelle. Ils serviront à valider la capacité portante du sol. «Le forage a été complété et nous analyserons les résultats cette semaine», affirme Nicolas Giroux, historien à la direction de l’aménagement et de la mise en valeur de la CCNQ. Restera ensuite la réalisation des plans et devis qui sont en demande d’approbation. Le début des travaux pour la construction de la passerelle devrait commencer l’année prochaine. «On n’a pas encore lancé les appels d’offres, donc il n’y a pas de date précise prévue», précise-t-il.

Dans un projet de mise en valeur et de conservation du site archéologique Cartier-Roberval de Cap-Rouge, le gouvernement du Québec a octroyé 8,4 millions $, pour entre autres, l’aménagement d’une passerelle d’observation. «Ce projet proposé par le gouvernement caquiste ne nous satisfait pas, car il ne va pas dans le sens d’une mise en valeur traditionnelle du site archéologique. C’est plutôt la mise en valeur d’un parc urbain», estime M. Fiset.

Fouilles abandonnées

«Les forages que nous avons réalisés se trouvaient sur des sites déjà fouillés, donc c’est certain qu’on n’a pas détruit de vestiges ni d’artefacts», assure M. Giroux de la CCNQ. Ce dernier assure également que la Commission peut compter sur les conseils d’une firme d’archéologie recrutée lors d’un appel d’offres. Un archéologue de la firme était présent sur le site au moment du forage, nous confirme-t-il.

M. Fiset, qui a codirigé les fouilles de 2006 à 2011, a toutefois constaté que le site n’est pas homogène : «On peut ne rien trouver à un endroit, mais à un centimètre à côté, ça peut être riche. Ce qu’on sait, c’est que la passerelle se trouvera dans un secteur très riche du site.»


« Il y a encore du potentiel et il faudrait poursuivre les fouilles avant de détruire le site archéologique le plus important de l’histoire francophone d’Amérique. C’est inacceptable! »
Carl Lavoie, archéologue

Le site est désormais remblayé et les trous ont été réenfouis. Selon M. Fiset, ce n’est pas un site qui permet la conservation, car le taux d’acidité dans le sol détruit les artefacts. M. Lavoie abonde dans le même sens : «Les artefacts les plus fragiles vont disparaître si on les laisse trop longtemps dans le sol.»

«Tant qu’ils n’ont pas encore installé la passerelle, il y a encore espoir au niveau archéologique. Mais on n’a malheureusement pas les décideurs les plus propatrimoine», regrette M. Fiset.

Le site archéologique Cartier-Roberval résulte de la présence de la colonie française installée par Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval à partir de 1541. À ce jour, plus de 6000 artefacts du XVIe siècle y ont été découverts.