Sans contrat de travail depuis plus de deux ans et après 17 mois de négociations stériles, les tuteurs ont résolu lundi de mettre à exécution le mandat de grève qu’ils s’étaient donné en novembre.

Les 200 tuteurs de la TÉLUQ en grève contre la sous-traitance [VIDÉO]

Une vingtaine de tuteurs de la TÉLUQ (anciennement Télé-Université), une université d’enseignement à distance affiliée au réseau de l’Université du Québec, sont sortis publiquement devant les locaux de l’établissement à Québec vendredi midi par un froid mordant. Les syndiqués en sont à leur première semaine d’une grève générale illimitée qui vise à réclamer plus de sécurité pour les 200 tuteurs dont les postes sont menacés par le recours à la sous-traitance.

Sans contrat de travail depuis plus de deux ans et après 17 mois de négociations stériles, les tuteurs ont résolu lundi de mettre à exécution le mandat de grève qu’ils s’étaient donné en novembre.

«Nous avons fait beaucoup de compromis pour un meilleur encadrement, mais la TÉLUQ veut se garder la possibilité de nous remplacer encore par des sous-traitants», indique Nancy Turgeon, présidente du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-Université, affilié à la CSN. Elle indique que le recours à  la sous-traitance, que le Syndicat conteste aussi devant les tribunaux, a débuté en 2016 alors que 20% des tuteurs ont perdu leur travail quand la TÉLUQ a commencé à donner des contrats à des employés de l’Institut MATCI, de Montréal, un organisme qui offre des services aux nouveaux arrivants.

«L’ancien directeur général de la TÉLUQ, Martin Noël, a été suspendu par le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur cet été. La nouvelle direction générale nous inspirait beaucoup au départ, mais on constate que le discours n’a pas changé: l’employeur veut garder la porte ouverte pour la sous-traitance. La TÉLUQ tente de rentabiliser les services aux étudiants», déplore-t-elle.

«On refuse de nous dire qu’on ne sera pas remplacés (par des sous-traitants). Et n’oublions pas que chez les tuteurs, 75%  possèdent une maîtrise ou un doctorat. J’ai une collègue qui a 38 ans d’expérience, ce sont des gens comme elle que la TÉLUQ cherche à remplacer. Nous avons eu une grève de deux mois en 2008 pour la reconnaissance de la profession, mais, auparavant, jamais la profession de tuteur n’a été aussi à risque que cette année», poursuit Mme Turgeon.

Étudiants touchés

Au total, 20 000 étudiants par année suivent des cours à distance avec la TÉLUQ, dont une majorité sont supervisés par des tuteurs. L’Association étudiante de la TÉLUQ (ATÉLUQ) est évidemment inquiète et préoccupée par le conflit de travail qui vient de débuter. «La crainte est que ça affecte le parcours scolaire en amenant des retards et même l’annulation d’une ou des sessions», commente Francis Gauthier, président de l’Association, rappelant qu’en 2008, une session avait été annulée suite au conflit de travail qui s’était réglé après deux mois de grève.

M. Gauthier rappelle qu’au début 2018, ce sont environ 70% des étudiants de la TÉLUQ qui étaient encadrés par des tuteurs. «Ce chiffre a cependant probablement baissé, car la TÉLUQ a depuis embauché beaucoup de professeurs», fait-il remarquer, rappelant que son association souhaitait bien informer ses membres et s’assurer qu’ils subissent le moins d’impact possible de ce conflit de travail. «Nous avons discuté avec le syndicat et avec la direction et il y aura un conseil d’administration de la TÉLUQ la semaine prochaine. Nous discutons d’une solution d’urgence dont je ne veux pas dévoiler les détails pour l’instant», poursuit-il.

Il ajoute que l’AÉTÉLUQ a bénéficié d’un avantage par rapport à 2008. «Il y a dix ans, la grève avait pris l’administration et l’association de cours. Cette fois, il y a eu des manifestations depuis un an, on a eu un an pour se préparer», conclut-il.